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Jérôme Minière, Une clairière (Objet Disque)

Jérôme Minière, Une clairièreUn objet, le disque, un label qui porte ce nom et dont chaque piste de chaque sortie comporte une chanson : gageure impensable, affrontée, relevée. Écrivons-le, Rémy Poncet est indispensable comme musicien avec Chevalrex, il est crucial comme patron de label avec Objet Disque. Chaque sortie, chaque réédition (Perio !) : les yeux fermés. Ça prendra peut-être – toujours – du temps, on aimera ou non, on ne sera jamais indifférent, mais chacun des disques qu’il donne à écouter est important.

Cela dit, notre objet Jérôme Minière cavale, depuis des débuts sur un autre de ces labels historiques – c’était Lithium, il y a vingt ans, c’était presque une scène, c’était presque ce qui est presque en train d’advenir de nouveau –, un peu loin de nous mais près de nombreux autres, outre-Atlantique, outre-théâtre, outre-livre. Pas la peine de mimer l’expertise – qui ne vaut que si l’on éclaire un tribunal – qui ne vaut donc esthétiquement jamais – nous étions quelques-uns – beaucoup – à avoir 1/perdu sa trace 2/conservé une place pour le souvenir ému de Un avis de défaite 3/ignoré complètement le parcours qui est le sien au Québec. Depuis, il y a eu rattrapage par l’intermédiaire d’amis, le meilleur canal – Angélique et Alex. On cale Une clairière au chaud dans la plateforme, confiant dans l’infatigable métro-boulot-dodo pour nous pousser dans les bras de ce disque donc 1/vivement conseillé 2/publié par un label précieux.

« Le commencement du jour est sans mémoire »

Dit La vérité est une espèce menacée, morceau d’ouverture. L’allergique au spoken word d’être autorisé à sauter par la fenêtre jusqu’à cette ligne, vers les deux minutes, ensuite il doit rester parce qu’il ne peut plus deviner ce qui va être dit. Il ne peut plus se dire qu’il va deviner. L’instrumental de la chanson, qui se trouve dans une autre version sur Dans la forêt numérique – l’autre pièce d’un dyptique avec Une clairière – on ira voir, promis, c’est sur bandcamp, et promis c’est très beau –, triture patiemment les timbres, les harmonies en mouvement sur la base de samples, et l’on s’émeut. Il est curieux d’ailleurs que l’on entende de moins en moins parmi la pop de la musique évidemment samplée comme celle-ci, quand tout s’écoute en un clic, quand tout est dans tout. Théorie ? Ça attendra le zinc, son meilleur lieu.

Comment dire ce qui compte ?

J’ai plein de raisons de faire la fine gueule et pourtant je n’en ai aucune, parce que c’est beau. Ça tape dans le bide. Ça ne se regarde pas faire le beau qui fait quelque chose, je ne sais pas quoi – Jérôme Minière, qu’elles soient chantées ou parlées, écrit des chansons énormes, et donc belles. J’aimerais écrire « des petites chansons de rien, et donc de beaucoup », mais l’impatient soumis au doute a le droit de se jeter sur Cascades, et sur La Beauté, et il le constatera : ce sont de parfaites montagnes, de ces monuments tranquilles, l’un d’un classicisme mélodique épatant aux multiples épures d’enluminures, l’autre usine à mantras prosodiques et musicaux menaçants qui tient la tête de l’auditeur sous le robinet kraut jusqu’à ce qu’il tombe 1/noyé 2/en stase 3/en plus de neuf minutes. On se donne le temps d’avoir de l’espace. Le reste du disque, à l’envi et jouant une impressionnante dialectique variété/cohérence, colle la honte aux monolithes complaisants – les autres, on les aime quand même.

Moments : Une clairière (la chanson), ses claquements de doigts peu réverbés, ses voicings de piano élégants, Le Beau vide, quasi shellerien, ses claquements de doigts très réverbérés, sa fin aux bribes de voix et de relances et qui pourrait durer une demi-heure. Et Vaste, titre de conclusion, titre de tout le disque.

« Aujourd’hui la beauté ça n’a pas changé. Ça prend toujours l’éternité. »

A relire : La chronique du précédent album de Jérôme Minière, Dans la forêt numérique, par Philippe Dumez

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