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L’essor délavé de la chillwave

Washed Out

Dessin : www.seitoung.fr

Rencontre avec Ernest Greene alias Washed Out, le champion de la champignonnière chillwave, en pleine vague de froid rennaise trempant les 39e TransMusicales où il venait défendre son album de house diluée, le bien nommé Mister Mellow.

Cette pochette d’album où fourmillent les messages tels que Feeling Fine, Never get a break, et une boîte de Xanax est-elle supposée répondre à toutes les questions des journalistes ?

C’est ça, c’est très facétieux. On voit aussi une peluche coiffée d’une casquette avec l’inscription “Chillwave king”. Je trouve ça plutôt drôle car dans chaque interview que je fais on m’interroge sur la chillwave. Qu’importe quand je mourrais, à mes obsèques il y aura un passage sur la chillwave. Cet album est imprégné d’ironie, je pense que c’est très proche d’une comédie. Mes précédents albums étaient plutôt des drames.

Est-ce l’âge qui vous a donné envie de prendre cette musique avec plus de légèreté ?

Oui, vraiment. J’ai eu le sentiment que mes années dorées étaient derrière moi, on perd en spontanéité en étant adulte. Même le business de la musique, que je pratique depuis assez longtemps maintenant, a perdu beaucoup de son romantisme.

Le disque lui-même est illustré par ce symbole de smiley qui renvoie directement à l’acid house, cet album semble aussi tourner la page de cette fameuse chillwave…

Je ne dirais pas ça. Il y a une formule de ce que devrait être de la chillwave et cet album y touche encore. Je pense que ça se joue vraiment dans les textes. Je voulais revisiter des styles que j’aime avec les nouvelles compétences que j’ai acquises depuis mes débuts, avec des tempos plus rapides. J’aime beaucoup cette ère des raves et faire référence aussi à ces drogues de façon un peu taquine. Beaucoup de mes amis en vieillissant essaient de revivre leur belle époque, et pour nous ça passe par la rave.

Washed Out a accompagné dès Feel It All Around en 2009, avec sa légèreté et son éloge de l’évasion sensorielle, la montée de cette génération hipster, des imitations de polaroïds et de la gentrification des villes équipées de cafés où l’on dessine dans la mousse de café…

Oui c’est vrai. Toute ma musique nourrit ce sentiment d’escapism. Au début, j’étais doux, sincère, dans la nostalgie, avec des titres pensés comme des photographies. Certes, c’est toujours important pour moi car construire un album, c’est bâtir un univers alternatif. Mais maintenant je ne suis plus aussi gentillet et cotonneux, je peux aussi évoquer le négatif.

Vous avez été aussi un des membres importants de cette nouvelle classe de musique de chambre du 21e siècle, avec un home-studio et un succès qui passe par le web avant la scène. Le passage à la scène n’avait pas toujours l’air évident…

Nous étions vraiment mauvais quand nous avons démarré. C’était notre vrai challenge, avec les autres groupes à qui j’ai été comparé, nous venions de cette mentalité DIY, avec accès à des technologies faciles à enregistrer. Mais la transition vers le live c’était compliqué et ça l’est resté pour moi pendant des années. D’un côté, il y a des DJ qui jouent de l’électro et de l’autre les groupes rock, je devais trouver un juste milieu sans vraiment avoir de références auxquelles me raccrocher.

Vous moquez quelque part la chillwave sur cet album, l’existence de ces micro-genres vous paraît-elle vaine aujourd’hui ?

Je pense que cette classification doit arriver pour séparer les choses, rien que pour aider les disquaires – bien qu’il n’en reste physiquement plus vraiment. Mais je ne veux pas non plus être limité par ça, que les gens gardent l’esprit ouvert si je fais autre chose.

Cette pancarte Never Take A Break sur l’artwork donne tort à l’écart de sortie entre ce Mister Mellow et votre précédent album Paracosm en 2013…

Je n’arrête jamais de travailler. La chillwave est supposée être de la musique pour se relaxer et moi je suis horriblement perfectionniste, je n’arrête jamais, je me suis rendu fou pour ces morceaux. Ma famille pense pourtant que je passe mes journées à chiller en fumant des joints au parc. Moi, je trouve ça très drôle que ça m’ait pris trois ans pour sortir 30 minutes de musique.

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