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Pleasure Principle, S/T (Born Bad Records)

Pleasure Principle, principe de plaisir en français, évoquera, selon ses centres d’intérêt, un concept de psychanalyse popularisée par Freud, un album de Gary Numan ou un film pornographique avec le seul et l’unique Titof.  Si l’ hommage au musicien anglais de synth-pop semble le plus logique, imaginer que le groupe de Paul Speedy Ramon soit à la croisée des trois a quelque chose de réjouissant. L’homme, derrière ce projet, est aussi présent que discret dans la scène underground française. Il traîne ses guêtres depuis une dizaine d’années, souvent derrière les fûts, pour de nombreux excellents groupes (Dolipranes, Skategang, Bryan’s Magic Tears, La Secte du Futur, Marietta etc.). Son projet, Paul Ramon l’a développé dans son coin, depuis 2015.

Après que Benjamin Dupont (fondateur de Bryan’s Magic Tears) lui ait montré les rudiments pour s’enregistrer seul, le musicien compose et arrange des morceaux sans avoir pour ambition au départ de les sortir. Le label Megattera le convainc du contraire. Une K7 et un 7 pouces plus tard, voici Pleasure Principle signé chez Born Bad, sémaphore d’une certaine idée de l’underground français, à mille lieux des décomptes de nombre de vues que nous retrouvons trop souvent mentionnés dans les communiqués de presse. La démarche de Born Bad est louable, presque salutaire à une époque où beaucoup de maisons de disques se fient plus au big data de Spotify qu’à leurs oreilles. Le flair du label francilien a encore une fois vu juste : ce premier album sans titre de Pleasure Principle est aussi atypique qu’attachant. Inclassable, très libre dans sa forme, Paul Ramon explore les méandres d’une pop synthétique DIY ne reniant pas ses racines punk et louchant parfois sur la dance music. De l’angoisse existentielle (et la recherche de sens) propre à sa génération, Paul tire des textes évoquant l’incertitude de l’avenir avec distance et humour. Il semble ainsi expier ses craintes en s’y confrontant, en les externalisant pour mieux les contrôler.

Pleasure Principle
Pleasure Principle

Si tous les morceaux ne tournent pas autour de cette thématique post-apocalyptique, quelques temps forts forment l’ossature de l’album. La superbe doublette J’attends la Bombe et Dernier Homme ouvrent ainsi les hostilités. Il y est question d’être enfin délivré par le feu nucléaire sur un tempo dub languissant et indolent, pour mieux souligner l’hédonisme de cet épilogue programmé. Le dernier homme conte les pérégrinations du dernier d’entre nous, la mélodie enjoué et rythmée sublime un texte caustique. Probablement involontairement, ces chansons convoquent, à travers les mots, Elli et Jacno (L’âge atomique), Edith Nylon (Hydrostérile), Telex (Le Fond de l’Air) ou Plastic Bertrand (Tout Petit la Planète), des compositions elles aussi imprégnées d’une anxiété d’une jeunesse asphyxiée par la guerre froide et la menace permanente. Si Venera 16 avec Paula de JC Satan avait déjà été mentionné ici il y a quelques mois, il est toujours bon de rappeler à quel point cette chanson a un charme unique. Pleasure Principle, avec l’aide de la musicienne italienne, étire le groove, le distend dans un lent et voluptueux crescendo vers un ailleurs hypothétique. Nous ne savons pas si Paul a pensé à JG Ballard quand il a écrit l’instrumental La Jungle, mais les percussions pitchées et les synthétiseurs offrent la parfaite bande son d’un roman de science-fiction New Wave de l’auteur britannique. À l’Ombre du Coolangata Géant ancre encore un peu plus l’album dans la spéculation débridée, au son d’une basse lourde et d’une mélodie synthétique hypnotique. Les notes semblent scintiller, alors que Paul débite d’une voix monocorde « traverse les cadavres de la civilisation ». Avant cela, vous pouvez toujours écouter le premier album de Pleasure Principle, un disque moins équilibré qui part un peu dans tous les sens, mais qui ne laisse pas indifférent, c’est déjà beaucoup.

S/t by PLEASURE PRINCIPLE

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