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Jay Reatard : La fièvre dans le sang

Retour sur l’une des grandes figures cultes du garage-punk américain des années 2000

Jay Reatard
Jay Reatard

Le 4 août 2009, Jay Reatard sortit son tout dernier album ; le disque s’intitulait Watch Me Fall (1). Le chanteur avait alors expliqué (2) que ce titre était une sorte de message adressé à certaines personnalités “toxiques” de son entourage : “Un jour, je me suis rendu compte qu’un bon nombre des personnes que je côtoyais n’avaient plus rien à faire dans ma vie. Cela concernait autant des amis de longue date que des personnes avec lesquelles j’avais l’habitude de traîner ou de travailler. Les gens deviennent souvent amers et aigris lorsqu’ils ont le sentiment d’être délaissés. Or je n’ai plus de temps à perdre avec ce genre de problèmes. Ce titre, Watch Me Fall, est un peu ma réponse à ces anciens amis qui rêvaient de me voir échouer.

Jay Reatard, "Watch Me Fall"
Jay Reatard, pochette de « Watch Me Fall »

Jusqu’à cet été 2009, la carrière musicale de l’impétueux Jimmy Lee Lindsey (3) s’était déroulée à une vitesse fulgurante, puisqu’il avait trouvé le moyen d’enregistrer pas moins de dix-huit albums (4) ainsi qu’une pléiade de 45 tours et d’EPs en moins de douze ans. Pour lui, le point de bascule fut la réalisation du foudroyant Blood Visions, son premier disque solo, en octobre 2006. Enregistré en complète autonomie au cours de l’été 2005 entre sa maison de Memphis et l’appartement d’Alix Brown, sa petite amie d’alors, à Atlanta, ce disque avait été une sorte de coup de maître, une œuvre visionnaire construite sur une quinzaine de giclées punks, frénétiques, étourdissantes et terriblement accrocheuses. À l’époque, pris dans le flux continu des sorties, le disque ne connut qu’un succès mitigé, mais sa réputation grandit peu à peu au point de finalement lui permettre d’être considéré comme l’un des grands albums cultes de la décennie. En 2009, Jay Reatard avait déjà rattrapé une importante partie de son retard en termes de notoriété. Watch Me Fall, son deuxième album solo, sortait chez Matador, ce qui lui ouvrait de fait un horizon commercial bien plus vaste que celui dont il avait pu bénéficier pour ses sorties chez Goner ou Empty (5) notamment. Après des années de production stakhanoviste au sein des circuits secondaires du rock américain, cet héritier turbulent des Oblivians et de tous les héros plus ou moins maudits de la scène garage-punk américaine se retrouvait enfin en pleine lumière, prêt à se révéler au plus grand nombre. Malheureusement, le 13 janvier 2010, soit quelques semaines seulement après la sortie de son second album solo, Jay Reatard décédait dans son sommeil des suites d’une mauvaise combinaison d’alcool et de cocaïne. Il avait 29 ans.

Depuis sa mort, l’auteur de Fading All Away n’a jamais quitté les pensées des fans de rock garage. Plus les années passent et plus son influence semble évidente et même grandissante chez des artistes allant de Ty Segall aux Black Lips, en passant par toute une nouvelle génération de groupes, dont certains se sont même rassemblés en 2013 et en 2015 pour lui rendre hommage (6). L’album Blood Visions a quant à lui été réédité plusieurs fois chez Fat Possum (7), au même titre que n’importe quel autre classique du blues, de la soul ou du rock sudiste que le label s’applique à ressortir depuis ses débuts.


Jay Reatard, Fading All Away (sur Blood Visions, In The Red, 2006)

Une enfance à la campagne

Pour Jay Reatard, tout commence dans l’Amérique des années 1980, d’abord celle de Ronald Reagan puis, surtout, celle de George Bush premier du nom. À l’époque, le jeune garçon vit encore dans la campagne du Tennessee, à quelques kilomètres de Memphis. En 2009, il expliquera : “J’ai grandi dans une communauté fermière du Midwest. Chez nous, il n’y avait pas de musique. Rien du tout, pas même une radio ou une télévision ! Et je ne pense pas avoir entendu le moindre disque avant l’âge de 11 ans.”

Né en 1980, le jeune Jay a 11 ans en 1991, une année où la guerre du Golfe est au centre de l’actualité et où Nirvana sort Nevermind. À cette époque, celle de la préadolescence, son premier choc discographique est la découverte du Jimi Hendrix Experience. Un jour, je me suis retrouvé dans un vide-grenier où on vendait de vieilles bandes audio, des 45 et des 33 tours pour 25 cents ou quelque chose comme ça. Je me souviens que j’ai acheté Are You Experienced? du Jimi Hendrix Experience. J’étais subjugué ! Je pense que c’était même la première fois que j’entendais le son d’une guitare électrique, donc le choc avait vraiment été énorme !”


The Jimi Hendrix Experience, Purple Haze (sur Are You Experienced?, Track, 1967)

Quelques mois plus tard, le jeune garçon se met à son tour à la guitare, empruntant l’instrument laissé dans le salon par l’une des conquêtes de son père. “Je devais avoir 12 ou 13 ans et mon père venait d’emménager avec une fille qui possédait une guitare acoustique. Moi, je n’avais pas spécialement envie d’apprendre à en jouer, mais comme cette guitare traînait là, au milieu du salon, j’avais fini par la prendre pour gratouiller un peu. Ensuite, comme je n’avais souvent rien de mieux à faire, je me suis mis à en jouer de plus en plus régulièrement, en essayant d’inventer mes propres chansons. Finalement, je crois que j’ai bien dû jouer de cette guitare pendant un an, ou un an et demi, avant de me rendre compte qu’il y avait moyen de l’accorder !” Sans réel modèle en tête, l’apprenti guitariste a donc très vite commencé à composer sa propre musique. “En fait, comme j’aimais beaucoup Jimi Hendrix, je me suis acheté des partitions de ses morceaux. Mais j’ai vite compris qu’il était illusoire d’imaginer pouvoir jouer un jour comme lui. Donc j’essayais surtout de reproduire les trucs que j’avais en tête. Après, il faut aussi voir que tout ça c’était bien avant que j’entende la moindre note de punk ! À ce stade, je ne connaissais rien, ni aux Ramones ni au reste. Je me contentais simplement de jouer les trucs primitifs qui me passaient par la tête. Ensuite, lorsque j’ai finalement entendu du punk pour la première fois, je me suis dit : ‘Ouais, facile ! Moi aussi, je peux le faire !’


Dinosaur Jr., Whatever’s Cool With Me (sur Whatever’s Cool With Me EP, Blanco Y Negro, 1991)

Jeunesse punk

Adolescent, Jay Lindsey, comme beaucoup d’autres Américains de son âge, suit la scène punk hardcore contemporaine, ainsi que le noise rock qui commence alors à sortir de l’ombre. “À l’époque, Dinosaur Jr. était mon groupe préféré. Je me souviens encore du jour où je suis allé acheter le EP Whatever’s Cool With Me. Je devais avoir 13 ou 14 ans et je crois que c’était le premier disque que j’achetais avec mon propre argent. J’avais vraiment économisé pour pouvoir me le payer ! En tout cas, les groupes de cette époque ont été très importants pour moi : Mudhoney, Nirvana, Sonic Youth, etc.”


Sonic Youth, Kool Thing (sur Goo, Geffen, 1990)

En revanche, l’apprenti guitariste reste complètement insensible au très riche héritage de l’histoire musicale de Memphis. “J’aurais eu du mal à être influencé par tous ces gens, puisque je ne savais même pas qu’ils avaient existé. Et puis, que reste-t-il de tout ça ? Aujourd’hui, le studio Stax n’existe même plus. Ils l’ont détruit, puis reconstruit, et ce n’est plus qu’un truc pour touristes ! Après, bien sûr, je ne pouvais pas ignorer Elvis Presley. Mais lui c’est différent, c’est un peu le Mickey Mouse du rock’n’roll !” Leader des Oblivians et de Reigning Sound, Greg Cartwright a connu Jay Reatard lorsque celui-ci était encore très jeune. Pour lui, le rapport compliqué que son cadet a toujours entretenu avec les mythes de l’histoire musicale locale est parfaitement compréhensible : “Il est intéressant de voir les différences de perception d’une génération à l’autre. Je crois que les musiciens de ma génération n’ont jamais eu de problème avec cette histoire, car ils y étaient connectés de manière très directe : leurs parents l’avaient vécue. Donc nous n’avions aucun problème pour aborder Elvis, Sun Records, la Stax, etc. Pour Jay, en revanche, c’était plus compliqué, car tous ces mythes étaient déjà trop loin.”

Trois mecs bourrés

Jay Reatard
Jay Reatard

En 1995, alors qu’il n’a que 15 ans, le jeune Jay découvre les Oblivians en première partie de Rocket From The Crypt (8). Le concert marque un tournant décisif dans sa trajectoire personnelle. “Je connaissais déjà Rocket From The Crypt grâce à la télévision. Ces mecs étaient des professionnels et ça se voyait. Il était clair qu’ils savaient parfaitement ce qu’ils faisaient. À l’inverse, le concert des Oblivians était un vrai bordel. Ils étaient bourrés et jouaient n’importe comment, mais je m’y retrouvais complètement. En fait, quand on les voyait sur scène on n’avait pas l’impression d’être à un concert ; on pouvait sentir que quelque chose d’autre se jouait.” Alors qu’il regarde leur performance, l’adolescent n’imagine pas une seconde que ces trois musiciens forment déjà l’un des trios (9) les plus en vue de la scène garage-punk contemporaine. “Je ne savais même pas qu’ils étaient de Memphis. Du coup, le lendemain je me suis rendu au magasin de disques et je me suis contenté de dire au vendeur : ‘Trois mecs bourrés qui ne jouaient pas très bien et qui n’avaient pas de bassiste. Là, le mec m’a aussitôt répondu : ‘Tu parles sûrement des Oblivians !’ Puis, comme je n’avais pas assez d’argent sur moi, il a ajouté : ‘Donne-moi ce que tu veux et tu me paieras le reste quand tu pourras.’ Ensuite, quand je suis rentré chez moi, j’ai mis le disque, Soul Food (10), sur ma platine et j’ai tout de suite senti que cette musique était à ma portée.” Accessoirement, cette découverte permet aussi à l’apprenti guitariste d’entrer pour la première fois en contact avec de vrais musiciens. Ceux dont il découvre à présent les disques appartiennent donc au même monde que lui et semblent étonnamment accessibles. “Après Soul Food, je me suis acheté un live des Oblivians (11). Sur le disque, il y avait un numéro de téléphone. C’était bien avant l’essor d’Internet et les mecs laissaient encore leur numéro sur les pochettes… Du coup, j’ai appelé pour leur parler des cassettes que j’enregistrais chez moi. Je suis alors tombé sur Eric Friedl qui m’a dit qu’il voulait bien écouter ce que je faisais. Puis, le lendemain, il m’a rappelé pour m’inviter à passer chez lui. Et il m’a payé une bière.”


Oblivians, Bad Man (sur Popular Favorites, Crypt, 1996)

À cette époque, Friedl vient tout juste de lancer son propre label, Goner Records (12). Très vite, l’Oblivian prend le jeune Jay sous son aile, afin de l’aider à se perfectionner et à mieux se faire connaître. De son côté, l’adolescent s’inspire de ses aînés avec le nom de son premier groupe, les Reatards, inventant à son tour une fausse fratrie et créant ainsi un cousinage implicite avec celles des Oblivians et des Ramones.

Haine adolescente

En 1998, Goner Records sort Teenage Hate, le premier album des Reatards. Le disque est une formidable déflagration de punk juvénile. Très influencé par le son chaotique et terriblement rugueux des Oblivians, Teenage Hate déborde d’énergie, d’enthousiasme et de vie(13) ; ce n’est pas un disque de garage de plus, mais bien l’œuvre moderne et déjà capitale d’une jeunesse en colère, nihiliste et pressée de s’imposer face aux anciennes générations. Autodidacte et extraordinairement précoce, Jay Reatard a déjà tout livré ou presque dans ce premier album époustouflant, dans la forme comme dans le fond. Teenage Hate est non seulement une réponse au garage-punk sauvage et anarchique qui a largement nourri l’underground américain des années 1990, mais aussi une œuvre viscérale, taillée dans l’urgence et entièrement tournée vers l’avenir. Près de vingt ans après sa sortie, l’album apparaît toujours comme une sorte de classique injustement méconnu du punk américain.


The Reatards, I Love Living (sur Teenage Hate, Goner, 1998)

Par la suite, Jay Lindsey enregistre trois autres albums plus un disque live avec les Reatards, tout en participant à une multitude d’autres projets tels Bad Times, Final Solutions, Destruction Unit, Nervous Patterns et surtout Lost Sounds, avec lequel il publie pas moins de quatre albums entre 2001 et 2004. Lorsqu’il entame sa carrière solo avec le single Hammer I Miss You (14), en 2006, le chanteur reprend le nom de Reatard, histoire de bien rappeler son appartenance à cette fausse fratrie de jeunes punks du Tennessee.


Jay Reatard, Blood Visions (sur Blood Visions, In The Red, 2006)

En complète autonomie

Jay Reatard enregistre Blood Visions de juillet à décembre 2005. Les sessions se déroulent principalement dans l’appartement d’Alix Brown, à Atlanta. Seul témoin de cet enregistrement, la jeune femme est également musicienne, DJ et mannequin. Elle explique : “Jay et moi nous sommes rencontrés lors d’un concert des Black Lips à Memphis. Je m’occupais de vendre leur merchandising sur la tournée. Jay était dans la salle ce soir-là. À la fin du concert, on nous a présentés. Bien sûr, je savais déjà qui il était. À l’époque, j’étais fan de la plupart des groupes qui venaient de Memphis. J’ai très vite senti une connexion particulière entre nous. Ensuite, après la tournée, je suis rentrée à Atlanta et Jay m’a contactée pour y organiser un concert de Lost Sounds. J’organisais souvent des concerts pour les Black Lips, Deerhunter, ainsi que pour mes propres groupes, les Lids et les Wet Dreams. Jay voulait s’éloigner de Memphis pendant quelques temps, Atlanta lui plaisait bien : notre histoire pouvait commencer.”

Jay Reatard, "Blood Visions"
Jay Reatard, pochette de « Blood Visions »

Pour le chanteur, Blood Visions marque un nouveau départ. Après avoir passé plus de sept ans à se fondre dans différents collectifs, des Reatards à Lost Sounds, le voilà enfin prêt à tenter l’aventure en solo. Larry Hardy, le patron du label In The Red, est l’un des premiers à être tenu au courant de ce nouveau projet : “Jay a commencé à enregistrer Blood Visions alors que Lost Sounds était en pleine déliquescence. Il venait de rompre avec Alicja Trout et le groupe était constamment secoué par les tensions nées de leur séparation. Lost Sounds était sur le point de se lancer dans sa dernière tournée et Jay m’a contacté pour me dire qu’il avait commencé à travailler à un projet solo. Il voulait savoir si j’étais intéressé et m’a envoyé la moitié du disque sous forme de démos.” Déjà responsable de la sortie du dernier Lost Sounds (15) chez In The Red, Hardy s’avère logiquement intéressé par ce projet d’album solo. “L’idée me plaisait et, comme je faisais entièrement confiance à Jay, je lui ai laissé une liberté totale. Il a donc pu travailler en parfaite autonomie, chez lui, et faire exactement ce qu’il voulait.”


Lost Sounds, I Get Nervous (sur Lost Sounds, In The Red, 2004)

Pour ce disque, comme pour la plupart des singles qu’il réalisera par la suite, Jay Reatard choisit de tout enregistrer seul, chez lui. À aucun moment il n’envisage de se rendre dans un studio traditionnel ou de faire intervenir un producteur, voire d’autres musiciens. Pour cet autodidacte obstiné, ce disque est l’aboutissement d’une méthode de travail profondément indépendante qu’il a mise au point depuis l’adolescence. “Jay enregistrait seul depuis des années, explique Larry Hardy. Il n’aurait jamais laissé un producteur ou un ingénieur du son intervenir sur l’un de ses disques. Ou alors il aurait fallu que ce soit quelqu’un de vraiment très spécial comme Brian Eno, par exemple. Il avait son propre studio et tout le matériel nécessaire pour fonctionner en complète autonomie.” De son côté, Alix Brown rappelle : “Jay a joué de tous les instruments sur quasiment tous les titres de Blood Visions. Les seules exceptions sont I See You Standing There, où j’ai joué de la basse, We Who Wait, la reprise des Adverts sur laquelle j’ai fait quelques chœurs, et Blood Visions sur lequel mon ami Dave Rahn, batteur de mon ancien groupe The Lids, l’a un peu aidé aussi.” Puis elle ajoute : “C’était incroyable d’observer Jay dans la mise en place de ses enregistrements. Il avait toutes les chansons dans sa tête et commençait toujours par enregistrer la batterie. Il savait exactement quel rythme et quel tempo il voulait pour chaque morceau. Donc il enregistrait la batterie sur son 16-pistes, puis il s’occupait de la basse. Ensuite il enregistrait six ou sept guitares, acoustiques ou électriques, et trois ou quatre pistes vocales.” Témoin privilégié de ces longues semaines d’enregistrement, Alix Brown confirme que l’album a été majoritairement réalisé entre son appartement d’Atlanta et la maison de Jay à Memphis (16) : “Toutes les voix, la basse et les guitares ont été enregistrées dans mon appartement d’Atlanta. Quant au fameux Headquarters des Carbonas (17), il s’agissait essentiellement d’un local de répétition d’Atlanta que nous partagions, moi et mon groupe The Lids, avec les Carbonas. Dave Rahn (18) était batteur dans les deux formations et il a notamment aidé Jay à enregistrer les parties de batterie sur son 8-pistes. Ensuite, il a basculé ces enregistrements sur le 16-pistes Roland Digital de Jay. Pour moi, il est clair qu’à aucun moment Jay n’a eu à passer la porte d’un véritable studio pour la réalisation de ce disque.”

Jay Reatard
Jay Reatard

Enregistré au long de nombreux mois, dans les moments où Jay Reatard n’est pas bloqué par des concerts de Lost Sounds ou par les sessions de Death of the Old Flesh, le second album de Destruction Unit (19), Blood Visions est créé sans la moindre pression. “Jay n’avait pas d’échéance particulière à respecter, explique Larry Hardy. Lost Sounds était encore en activité, donc il a travaillé sur Blood Visions à son rythme.” Alix Brown se souvient quant à elle d’une période particulièrement faste : “À l’époque, nous étions vraiment très amoureux. Jay n’avait pas de délai particulier à respecter pour terminer le disque : personne ne l’attendait. Du coup, l’enregistrement s’est plutôt déroulé très naturellement. Nous vivions dans notre bulle et tout se passait à merveille : on enregistrait, on faisait l’amour, on cuisinait, on faisait la fête, on regardait des films…” Forte de sa position privilégiée de témoin quasi unique de ces longues semaines, Alix Brown finit même par devenir la seule intervenante extérieure à jouer sur l’album. “Je crois que si Jay m’a proposé de participer au disque, c’était avant tout parce qu’il me considérait comme sa muse pour cet enregistrement. Nous étions amoureux, donc…”


Jay Reatard, My Shadow (sur Blood Visions, In The Red, 2006)

Mais si la jeune femme conserve un souvenir ému de cette expérience, elle n’en demeure pas moins lucide sur la personnalité complexe et lunatique de Jay Reatard. “J’adorais regarder Jay lorsqu’il enregistrait. Il était naturellement doué. Ce n’était pas qu’une question de travail ou d’application, il avait un talent naturel et une capacité peu commune à faire passer de vraies émotions. Bien sûr, il avait ses humeurs et pouvait aussi souvent se comporter comme un sacré connard, notamment lorsqu’il me reprochait d’avoir raté tel ou tel accord, mais je ne lui en ai jamais voulu, car je savais qu’au fond il voulait surtout m’aider à m’améliorer et me pousser à être plus exigeante avec moi-même.” Pour Greg Cartwright, cette intransigeance s’explique surtout par le fait que l’auteur de Blood Visions était un perfectionniste obsessionnel : « Jay était très critique, et souvent très contradictoire, dans sa façon de juger le travail des autres. Mais tout cela venait aussi de ses propres angoisses. Et il en était parfaitement conscient.” Puis il ajoute : “Il n’était pas simple d’être ami avec Jay. Moi-même, j’avais une relation très compliquée avec lui. Je me souviens qu’il était obsédé par l’idée de rejeter tout ce qui, à ses yeux, pouvait sembler ‘prétentieux’. Malheureusement, il était aussi très jeune et son idée de ce qui était ‘bon’ ou ‘mauvais’ changeait souvent d’un jour à l’autre.”

L’enregistrement de Blood Visions s’achève en décembre 2005. Larry Hardy se souvient : “Jay a vraiment fait ce qu’il a voulu pour cet album. Le seul moment où je suis intervenu a été pour réclamer la présence de la chanson My Family sur le disque. L’album était déjà terminé depuis quelques semaines lorsque Jay m’a envoyé ce morceau, et il m’a semblé évident qu’il devait être ajouté à la liste des titres. Cela a été ma seule exigence.”


Jay Reatard, Not a Substitute (sur Blood Visions, In The Red, 2006)

Seconde naissance

Premier album solo de Jay Reatard, Blood Visions sort finalement le 10 octobre 2006. Sur la pochette du disque, le chanteur apparaît en slip, debout au milieu d’une grande flaque d’hémoglobine ; il est couvert de sang des pieds à la tête. Cette vision cauchemardesque, et qui n’a rien d’anodin, apparaît évidemment comme une référence à un certain cinéma gore ou d’horreur (20), voire à la pochette du fameux Blood Guts and Pussy des Dwarves (21), mais se pose surtout comme l’évocation d’un nouveau-né encore recouvert de sang et de placenta. Pour Jay Reatard, ce Blood Visions est donc visiblement une forme de seconde naissance, une façon de tirer un trait sur ses années d’apprentissage en groupe, d’assumer enfin son tempérament d’artiste solo et de repartir de zéro.


Jay Reatard, Nightmares (sur Blood Visions, In The Red, 2006)

Velléités pop

Musicalement, Blood Visions frappe entre autres par ses orientations pop et par le surgissement d’une inventivité mélodique que les précédents disques de Jay Reatard ne permettaient pas forcément d’anticiper. En effet, si la frénésie punk est toujours bien présente, le rock sauvage du coleader de Lost Sounds s’enrichit ici d’accroches mélodiques qui le rendent encore plus saisissant. Ainsi, les excellents My Shadow, Nightmares ou Fading All Away s’avèrent d’une redoutable efficacité. En 2009, Jay Reatard a évoqué cet aspect de sa musique, qui semblait de plus en plus prononcé depuis le début de sa carrière solo. “L’envie d’écrire des chansons accrocheuses ne m’a jamais quitté. Pour moi, les Monkees sont des références incontournables. J’adore la légèreté et la simplicité de leurs morceaux.” Puis il développe son propos en détaillant les qualités nécessaires à une bonne chanson. “Il faut avant tout que la chanson soit rapidement mémorisable et qu’elle marque dès la première écoute. Ensuite, il faut que chaque nouvelle écoute permette de découvrir des aspects que l’on n’avait pas forcément perçus auparavant. Il faut aussi que l’auditeur puisse y projeter ses propres émotions. C’est très important car, selon moi, la pop doit pouvoir servir de bande-son à certains moments de nos vies. Or c’est justement parce que la chanson sera très accrocheuse qu’elle imprégnera bien la mémoire et que l’on pourra se souvenir de l’endroit où l’on était lorsqu’on l’a écoutée, etc.”


THE ADVERTS “One Chord Wonders” (single, Stiff, 1977)

Découverte des classiques

Autre changement significatif, la découverte des Adverts (22) par Jay Reatard peut être considérée comme un élément déterminant dans l’histoire de cet enregistrement. C’est en tout cas ce qu’affirme Larry Hardy, qui tient le groupe de TV Smith comme l’une des grandes influences de Blood Visions, et pas seulement à cause de la reprise de l’excellent We Who Wait (23) : “Je me souviens très bien du jour où j’ai reçu les premières démos de Blood Visions. J’étais en train de les écouter dans mon bureau et mon collègue a déboulé en me demandant : ‘C’est Jay qui chante ça ? On dirait les Adverts !’ Ensuite, la même semaine, un de mes amis qui était de passage m’a fait la même réflexion. Du coup, j’en ai parlé à Jay et il m’a aussitôt répondu : ‘Je n’ai jamais entendu parler de ce groupe. De toute façon, il n’y a que Wire que j’aime dans le punk anglais !’ Et puis, quelques jours plus tard, il m’a rappelé pour me dire : ‘Je viens d’écouter The Adverts et c’est vrai que mes nouveaux morceaux sonnent un peu comme les leurs !’ Et lorsqu’il m’a présenté la version finale de l’album, je me suis aperçu qu’il avait enregistré sa propre version de We Who Wait.”. De son côté, Alix Brown explique : “Quand Jay m’a fait écouter les démos de ces chansons, je lui ai dit qu’elles me faisaient penser aux Adverts. Je crois que Larry Hardy lui a fait la même remarque, d’ailleurs. Jay ne connaissait pas le groupe. Moi, j’avais un 45-tours de We Who Wait à la maison. Je le lui ai donc fait écouter et il a fini par enregistrer la chanson.” Larry Hardy ajoute : “Jay m’a aussi expliqué qu’il avait beaucoup écouté les Wipers (24) en préparant Blood Visions. Et je pense que ce qu’il a retenu des Wipers était ce qu’eux-mêmes avaient pris chez les Adverts !” Puis il résume : “Au fond, Blood Visions n’est pas très différent de ce que Jay Reatard enregistrait auparavant. Pour moi, le seul changement significatif vient de sa découverte des Adverts.”


Jay Reatard, We Who Wait (sur Blood Visions, In The Red, 2006)

Amérique déboussolée

L’autre caractéristique de Blood Visions est d’ouvrir sur un univers totalement chaotique et pas forcément conforme aux attentes du grand public. En tout cas, il est clair que derrière leur redoutable efficacité mélodique, des titres comme My Shadow ou Fading All Away révèlent surtout de terribles zones d’ombre et portent les marques d’un désordre émotionnel et de troubles psychiatriques plutôt lourds (25) qui, forcément, n’aident pas au ralliement d’une audience plus large. Ainsi, Fading All Away relate les pensées confuses d’un tueur schizophrène (26), My Shadow présente un personnage totalement paniqué dans sa confrontation avec sa propre ombre (27), Blood Visions est marqué par la paranoïa (28), tandis que It’s So Easy permet au chanteur de rêver à la mort de ses proches (29).


Jay Reatard, It’s So Easy (sur Blood Visions, In The Red, 2006)

Enfant du grunge ayant grandi dans l’ombre de certains des plus illustres parrains du garage-punk américain des années 1990, Jay Reatard apparaît donc ici comme le parangon d’une jeunesse américaine complètement déboussolée et plus nihiliste encore que celles qui l’ont précédé. Mais le nouveau héros du garage-punk de Memphis est aussi le symbole d’une population de laissés-pour-compte souvent issus des campagnes (30),  et qui ont depuis longtemps compris qu’ils ne font pas partie des plans de Washington ou de Wall Street. Blood Visions est donc également le reflet terrifiant de cette Amérique du hors-champ refoulée, presque niée par les grandes métropoles et qui, s’étant construite loin de tout contrôle, ne sait désormais plus vers qui ou vers quoi tourner sa colère. Or c’est précisément de cette somme de frustrations que vient une grande partie de la violence, de l’agressivité et des tensions présentes dans la musique de Jay Reatard. De ce point de vue, Blood Visions ne fait pas exception à la règle puisque le chanteur y étale sans la moindre retenue toutes ses névroses, sa folie et ses cauchemars sur quatorze titres enregistrés avec la rage au ventre et l’envie de tout casser. Ainsi, le quasi épileptique Blood Visions impose d’emblée des rythmiques saccadées et de stupéfiantes décharges d’électricité, tandis que d’autres titres comme It’s So Easy, Not a Substitute ou le fracassant Turning Blue débordent d’une énergie frénétique et totalement démente.

Jay Reatard
Jay Reatard

Toujours à la limite de la rupture, donc, le rock garage de Jay Reatard semble construit sur le besoin viscéral d’en découdre et de renvoyer à la figure de la société entière tous les cauchemars et toutes les humiliations qui ont façonné les parias qui, comme son auteur, sont nés dans les angles morts de l’Amérique des années 1980 et 1990. S’il n’est pas politique dans son propos, cet album l’est de fait parce que tout ce qu’il exprime est marqué par une réalité sociale dure, et qu’il est façonné par le besoin de libérer sa colère en recherchant le conflit. Mais cette agressivité, qui n’a évidemment rien d’artificiel, est aussi ce qui fait la différence entre Jay Reatard et certains de ses pairs comme Ty Segall ou les Black Lips. En effet, contrairement à ces illustres représentants de la scène garage des années 2000, l’auteur de Blood Visions n’est pas un simple “enfant du rock”. Il y a dans sa musique une colère, une urgence et quelque chose de viscéral qui vont bien au-delà des enjeux habituels du genre. Il y a même de fortes chances que cette animosité ait beaucoup à voir avec son origine sociale et, sans doute plus encore, avec son parcours personnel. C’était en tout cas l’impression qu’il laissait lorsqu’on le rencontrait (31), celle d’un individu toujours sur la défensive, et qui avait visiblement appris à mordre et à attaquer le premier afin de mieux se protéger.


Jay Reatard, Turning Blue (sur Blood Visions, In The Red, 2006)

Une production minutieuse

Enfin, Blood Visions est aussi le premier disque sur lequel Jay Reatard parvient à aller au bout de ses idées en termes de production, et ce malgré un manque de moyens évident et forcément handicapant. Il n’est d’ailleurs pas interdit de penser que sa tendance à la paranoïa, nourrie par un esprit de revanche peu commun, a pu accentuer son perfectionnisme déjà maladif au point de devenir un facteur déterminant dans la création de cet album (32). Ce qui est sûr, c’est que, comme le raconte Alix Brown, Jay Reatard a su tirer profit de la longue gestation de l’album pour prendre le temps d’enregistrer des dizaines de pistes de guitares (parfois jusqu’à six ou sept pour un même morceau) lui permettant non seulement d’obtenir un son quasi parfait, mais aussi de créer un foisonnement de lignes mélodiques rendant la répétition des écoutes toujours plus surprenante et palpitante. Or c’est justement dans l’infernale précision de ce travail en studio que Jay Reatard se distingue de groupes comme les Black Lips ou Thee Oh Sees, notamment. Car s’il a toujours été très performant, et même souvent stupéfiant en concert, Jay Reatard est avant tout l’un des rares artistes de la scène garage-punk contemporaine à avoir accordé une telle importance au travail en studio et à la fabrication d’une œuvre discographique de haute tenue. Ainsi la complexité et la richesse de la production que l’on peut entendre sur des titres comme Turning Blue ou Death Is Forming seraient probablement inimaginables sur des albums de Ty Segall ou des Black Lips. De fait, le soin quasi maniaque que Jay Reatard a apporté à la production de ses disques est ce qui distingue son œuvre de celle de la plupart de ses pairs. Ce travail est d’autant plus important qu’il est aussi ce qui permet à Blood Visions de continuer à apparaître, plus de dix ans après sa sortie, comme l’un des disques les plus incontournables du rock des années 2000.


Jay Reatard, Night of Broken Glass (single, In The Red, 2007)

Format court

Dans la foulée de ce disque essentiel, Jay Reatard signe une multitude de singles pour In The Red puis pour Matador, son nouveau et ultime label. Les deux collections de 45-tours donnent lieu à deux anthologies, Singles 06-07 (In The Red, 2008) et Matador Singles ’08 (Matador, 2008), difficilement évitables pour qui veut creuser l’œuvre de Jay Reatard. En 2009, le chanteur explique l’ampleur de sa production de singles par son besoin constant d’expérimenter, de rester productif, mais aussi très simplement par son envie d’apprendre à connaître la maison de disques dans laquelle il arrive : “En débarquant chez Matador, j’avais avant tout besoin de savoir qui faisait quoi. En fait, chaque sortie implique en gros une quarantaine de personnes, depuis la fabrication jusqu’à la promo. Donc chacun de ces singles m’a permis d’apprendre à connaître tout le monde avant de faire mon album. C’était important, car je voulais vraiment savoir où je mettais les pieds. Loin d’être anecdotique, ce goût pour les singles est aussi le signe d’une créativité toujours en éveil et d’une production qui ne s’arrête jamais. “Je ne sais pas ce que décidera le label, mais j’ai déjà cinq singles de prévus pour l’année qui vient(33). Tous sortiront sur mon propre label, car je trouve qu’on perd généralement trop de temps entre les albums. C’est pour cette raison que je tiens à continuer à enregistrer des singles : cela me permet de garder l’excitation. En tout cas, c’est vraiment un truc que je fais pour moi et pour mes fans. Et j’aime aussi voir comment tout se met en place au moment de la sortie d’un nouveau disque. J’adore avoir ce nouveau produit entre les mains, le voir partir au courrier, etc. La plupart de mes singles sont de toute façon enregistrés chez moi. Je fonctionne ainsi depuis des années et je ne vois pas pourquoi cela devrait changer.”

Le temps de la chute

Au mois d’août 2009, Jay Reatard sort Watch Me Fall, son deuxième album solo, le premier pour Matador. Le disque est plus pop, plus apaisé et, sans doute aussi, moins convaincant que son prédécesseur. Le chanteur explique alors : “Il y a moins de distorsions et davantage de guitares acoustiques sur ce disque. Pendant l’enregistrement, j’écoutais beaucoup de pop néo-zélandaise du début des années 1980, et plus particulièrement les Chills, mais je me suis aussi beaucoup inspiré d’Echo & The Bunnymen. En fait, j’avais envie d’aller vers davantage de nuances et de limiter autant que possible le recours aux guitares heavy et à la distorsion. Je passe toujours beaucoup de temps à préparer les morceaux en amont, mais aussi à accumuler un nombre incalculable de petits détails. Ensuite, j’élimine. Pour ce disque, j’avais besoin d’une certaine densité, mais je voulais aussi éviter de revenir au ‘mur du son’ de Blood Visions.”


Jay Reatard, Death Is Forming (sur Blood Visions, In The Red, 2006)

Sur la pochette de Watch Me Fall, Jay Reatard apparait frigorifié dans un labyrinthe enneigé qui fait explicitement référence à la scène finale de The Shining de Stanley Kubrick (34). Interrogé sur ce clin d’œil frappant, le chanteur répond : “J’aime l’idée que Nicholson puisse être prêt à mourir de froid pour aller au bout de son projet. Je crois qu’on peut y voir une métaphore applicable à un bon nombre de choses.”

Jay Reatard
Jay Reatard

Depuis sa mort, Jay Reatard  n’a cessé d’être célébré pour l’intransigeance et la radicalité de sa démarche artistique. Son héritage, énorme pour un chanteur mort à seulement 29 ans, continue d’être redécouvert et repris par d’autres musiciens. Et, au milieu de cette profusion de disques, Blood Visions apparaît de plus en plus comme l’œuvre déterminante qui, tout en imposant durablement le nom de Jay Reatard, a permis au rock garage de trouver une place significative et parfaitement moderne dans l’histoire du rock des années 2000. Pour Larry Hardy, qui demeure l’un des plus éminents spécialistes de cette scène, Blood Visions est toujours une œuvre capitale : “C’est un disque génial. Pour moi, il est clair qu’il est toujours aussi impressionnant, même des années après.” Pour Alix Brown, le disque a assurément une résonance plus intime : “C’est difficile pour moi d’en parler, car je connais chaque chanson dans ses moindres détails. Je sais précisément de quoi elles parlent, à quoi elles font référence. Lorsque nous avons commencé à sortir ensemble, Jay venait de rompre avec une autre fille, donc toutes les chansons négatives sont sur elle et toutes les autres sont sur moi. En fait, c’est un peu comme s’il m’avait envoyé une lettre d’amour éternel. Bon, cela dit, ça ne l’a pas empêché d’écrire des chansons très médisantes sur moi par la suite ! Ha ha ! Oh, Jay… Tu me manques !”

Ce texte est extrait d’un livre de portraits écrit par Cédric Rassat à paraître en 2020.
(1) Littéralement : “Regardez-moi tomber”.

(2) L’interview a été réalisée en deux temps, d’abord à l’issue de son concert à la Plateforme de Lyon en mars 2009, puis par téléphone au cours de l’été, pour le numéro 5 du magazine Eldorado.

(3) Son vrai nom.

(4) Quatre avec les Reatards, Teenage Hate (Goner, 1998), Grown Up, Fucked Up (Empty, 1999), Bedroom Disasters (Empty, 2004) et Not Fucked Enough (Empty, 2005), quatre avec Lost Sounds, Memphis Is Dead (Big Neck, 2001), Black Wave (Empty, 2001), Rat’s Brains and Microchips (Empty, 2002) et Lost Sounds (In The Red, 2004), deux avec The Final Solutions, Disco Eraser (Misprint, 2003) et Songs by Solutions (Goner, 2007), deux avec Destruction Unit, Self-destruction of a Man (Empty, 2004) et Death of the Old Flesh (Empty, 2006), un avec Bad Times, Bad Times (Goner, 2001), un avec Nervous Patterns, Nervous Patterns (Contaminated, 2004), un sous le nom de Terror Visions, World of Shit (FDH, 2007), un avec Angry Angles, Angry Angles (disque édité post-mortem par Goner en 2016) et deux en solo, Blood Visions (In The Red, 2006) et Watch Me Fall (Matador, 2009).

(5) Les principaux labels avec lesquels il avait collaboré à l’époque.

(6) Deux disques hommages à Jay Reatard ont déjà été réalisés en France. Le premier, Jay Reatard, a French Tribute, est sorti chez Teenage Hate en 2013. Le second, publié par le label Retard, date de 2015 et se concentre sur la réalisation d’un Blood Visions alternatif, à partir de reprises de titres de l’album. Il s’intitule Blood Visions by Retard Records and Friends.

(7) Fat Possum est un label de blues et de rock basé à Oxford dans le Mississippi. Il a été fondé en 1992 par Matthew Johnson et Peter Redvers-Lee et a bâti sa réputation grâce à l’authenticité et à l’intransigeance d’artistes comme R.L. Burnside, The Black Keys, Heartless Bastards, Bass Drums Of Death, etc.

(8) Après son départ de Pitchfork, groupe de post-hardcore marquant de la fin des années 1980, John Reis a fondé Rocket From The Crypt, un groupe de rock’n’roll avec lequel il a enregistré sept albums entre 1991 et 2002. En parallèle, Reis a aussi lancé Drive Like Jehu, un incontournable quatuor de post-hardcore responsable de deux opus en 1991 et 1994.

(9) Avec le Jon Spencer Blues Explosion.

(10) Oblivians, Soul Food (Crypt, 1995).

(11) Vraisemblablement Rock’n’roll Holiday: Live in Atlanta (Sympathy For The Record Industry, 1995).

(12) Eric Friedl, membre des Oblivians, a fondé le label Goner en 1993 à Memphis.

(13) Le groupe chantait I Love Living, une adaptation foudroyante de l’emblématique I Love Living in the City de Fear.

(14) Jay Reatard, Hammer I Miss You (Goner, 2006).

(15) Lost Sounds, Lost Sounds (In The Red, 2006).

(16) La “Faxon House” dont il est question dans les notes de pochette du disque.

(17) Le seul nom de studio évoqué sur le disque.

(18) Le vrai nom de Dave Carbona.

(19) Bien que présent sur les deux premiers albums du groupe, Jay Reatard n’était pas un membre officiel de Destruction Unit. Death of the Old Flesh (Empty) sortira en septembre 2006, soit quelques jours seulement avant  Blood Visions.

(20) Une idée que l’on retrouvera avec Watch Me Fall, dont la photo qui illustre la pochette fait référence à The Shining de Stanley Kubrick.

(21) The Dwarves, Blood Guts and Pussy (Sub Pop, 1990).

(22) Formés en 1976, les Adverts furent l’un des premiers groupes punks à percer dans les charts anglais. Leurs singles One Chord Wonders et Gary Gilmore’s Eyes font partie des classiques du genre. Le groupe acheva sa course en 1979, peu de temps après la mort accidentelle de son manager.

(23) À l’origine, We Who Wait était la face B de Safety in Numbers, le troisième single des Adverts, paru en 1977 chez Anchor.

(24) Originaires de Portland, dans l’Orégon, les Wipers sont considérés comme l’un des groupes punks les plus influents de la côte Ouest américaine. Célébrés à l’époque par les différents membres de Nirvana, des Melvins, de Mudhoney ou de Dinosaur Jr., le groupe a étendu son influence aux générations suivantes et notamment à celle de Jay Reatard, donc.

(25) Ceux d’un maniaque, obsédé par le contrôle des moindres détails qui, à force de s’activer seul dans son studio, finirait par devenir fou et par se trouver des ribambelles d’ennemis imaginaires ?

(26) “I can’t stop until you’re dead / Because of all those voices in my head.” (“Je ne pourrai m’arrêter que lorsque tu seras mort(e) / Ce sont les voix qui parlent dans ma tête qui me commandent.”)

(27) “I can’t see your face!” (“Je ne parviens pas  voir ton visage !”)

(28) “Blood visions / Is what they wanna give me.” (“Des visions sanguinaires / C’est ce qu’ils essayent de me mettre dans la tête.”)

(29) “It’s so easy / When your friends are dead / So much easier / When you don’t even care / All these faces mean nothing to me.” (“C’est tellement facile / Quand tes amis sont morts / Et encore plus facile / Quand tu n’en à rien à faire / Tous ces visages ne signifient rien pour moi.”)

(30) Lui vient de celle du Tennessee.

(31) La première interview de Jay Reatard a eu lieu dans les coulisses de la Plateforme, à Lyon, à l’issue de son concert de mars 2009. Le chanteur, qui sortait d’un set véritablement estomaquant de violence et d’agressivité, était apparu comme un individu particulièrement méfiant et nerveux au premier abord. Ensuite, une fois qu’il a compris que l’interview était axée sur la musique, il s’est détendu.

(32) De ce point de vue, Blood Visions pourrait être rapproché d’autres œuvres de grands obsessionnels ayant tout accompli seuls, des albums rares mais fascinants comme Oar de Skip Spence (Columbia, 1969), McCartney de Paul McCartney (Apple, 1970) ou Emitt Rhodes d’Emitt Rhodes (Dunhill, 1970).

(33) 2010, donc.

(34) Dans la dernière scène du film, Jack Torrance, le personnage principal interprété par Jack Nicholson, poursuit son fils dans les allées glaciales et enneigées d’un grand labyrinthe. Il finit par s’y perdre et y mourir de froid. La posture adoptée par Jay Reatard sur la pochette de Watch Me Fall est exactement la même que celle de Jack Nicholson dans l’un des plus fameux plans de cette dernière scène.

Une réflexion sur « Jay Reatard : La fièvre dans le sang »

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