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Astronauts, etc., Living In Symbol (Company Records)

Il y a toujours une part d’imprévu dans le succès d’un album. Un soupçon de chance, parvenir à tomber dans une bonne oreille avisée, ou toucher à l’intime d’une époque. Living In Symbol d’Astronauts, etc. semble être parti dans la vie avec un jeu intermédiaire. L’album sort certes sur un bon label (Company Records monté par Chaz Bundick de Toro Y Moi), mais début août, en plein été donc. Qui achète et écoute des nouveautés en plein cagnard ? Anthony Ferraro (musicien du backing band de … Toro Y Moi) avait-il une chance de se faire entendre entre les apéros sardines / rosé et les excursions à la plage ? Septembre est désormais bien entamé, retour au turbin, nous avons pour la plupart repris nos rythmes de vie. Living In Symbol prend dans ce contexte une nouvelle signification. S’il a bercé une partie de notre été avec douceur et rondeur, il accompagne tout aussi délicatement l’atterrissage et le blues de la rentrée. La pop délicate et studieuse d’Astronauts, etc. est en effet un parfait antidote à la grisaille qui se profile. Évoquant tout autant les mélodies à tiroir d’un Chris Cohen (The Border) que le laiback candide de George Harrison (Who I Talk To), Anthony Ferraro propose un disque d’une élégance discrète mais palpable. L’intéressé a certainement usé ses vinyles de Burt Bacharach en cachette de ses potes skaters après d’inévitables ruptures amoureuses. Astronauts etc. excelle  dans un artisanat raffiné, aussi bien au niveau de l’habilité des mélodies que l’agilité des arrangements. Usant de guitares et de synthétiseurs comme autant de couleurs (The Room), sans jamais abuser d’éprouvants effets de manche. Living In Symbol coule comme du miel dans les oreilles (la sublime Shut My Mouth), s’insinuant sans forcer dans les interstices de notre esprit. Album résolument gentil et bien élevé, il est pourtant tout sauf pleutre et terne, tant il défend avec conviction une certaine idée de la pop, altière et généreuse. Si la voix de Ferraro n’est pas la plus mémorable qu’il nous ait été donnée d’entendre, elle s’accorde parfaitement au propos, accompagnant nos songes de sa bienveillance. La production, soignée, ne masque jamais un défaut d’imagination, elle magnifie au contraire une constante inspiration, presque suspecte tant elle ne faiblit guère. Trop beau et doué pour chercher la démonstration, pas assez vulgaire et bruyant pour se faire remarquer, trop sobre pour exciter les neurones des journalistes musicaux en mal de sensations fortes, Living In Symbol est un album qui vieillira merveilleusement bien pour toutes ces raisons. Son classicisme et sa modestie, loin d’être des défauts, en font une œuvre iconoclaste et sacrément attachante. Loin du tumulte de la rentrée, il suspend quelques instants le temps.

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