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Dance To The Music #3 : Brit Soul, la playlist

Pour accompagner la lecture de l’article sur la Brit Soul, voici une playlist de 20 morceaux racontant l’évolution de la musique soul, puis du funk, en Angleterre, entre 1965 et 1974. Version jukebox ou playlist commentée, pour varier les usages.

Tom Jones I’ve Got a Heart (1965)

Tom Jones possède l’un des plus beaux organes (vocaux) du Royaume-Uni. S’il chante généralement de la variété, son catalogue sixties possède de nombreuses pépites à redécouvrir. Parmi celles-ci, mentionnons I’ve Got a Heart de 1965, un morceau très uptempo et arrangé dans lequel la voix du crooner gallois peut montrer l’étendue de son savoir-faire.

Spencer Davis Group Keep On Running (1965)

Des groupes majeurs de la British Invasion, le Spencer Davis Group est peut être le plus soulful. La voix incroyable de Steve Winwood n’y est pas étrangère. Keep On Running, chanson écrite par le musicien jamaïcain Jackie Edwards, illustre à merveille pont entre rock et la soul de la Motown réalisé par la formation britannique.

Chris Farlowe Out of Time (1966)

Un peu oublié de nos jours, Chris Farlowe est pourtant l’une des plus belles voix d’Angleterre pendant les Swinging Sixties. Signé chez Immediate, pote avec les Stones, le chanteur brun avait tout pour réussir. Certaines de ses chansons sont effectivement devenus des tubes, comme Out of Time, mais pourtant le musicien n’a pas réussi à s’installer dans le paysage comme d’autres contemporains tels que Rod Stewart.

The Action I’ll Keep Holding On (1966)

Produit par George Martin (l’un des cinquièmes Beatles), The Action aurait mérité à bien des égards une plus belle carrière. Mené par Reg King et sa voix de velours, le groupe sélectionne avec soin ses chansons et apportent sa touche personnelle comme sur cette version démente d’I’ll Keep Holding On empruntée au catalogue Motown. À défaut d’avoir marché, le groupe peut s’en enorgueillir d’avoir des fans de renom comme… Phil Collins.

The Alan Bown Set Emergency 999 (1966)

Alan Bown, ancien leader du groupe de tournée de John Barry (le John Barry 7), monte sa propre formation en 1965. Le groupe tourne dans le circuit des clubs, avec notamment Georgie Fame et ses Blue Flames. En 1966, il signe avec PYE via Tony Hatch (auteur de la magnifique Call Me pour Petula Clark entre autres). Alan Bown Set publie une demi-douzaine de singles dans une veine soul dont le classique Emergency 999. À la même époque, le groupe enregistre également la bande originale du film Jeu de Massacre de Alain Jessua (1967) pour Jacques Loussier. Comme de nombreuses formations des sixties, les Britanniques évoluent vers le rock psychédélique à partir de 1967.

PP Arnold (If you think you’re) Groovy (1967)

Dans quelques jours, PP Arnold publiera New Adventures of… PP Arnold, son quatrième album solo en plus de 50 ans de carrière. Produit par Steve Cradock d’Ocean Colour Scene et du backing band de Paul Weller, le disque se place dans la lignée de la production de la chanteuse américaine pour Immediate. La connexion avec une certaine aristocratie mod, n’a rien de nouveau :  (If you think you’re) groovy, l’un de ses grands classiques (et une chanson géniale), était par exemple écrite par les Small Faces.

Geno Washington & The Ram Jam band Michael (1967)

Né à Evansville en Floride, Geno se fait un prénom sur la scène londonienne au milieu des années soixante avec le Ram Jam band. La formation sort quatre albums en concerts et de nombreux singles (également compilés sur des 33 tours). Groupe taillé pour les prestations en concert, il donne le meilleur de lui même sur les compositions des autres et les tubes du moment piochés chez Stax et Atlantic. Les enregistrements studios réservent cependant de belles surprises comme cette reprise tout en finesse de Michael emprunté aux C.O.D.’s.

Jimmy James & the Vagabonds No Good To Cry (1967)

Jimmy James et les Vagabonds se réapproprient No Good Good To Cry des américains du Connecticut The Wildweeds quelques mois après sa sortie. Le groupe britannique retranscrit à merveille la dramaturgie de la chanson originale en y ajoutant une touche plus Motown et punchy.

The Foundations Build Me Up Buttercup (1968)

Un des premiers grands succès de la soul britannique. Chanté par Colin Young pour son premier morceau en lead avec les Foundations (en remplacement de Clem Curtis), le morceau est co-écrit par deux personnalités de la pop britannique. Mike d’Abo écrit notamment pour Chris Farlowe le classique Handbags and Gladragsil relaie au chant également Paul Jones dans Manfred Mann entre 1967 et 1969.  Tony Macaulay est de son coté avant tout un compositeur, il écrit ou co-écrit de nombreux hits dans les années soixante pour Marmalade, Long John Baldry, les Hollies ou les 5Th Dimension.

Love Affair Everlasting Love (1968)

Emprunté à Robert Knight, un soulman américain de Franklin, Tennessee, Everlasting Love est le passeport pour le succès de The Love Affair. Pourtant le groupe, en dehors de son chanteur Steve Ellis, ne joue pas sur le disque. En effet, après une version enregistrée par Muff Winwood, frère de Steve et membre du Spencer Davis Group, le label ne garde pas cette version et préfère l’arrangement de Mike Smith. La version définitive est ainsi un hommage à la soul de la Motown avec notamment la participation de Kiki Dee (première chanteuse anglaise signée à la Motown) dans les chœurs. Le label CBS suivra la recette pour les singles suivant du groupe, les musiciens s’appropriant quant à eux les faces B pour un rock psyché mod de très grande qualité (par exemple Accept Me for What I’m). Un exemple criant de distinction entre les envies d’un label et d’un groupe.

The Flirtations Nothing but a Heartache (1968)

Tout juste après leur arrivée sur le sol britannique, le trio Flirtations signe avec le label Parrot qui s’occupe notamment de Tom Jones. Faute de succès le trio est débarqué et récupéré par DERAM, la maison jeune et progressive de Decca. Wayne Bickerton et Tony Waddington, deux amis d’enfance, écrivent la chanson ensemble. Le titre est un succès très modéré en Angleterre où il n’atteint pas le top 50 mais fait des scores très honorables aux Pays Bas et aux Etats Unis avec une 34e place et 14 semaines de présence dans le top. Le duo produira par la suite les succès des Rubettes dans les seventies. Depuis, la chanson est devenue un classique de la soul anglaise et probablement un des productions les plus réussies de l’époque au Royaume-Uni.

Amen Corner Expressway To Your Heart (1968)

Groupe de Cardiff, Amen Corner tire son nom de la soirée dominicale où Dr. Rock passait les dernières nouveauté soul des Etats Unis. Ils démarrent leur carrière chez DERAM chez lequel ils ont quelques hits comme Gin House Blues (#12UK en 1967) ou Bend Me Shape Me (#3 1968). Transféré chez Immediate, ils obtiennent leurs plus gros succès en 1969 avec (If Paradise is) Half as Nice , numéro 1 en Angleterre. Expressway To Your Heart, emprunté aux Soul Survivors et écrite par Gamble et Huff figure sur leur premier album chez DERAM, et en face B d’un single uniquement paru aux Pays Bas. C’est un excellent exemple de leur capacité à adapter les tubes américains : leur version, plus arrangée, portée par un arrangement de cuivres, est finalement plus soul que l’original assez rock des Américains.

Dusty Springfield Son of a Preacher Man (1968)

En 1968, Dusty Springfield se sent un peu coincée dans sa carrière. Le rock progressif ringardise sa génération de chanteurs. Elle décide alors de prendre un risque en signant chez Atlantic qui l’envoie enregistrer aux fameux studios Muscle Shoals. Les sessions de Dusty In Memphis sont supervisées par le gratin du label américain : Tom Dowd, Arif Mardin et Jerry Wexler. Le trio est largement responsable du son d’Atlantic, revigorant par exemple la carrière d’Aretha Franklin ou Wilson Pickett. Hors de sa zone de confort, la chanteuse britannique signe peut être le classique de sa carrière et un intemporel de la musique soul. Le single Son of a Preacher Man, écrit par le duo John Hurley et Ronnie Wilkins, atteint alors la dixième place des charts américains en 1968.

Billie Davis Make the Feeling go Away (1969)

Billie Davis, ou Carol Hedges de son vrai nom, adopte son pseudo de scène en mélangeant les noms de Billy Holiday et Sammy Davis Jr. La chanteuse démarre sa carrière au début des années soixante et publie une vingtaine de singles durant la décennie. Sorti début 1969, Make the Feeling go Away est une incursion réussie dans la blue eyed soul.

Georgie Fame Somebody Stole My Thunder (1970)

Georgie Fame, accompagné de ses Blue Flames, est une des attractions live du circuit londonien. L’organiste a de nombreux succès à son actif chez Columbia. Il entame, après son transfert chez CBS, une carrière solo moins marquée par la blue eyed soul / jazz soul (à la Jimmy Smith) de ses débuts, au profit de chansons plus variété. Cependant, à cette même époque, il enregistre peut être l’un de ses meilleurs morceaux, devenu une rareté très apprécié des collectionneurs et djs, la géniale (et classieuse à souhait) Somebody Stole My Thunder.

Demon Fuzz Disillusion Man (1970)

Demon Fuzz est représentatif de l’évolution de la musique noire au début des années 70. Au contact du rock psychédélique et progressif, après un voyage au Maroc, la formation qui pratiquait la soul (et précédemment le ska sous le nom Blue Rivers & the Maroons) enrichit sa musique de multiples influences (afro-rock, funk etc.). Leur premier album publié par Dawn (le sous label djeunz de Pye) est un échec commercial mais devient un classique des diggers samplé à de multiples reprises. L’originalité de leur musique rend la découverte d’Afreaka! toujours étonnante. Seul le terreau britannique pouvait accueillir ce genre de disques, à mi-chemin entre Afrique, Caraïbes et Occident. Nous pourrions ainsi rapprocher le parcours de Demon Fuzz de celui de Locomotive, par exemple.

The Brotherhood of Man Reach Out Your Hand (1971)

Si le groupe est surtout connu pour ses participations à l’Eurovision (accompagnée de la pop assez anodine qui va souvent avec l’épreuve), au début des seventies, Brotherhood Of Man enregistrent un excellent morceau dans une veine Four TopsReach Out In Your Hand. Le morceau est un petit tube aux Etats Unis et plus spécifiquement dans certaines régions comme  Buffalo.

Cymande The Message (1972)

Le cas de Cymande est assez proche de celui de Demon Fuzz. Originaires de Jamaïque et Guyana (la Guyane britannique), les londoniens pratiquent un funk aux influences multiples : psychédéliques, africaines, caribéennes. Leurs quatres albums sont devenus ainsi avec les années des classiques des diggers et des beatmakers qui y ont pioché de nombreux samples jusqu’en France. Ainsi Mc Solaar leur emprunte la base rythmique du classique The Message, extrait de leur premier album en 1972. Celui-ci contient également la sublime Dove, longue épopée psychédélique mélancolique. Si Demon Fuzz ou Cymande n’obtiennent pas un succès commercial important, ils contribuent à faire émerger une identité britannique dans la musique noire (soul/funk) différente de la musique américaine, et ce, grâce à l’apport inestimable de musiciens des anciennes colonies, notamment des Caraïbes.

Hot Chocolate Brother Louie (1973)

Créé par Errol Brown à Brixton (le quartier jamaïcain de Londres), Hot Chocolate signe en 1969 avec Apple sur la base d’une reprise de John Lennon de Give Peace a Chance.  En 1970, le groupe rejoint RAK, le label de leur producteur Mickie Most, avec lequel ils vont connaître une très belle carrière à la fin des années soixante dix. En 1973, la formation obtient un joli succès en Angleterre (#7) avec Brother Louie repris par les Stories aux USA qui en font là bas un énorme tube (#1 US) dans une veine très différente de leurs albums plus pop / powerpop.

Sweet Sensation Sad Sweet Dreamers (1974)

Finissons cette playlist avec un des tubes soul de l’année 1974. Inspiré par la philly soul des Stylistics, la chanson est écrite par Tony Hatch (que vous avez croisez déjà plus haut dans la playlist) et David Parton. Ce dernier a co-signé plusieurs tubes pour les Sweet Sensation et sorti quelques albums. Il a aussi fait un tube avec une reprise de Stevie Wonder en 1977 qui devait à l’origine être chanté par Marcel King… des Sweet Sensation.

The Flirtations
The Flirtations

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