The Chemical Brothers, haut les mains

The Chemical Brothers
The Chemical Brothers

Alors que le tandem a mis le Parc de Saint-Cloud sens dessus dessous la nuit dernière et qu’une biographie intitulée Paused in Cosmic Reflection et écrite par le brillant Robin Turner – attaché de presse historique du groupe et déjà auteur d’un très bel ouvrage sur notre label de cœur Heavenly Recordings – va paraitre le 28 octobre prochain, c’était le bon moment de remettre la main sur une interview de The Chemical Brothers réalisée au printemps 1999, à quelques semaines à peine de la sortie de Surrender – le disque qui a définitivement lancé la carrière internationale d’Ed Simons et Tom Rowlands, entre une pub pour la compagnie Air France (la berceuse psyché Asleep For A Day, interprétée par la pas commode Hope Sandoval  et tournée par le surdoué Michel Gondry – futur réalisateur du clip de Star Guitar) et les présences entre autres de Bernard Sumner ou Noel Gallagher.

Un disque aussi important pour la RPM canal historique car à l’époque, on ne se souvient pas d’une seule soirée où l’hymne Hey Boy Hey Girl ne résonnait pas, que ce soit dans la cave alors encore enfumée et ruisselante du Pop In, au sous-sol de l’Espace Couleur – avec ou sans Jarvis Cocker –, dans les salons haïkus des unes ou des uns et des autres quand des soirées improvisées débordaient jusqu’au bout de la nuit. Un disque qui témoigne aussi de l’importance que le magazine a accordé à ces musiques dites électroniques alors que son accroche – RPM pour Revue Pop Moderne – laissait penser à tout un chacun (mais à tort – pour la énème fois, pop n’est que le diminutif de “popular”) que seule l’indie pop et certains chanteurs français avaient voix au chapitre. Mais entre les unes offertes à Daft Punk (dès son premier album), Les Rythmes Digitales de Stuart Price – alors alias Jacques Lu-Cont –, au label F Communications, à The Prodigy, Death In Vegas, Underworld, les disques du mois (Lo-Fidelity Allstars, anyone ?) et les articles qui tressaient des louanges (justifiées) à Boards Of Canada, Autechre, Moodymann, aux artistes de la french touch ou entre autres, aux productions Warp, il n’y a aucun doute quant à la passion que vouait la rédaction à toutes ces musiques-là aussi. D’autant que les années 1990 ont eu l’intelligence (techno) de définitivement faire tomber les barrières – que certains avaient fragilisé dès les années 1970 et 1980. Les querelles de chapelle à la con allaient définitivement tomber aux oubliettes grâce à une génération de musiciens qui n’avaient aucune œillère et qui adolescents, avaient surtout choisi de ne pas choisir, piochant dans le hip-hop, la new-wave, les musiques électroniques à la New Order et Depeche Mode, la house, la techno, le rock psychédélique et le reste pour nourrir une mélomanie insatiable. Ed et Tom étaient de ces adolescents-là et on l’a compris dès leur premier maxi, publié sous le nom de The Dust Brothers – en hommage au tandem de producteurs des ambassadeurs de la coolitude absolue, les Beastie Boys – et intitulé Song To The Siren, titre parfait dont j’ai oublié s’il avait été choisi en hommage à la chanson originelle de Tim Buckley ou à sa reprise par This Mortal Coil et “la voix de Dieu” Liz Fraser… La suite de l’histoire a confirmé bien vite cet appétit d’éclectisme et cette érudition jamais snob, cette volonté de gommer les œillères à grand renfort d’invités toujours triés sur le volet et de chansons qui empruntaient peu ou prou à tous les courants susmentionnés. C’était souvent réussi, toujours excitant. C’était la toute fin du XXe siècle. Et la rencontre s’était passée à peu près comme il suit.


En 1992, lorsque sort en catimini un maxi intitulé Song To The Siren, crédité à de mystérieux Dust Brothers, personne n’aurait pu penser – et encore moins les deux principaux intéressés – que ces mêmes personnes, rebaptisées depuis belle lurette The Chemical Brothers, réaliseraient quelques années plus tard l’un des disques les plus attendus de cette fin de millénaire. Après avoir permis à la musique électronique de se démocratiser – de son arrivée dans les “vraies” salles de concert à son irruption dans le salon domestique –, Ed Simons et Tom Rowlands – DJ (leurs prestations aux mythiques soirées londoniennes Heavenly Sunday Social sont passées à la postérité), producteurs, compositeurs et remixeurs hors-pairs – signent avec Surrender l’album éclectique annoncé – et maîtrisé –, où organique et électronique réalisent l’une leur plus belle union. Fort de ses invités de marque, porté par des hits malins – du déjà consacré Hey Boy Hey Girl à l’entêtant Music: Response en passant par le perspicace Out Of Control –, ce disque n’est certes pas révolutionnaire. Mais il est le témoignage parfait d’un mouvement amorcé depuis quelque temps déjà et devient ainsi une nouvelle pièce à conviction pour mieux prouver qu’aujourd’hui, la Muzik existe au delà des musiques. 

“J’ai l’impression que Surrender est déjà sorti depuis deux mois… Car ça fait deux mois que nous n’arrêtons pas de parler de ce disque, que nous devons nous expliquer à son sujet. Nous, nous avons fait notre boulot : je sais que c’est un bon album. Maintenant, aux autres de faire le leur…”, explique l’immense Tom Rowlands, entre deux bouchées de plat végétarien. Effectivement, les Chemical Brothers sont dans ce que l’on a coutume d’appeler une phase de “promo intensive”. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’ils sont LE groupe “électronique” à qui tout le monde veut parler. Le groupe du consensus. Le groupe qui plaît aux rockers et fait danser les ravers. Qu’ils le veuillent ou non, les deux amis sont ceux que tout le monde considère comme les géniteurs du big beat. Ils sont cools. Travaillent avec des figures cultes, tel Jonathan Donahue de Mercury Rev, ou des superstars comme Noel Gallagher. Alors, depuis deux mois, les Tom et son acolyte Ed Simons parlent puisque sans eux  – et quelques autres, bien sûr –, le panorama musical de cette fin de décennie ne serait pas tout à fait le même. Sans Exit Planet Dust et Dig Your Own Hole, sans leurs remixes de The Charlatans, Manic Street Preachers ou Primal Scream, sans leurs diverses collaborations, beaucoup sont ceux qui continueraient – que ce soit pour de bonnes ou de mauvaises raisons – d’ignorer les musiques dites électroniques. Alors, un peu malgré eux, Ed et Tom sont devenus des porte-paroles, des “passeurs”, des figures emblématiques. Ils sont ceux par qui le “miracle” est arrivé. Aujourd’hui, tout le monde veut connaitre leur avis. Car tout le monde veut savoir de quoi sera fait le futur de la musique. “Le futur ? Je crois qu’on va le passer sur les routes”, explique Ed Simons en s’allumant une cigarette.

Lorsque Tom et Ed se sont rencontrés, voilà dix ans sur les bancs de la fac d’Histoire de Manchester, ils n’auraient sans doute jamais imaginé une telle destinée. Même dans leurs rêves les plus fous. Tous deux sont passionnés de musique, de hip hop autant que de pop indé, de house – alors en passe de conquérir la Grande-Bretagne– que de rock. Ils s’amusent à animer des soirées, puis un beau jour, décident de sortir un disque. Leur nom, ils le choisissent en hommage au tandem de producteurs responsable de l’un de leurs albums de chevet, le fameux Paul’s Boutique des Beastie Boys. Ils enregistrent dans leur chambre, avec les moyens du bord, puis pressent quelque cinq cents vinyles de Song To The Siren, que la plupart des boutiques spécialisées refusent de prendre, jugeant le résultat “pathétique”. Mais un exemplaire tombe entre les mains d’Andy Weatherall, devenu personnage incontournable de la scène dance depuis son récent tour de magie avec le Screamadelica de Primal Scream et à la tête de la structure Junior Boy’s Own. L’homme adore le disque et le passe régulièrement lors de ses sets de DJ. Les deux copains l’apprennent, n’en croient pas leurs oreilles, sautent de joie puis décident de… se rendre à chaque soirée où leur “gourou” est programmé en Grande-Bretagne. Pour attendre, anxieux, qu’il passe leur maxi. “On n’a jamais pensé sur le long terme”, explique Ed en souriant. “A fortiori quand on a commencé… Sincèrement, on ne croyait pas à une longue aventure. En tout cas, ce n’était pas notre objectif. Nous étions juste deux étudiants passionnés qui parviennent à sortir un disque. C’était déjà l’aboutissement de nos espoirs les plus fous ! Et puis, tout s’est enchaîné comme dans un rêve. Mais nous ne sommes pas idiots : nous savons très bien que si nous en sommes là aujourd’hui, c’est parce qu’à nos débuts, il y a eu une grande part de chance”. Et Tom de préciser : “Nous avons décidé d’enregistrer un maxi parce que nous n’arrivions à trouver le disque que nous avions envie d’écouter ! La naissance des Chemical Brothers est, entre autre, due à un sentiment de frustration. Je crois que la frustration est presque primordiale dans tout processus de création”. Mais en 1992, ces Dust Brothers, futurs Chemical, sont logiquement recueillis par la structure dudit Weatherall et les demandes de remixes commencent à affluer. L’histoire est en marche. Elle ne s’arrêtera plus. “C’est vrai que c’est quelque chose d’incroyable”, poursuit Ed. “Sortir un disque était déjà pour nous un aboutissement… Alors, savoir que ton troisième album suscite autant d’intérêts, ça te laisse même un peu perplexe”.

Perplexe, le public qui garnit l’immense salle The Event de Brighton, le 12 mai dernier, ne l’est sûrement pas. Il est plutôt impatient. Très impatient. Même la présence de DJ ne saurait le distraire de la seule raison justifiant sa présence dans cette immense discothèque de… 3 000 places, qui affiche, bien évidemment, sold out. Et à l’arrivée de ces deux types à l’allure d’éternels étudiants, sans look particulier – on est loin de The Prodigy –, sans maniérisme forcé – celui là même qui parfois peut agacer lors d’une prestation d’Underworld –, l’hystérie gagne une foule déjà prête à succomber et qui chavire littéralement dès la première “montée” du nouveau single Hey Boy Hey Girl, asséné dès l’ouverture et petite merveille d’electro ravageuse au gimmick impeccablement entêtant. Pendant une heure et demie, le duo va ainsi tenir la foule en haleine, en alignant ses morceaux de bravoures, déjà devenus autant de classiques – Block Rockin’ Beats, Setting Sun, Song To The Siren, Chemical Beats… – avant de porter l’estocade en rappel grâce à une merveilleuse et hypnotique version The Private Psychedelic Reel. “Parfois, on nous demande si le fait d’aborder le live en duo n’est pas un peu frustrant… Mais non, pas du tout. J’adore jouer dans cette formule. Nous ne sommes pas là pour recréer les versions qui existent déjà sur disque. D’ailleurs, je ne suis pas sûr que les gens crèvent d’envie de voir les chanteurs se succéder pour tel ou tel morceau. Nous ne sommes pas limités pour autant. Nous offrons juste une autre vision d’une même chanson. Et puis la situation n’est pas aussi rigide : Tim Burgess nous a déjà rejoints sur scène de temps en temps. Si l’occasion s’y prête, il peut y avoir une surprise…”

Après le succès de Hey Boy Hey Girl et le triomphe de votre mini-tournée anglaise, vous devez être confiants avant la sortie de Surrender
Tom : Oh oui, mais je n’avais pas besoin de tout cela pour avoir confiance. Comme je te l’ai dit tout à l’heure, je crois sincèrement que notre nouvel album est extraordinaire. Lorsque je l’ai écouté pour la première fois, juste après l’avoir complètement achevé, c’est la première sensation que j’ai eue…  Maintenant, il faut aussi reconnaitre c’est l’album qui a été le plus difficile à enregistrer…
Ed : Les deux albums précédents, même si on trouve des atmosphères variées, proposait une seule dimension sonore d’un bout à l’autre…  À sa sortie, Exit Planet Dust avait l’avantage d’offrir un son nouveau pour l’époque, c’était là sa grande force. Dig Your Own Hole, quant à lui, proposait une approche plus organique, mélangée avec des éléments acid. Mais à chaque fois, nous avions ce côté unidimensionnel. Alors qu’au contraire, je crois que Surrender offre une variété de tous les instants, aussi bien dans les styles que dans les ambiances. Mais en même temps, quel que soit le morceau, tout le monde l’identifie comme du Chemical Brothers. Et je suis très fier d’avoir trouvé cette identité… Mais c’est vrai que nous en avons bavé. Mise à part Got Glint, qui a été finalisée très facilement, chaque chanson avait sa propre difficulté qu’il fallait résoudre : on n’a pas arrêté de les travailler, on revenait sans cesse dessus, on se battait avec chaque détail.

Peut-on dire que Surrender clôt une trilogie, qu’il est l’aboutissement d’un travail, d’une recherche identitaire initiés avec Exit Planet Dust ?
Ed : C’est possible, en fait, mais ce serait une démarche inconsciente, tant chaque disque a été envisagé de manière complètement différente… Et indépendante. Maintenant, il est vrai que Surrender pourrait marquer la fin d’une époque, pendant laquelle nous avons cherché et fini par trouver l’identité que j’évoquais précédemment. Mais à chaque fois que nous avons achevé un album, la seule chose que nous avions en tête, c’était que le suivant soit encore meilleur. Je pense très honnêtement que nous y sommes parvenus. Et j’en suis fier. Car il y a tant de groupes qui régressent, tout simplement parce qu’ils se laissent aller, parce que le succès les a poussés à la paresse.

Même si vous aviez amorcé ce virage avec Dig Your Own Hole, vous semblez avoir utilisé encore plus d’instruments acoustiques pour Surrender…
Tom : Exact. Et c’est d’autant plus perceptible, peut-être, que nous avons employé des instruments que nous n’avions jamais utilisés auparavant : des trompettes, des flûtes… Mais il ne faut pas non plus se leurrer : nos instruments de base restent les mêmes, il s’agit toujours des ordinateurs, des sampleurs, des synthés. Nous avons grandi avec ce genre d’instruments, nous avons grandi en programmant des boites à rythmes, des sequencers : ils sont à la base de notre éducation musicale. Pour ce disque, l’idée centrale était vraiment d’associer les sons organiques et les sons électroniques. En fait, même lorsque nous utilisons des instruments classiques, nous les traitons comme si c’était des instruments électroniques. The Sunshine Underground pourrait être la meilleure illustration de cette démarche : c’est un morceau ouvertement acid/trans, mais pour lequel on a utilisé plein d’instruments “traditionnels” sans forcément que cela s’entende…

Dès le départ de l’enregistrement, vous saviez que vous alliez emprunter cette direction ?
Ed : On n’avait pas forcément une idée précise, mais on savait juste que, cette fois, on voulait pouvoir tout se permettre, ne s’imposer aucun interdit… Contrairement à Dig Your Own Hole, qui est un disque qui a été conçu en tournée, là, on a décidé de tout arrêter pour ne plus se consacrer qu’à l’enregistrement. Dès le début, on voulait arriver à concrétiser quelque chose de plus “joli”, de plus agréable à écouter en quelque sorte, de moins “jeune chien fou” que ce que nous avions pu faire dans le passé. On voulait un disque… qui flatte l’oreille de l’auditeur. Et cette motivation nous a poussés à emprunter cette direction plus organique. D’une part, nous faisons de la musique, mais de l’autre, nous sommes aussi des DJ, et c’est un aspect qui a parfois pris le pas sur le reste : on recherchait le morceau qui allait mettre le dancefloor en ébullition ! Cette fois, nous avions envie d’un ensemble plus musical, plus mélodique… Bien sûr, on l’avait déjà fait, avec des trucs comme Alive Alone sur le premier album, mais on voulait aller plus loin dans cette direction…

Vous n’avez pas essayé de tester certains morceaux de Surrender lors de vos sets DJ, ou même en live ?
Tom : On le faisait certainement plus par le passé, mais ça nous arrive encore bien sûr. On a joué une fois une première version de Music: Response et ça a été une catastrophe ! Pratiquement tout le monde a quitté le dancefloor car le morceau était beaucoup trop complexe en fait… On l’a donc retravaillée de A à Z.

Après Surrender, vous vous considérez d’avantage comme des compositeurs que des producteurs ?
Tom : Non, pas du tout ! Parce que je nous ai toujours considérés comme étant au carrefour de tout cela, et ce dès nos débuts. La production, la façon dont sonnent nos disques a toujours été aussi importante que notre travail de composition. Il n’y a pas de frontière entre le rôle d’un producteur, celui d’un compositeur ou celui d’un programmateur. Pour que le morceau soit vraiment réussi, il faut que tous ces éléments soient parfaits… Ou du moins, s’approchent autant que faire se peut de la perfection. Le son d’un synthé, à un moment donné, peut avoir autant d’importance qu’un accord… Une fois encore, et peut-être plus que dans les précédents disques, les collaborations jouent un rôle essentiel.

Ces collaborations, c’est une nécessité pour vous ?
Ed : Je ne voudrais que l’on perçoive cela comme quelque chose que nous nous sentons obligés de faire. Certains de tes confrères ont suggéré que c’était une façon de mieux “vendre” nos disques. Mais ça n’a rien à voir ! Bien sûr, il y a des gens connus, mais nous ne les avons pas utilisés dans l’idée de promouvoir nos albums. Il n’y a pas un énorme autocollant sur la pochette de Surrender qui annonce : “Avec Noel Gallagher, Bernard Sumner, etc.” Nous adorons travailler avec d’autres artistes. C’est un luxe et on aurait tort de s’en priver… Lorsque l’on a bossé avec Beth Orton sur Exit Planet Dust, elle n’était pas connue, même s’il avait sorti un album avec William Orbit… Et lorsque nous avons travaillé avec Mercury Rev au moment de Dig Your Own Hole, je crois que le groupe était nettement moins hip qu’aujourd’hui.

C’est un moyen pour vous d’apprendre, de découvrir de nouveaux horizons ?
Ed : Oui, bien sûr… Quand tu te retrouves en studio avec un type comme Bernard Sumner, qui a en plus enregistré des disques qui ont vraiment marqué ton adolescence, tu fais attention à sa façon de travailler, tu regardes comment il procède pour réaliser tel ou tel truc. Tom et moi, je crois que l’on travaille très bien à deux, et on l’a déjà prouvé par le passé. Maintenant, la richesse de Surrender, sa profondeur, est aussi due à la présence de ces invités et surtout au fait que pour la première fois, nous les avons laissé plus s’impliquer dans les morceaux. Bernard Sumner, Jonathan Donahue nous ont définitivement apporté quelque chose, une dimension que nous n’aurions peut-être pas atteinte si nous étions restés entre Tom et moi. Ne serait-ce que parce que Bernard a voulu jouer de la guitare sur Out Of Control ou parce que Jonathan a suggéré l’idée du piano sur Dream On. Voilà, par exemple, deux instruments dont nous ne servions jamais auparavant… Tout simplement parce nous n’avons jamais su en jouer !

Et il y a des artistes avec lesquels vous rêvez de pouvoir travailler un jour ?
Ed : Non parce que nous n’avons jamais planifié de genre de choses des mois à l’avance. C’est plus instinctif… Nous avons une idée et on se dit que la voix d’unetelle ou d’untel pourrait donner lieu à un morceau vraiment excitant… Nous avons toujours procédé de la sorte. Et nous continuerons ainsi. Ça se fera comme ça au hasard des rencontres, des possibilités, de nos envies…
Tom : Aujourd’hui, je pourrai te dire Jeru The Damaja, parce que j’ai écouté son album hier soir… Et demain, ce serait quelqu’un d’autre. Travailler avec Bernard Sumner était presque un rêve parce que nous sommes fans de New Order. Mais si nous l’avons contacté, c’est parce que nous pensions avant tout qu’il pouvait apporter quelque chose à ce morceau-là.

Au début des Chemical Brothers, vous étiez considéré comme un groupe dance : aujourd’hui, peut-on dire que vous seriez plutôt un groupe pop, au même titre par exemple que les Pet Shop Boys ?
Ed : Je crois surtout qu’il faut arrêter de se torturer l’esprit avec tout ça. Il y a toujours eu des groupes, des disques qui ont fonctionné en club et ont fait carrière dans les charts… Ce n’est pas nouveau, ça n’a pas commencé avec The Prodigy, Underworld ou nous. C’est comme ça depuis les années 1960… Le Freak de Chic, Blue Monday de New Order, I Feel Love de Donna Summer sont des exemples suffisamment pertinents… C’est vrai que Block Rockin’ Beats était un morceau d’abord pensé pour les clubs, mais ça ne l’a pas empêché de devenir un hit. Nous allons continuer d’enregistrer des titres que des DJ passeront dans des soirées underground… Mais, ça ne nous interdit pas pour autant pas d’être populaires.
Tom : Un type d’une revue dance nous a plus ou moins accusés de faire appel à des chanteurs pour essayer justement de conquérir le marché pop… Ce genre de remarque est vraiment ridicule, d’autant que Hey Boy Hey Girl, que lui-même considérait comme l’un des morceaux les plus dance de Surrender, s’est classé à la troisième place des charts britanniques.

À chaque fois que vous sortez un disque, il semblerait que vous soyez en compétition avec un autre groupe : ce n’est pas trop lassant à la fin ?
Ed : Non, c’est plutôt amusant. Avant, on voulait à tout prix nous opposer à The Prodigy. À un moment, ça a été aux Daft Punk. Et aujourd’hui, nous serions en lutte avec Basement Jaxx. Tout cela nous dépasse un peu je t’avouerais… En musique électronique, il y a des choses qu’on aime beaucoup à l’heure actuelle, des trucs comme Death In Vegas, The Micronauts ou Underworld. En revanche, en rock, il n’y a plus grand’chose qui nous passionne… 1996 était une année bien plus excitante. Je préférais Oasis, The Verve ou Primal Scream à Stereophonics ou Kula Shaker. Des gens comme Noel Gallagher ou Bobby Gillespie sont intéressés par toutes sortes de musiques, même si cela ne s’entend pas toujours sur leurs disques. Ce sont des gens curieux, des passionnés qui ont toujours envie de découvrir quelque chose, qui s’intéressent à ce qui se passe autour d’eux. Je ne sais pas pourquoi les gens tiennent à ce qu’il puisse exister une compétition entre les différents groupes. On ne lutte pas pour l’hégémonie universelle. On essaye juste de sortir des disques dont nous soyons fiers et qui plaisent aux gens. Parce qu’il ne faudrait pas oublier que la musique, c’est avant tout un divertissement.


Paused in Cosmic Reflection par Robin Turner paraitra le 28 octobre prochain chez White Rabbit, et le live des Chemical Brothers au Parc de Saint-Cloud devrait être prochainement disponible en ligne ici.

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