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Bis – Encore une fois !

BIs
Bis

12 mai 1997, l’Arapaho, petite salle de concert située place d’Italie restée célèbre pour ses poteaux en béton particulièrement mal placés et sa programmation éclectique. Ce soir, Bis vient présenter son premier album, The New Transistor Heroes. Pour ma part, je tremble comme une feuille, car je suis chargée de remettre au groupe un questionnaire à remplir par les filles dont j’aimerais joindre le fanzine pailleté consacré principalement à la britpop, The Blue Mirror. C’est mon premier travail de « journaliste », il faut que j’aille backstage voir le groupe, c’est très impressionnant pour la jeune fille de 18 ans que je suis.

Ils sont à peine plus âgés que moi, mais ont déjà sorti leur premier EP Transmissions on the Teen-C Tip ! chez Acuarela (Sr. Chinarro, Migala), signé pour les États-Unis chez Grand Royal, le label déjà culte des Beastie Boys, puis deux autres EP chez Chemikal Underground, label non moins culte de leurs compatriotes glaswegians The Delgados (Arab Strap, Mogwai), et fait un passage remarqué à Top of the Pops avant même leur signature chez Wiija.

Groupe formé à Glasgow en 1994 par Steven Clark, son frère John, et Amanda McKinnon, alors que ces derniers sont encore au lycée, Bis, dont le nom est tiré d’une chanson de The The, fait partie de cette galaxie de groupes adolescents, comme Ash, Supergrass, ou les plus confidentiels girls bands Shampoo et Kenickie, qui proposent une pop punk, efficace et joyeuse.

Toutefois la comparaison s’arrête là. Adepte du DIY, le groupe dessine ses pochettes, utilise une boîte à rythme, et crée des chansons qui reflètent son univers, entre bonbons, science-fiction de série B et ninjas : Kill yr Boyfriend, Kandy Pop, Starbright Boy, Sweet Shop Avengerz, Ninja Hi-Skool, Secret Vampires, Plastik People… Ces titres bubblegum, associés au look pop de Manda Rin et le fait qu’ils aient signé le générique de fin du dessin animé The Powerpuff Girls pourraient tromper le lecteur sur leur musique. Bien plus Riot Grrrl que britpop, Bis évoque davantage ses compatriotes de label d’Atari Teenage Riot, Devo ou Bikini Kill que les Kinks et les Specials.

Le groupe évolue naturellement vers la musique électronique et leur troisième album, Return To Central, sorti en 2001 déroute les fans de la première heure. Malgré la qualité du disque et du EP Fact 2002, maxi de reprises électro du label Factory sorti dans la foulée, Bis ne retrouvera pas le succès commercial des débuts, qui leur avait permis de vendre 100.000 copies de New Transistor Heroes au Japon la semaine de sa sortie. En 2003, le groupe se sépare après trois albums, mais ses membres continuent leur activité musicale sur la scène locale, ce qui à Glasgow implique presque toujours des collaborations avec des membres de Belle & Sebastian et Franz Ferdinand. Ils se reforment en 2007 pour des concerts anniversaires, sortent deux albums et se produisent assez régulièrement devant un public de fidèles qui ont souvent grandi avec eux.

Photo : Pauline RIchard
Photo : Pauline RIchard

Retour à l’Arapaho. Ce soir là, Manda Rin, Sci-Fi Steven et John Disco sont déchaînés sur scène et adorables avec moi, car l’univers des fanzines est aussi le leur. La seconde moitié des années 90 fut une époque bénie pour quiconque rêvait comme Morrissey de « go down in musical history », mais faute de talent, préférait écrire sur la musique plutôt qu’en jouer. Avec des titres comme Crème Anglaise, Sex With Panzerfaust and Bobby Briggs as well as Jordan Catalano, ou Lollipop, de tout jeunes adultes (dont un grand nombre de filles), se voyaient comme les héritiers de Legs McNeil, en faisant la promotion de groupes obscurs en France pour un public plus que restreint. A Paris, cette faune adepte de la veste Adidas et des barrettes pailletées se retrouve au magasin Rough Trade de la rue de Charonne et chez Bimbo Tower, qui vend aussi bien les barrettes et fanzines sus-mentionnés que des vêtements, portés avec fierté sur les dancefloors des indie clubs de l’époque, le Shéhérazade, le Hi-Tech Café, ou le Pigall’s. Quasiment culte depuis ses débuts, le destin de Bis reflète parfaitement celui de l’évolution de la scène musicale indie née dans les années 90. En 1998, le single Eurodisco est le tube imparable qui permettra au groupe de se hisser une dernière fois dans les charts anglais. Pour ma part, ce sera le dernier 45 tours acheté chez Rough Trade avant la fermeture du magasin, marquant la fin d’une époque bénie où la musique était au centre d’un petit univers joyeux et bizarrement punk malgré les paillettes.

J’évoquai plus haut Shampoo, dont le morceau Blister and Bruises avait été composé par Lawrence, et en réécoutant Bis en 2019, l’influence de ce dernier semble évidente, puisque leur dernier single Sound of a Heartbreak aurait tout à fait sa place chez Go-Kart Mozart. Un an après le mémorable concert parisien de ces derniers, Bis se produit sur la même scène, qui accueillera également le lendemain les barcelonais d’Hidrogenesse, dont Genis fut autrefois signé avec son groupe Astrud chez … Acuarela.
La boucle est bouclée. Ou pas.

Bis jouera au premier soir du 3ème Paris Popfest, vendredi 20 septembre au Hasard Ludique.

BONUS : Time capsule !

 

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