Selectorama : Yan Wagner

Yan Wagner / Photo : Diane Wagner
Yan Wagner / Photo : Diane Wagner

Impeccable Man Machine solitaire, capable de dérider les plus imperturbables popeux, Yan Wagner se révèle au grand jour en 2012 avec son premier album, Forty Eight Hours, produit par le grand Rebotini. La technopop à la Depeche Mode ou New Order semble tracer un chemin rectiligne jusqu’au dancefloor mais son compositeur aime les pas de côté. Sous le saint patronage des (plus tout) Jeunes Gens Modernes, sa participation à Jacno Future, en hommage à l’inénarrable créateur de Rectangle, augure de collaboration(s) avec Etienne Daho ou Calypso Valois, fille d’Elli & … Jacno, pour des disques léchés qui sonnent le grand retour du tuteur de la pop française aux influences anglo-saxonne, et le lancement de l’héritière d’une certaine qualité made in France. Wagner côtoie l’underground electro et trouve refuge chez Her Majesty’s Ship, pour un deuxième album plus moderne. Au contraire, This Never Happened, le voit s’affranchir des formules synthétiques toutes faites avec malice, pour mettre en avant le timbre sombre de son auteur, qui idolâtre Lee Hazlewood et reprend même Frank Sinatra. En parallèle, son alter ego politico-démago The Populists signe des perles techno ou EBM plus dures, qui font vaciller les meilleurs Dj’s : ainsi le remix à la mode new beat pour Le Gouffre de Bagarre devient un des hits mineurs de 2016, tandis que la récente reprise de No Comment au début de l’été pour les nouveaux-venus toulousains de Ritmo Fatale inverse les rôles. Sans céder à cette bienveillante schizophrénie, le Wagner immature fait le zouave dans des clips jouissifs, qui annoncent son retour avec ce troisième Lp nommé Couleur Chaos. Cette fois, le crooner impeccablement défraîchi et toujours pertinent vocalise en français, sonne son Brexit en revisitant le funk salace ou la variét’ pop de la bande FM des années 80, qu’il mêle à des mélodies plus enjouées et personnelles, sans se départir d’un second degré constant. Pour section26, Yan Wagner brise la glace et sélectionne dix titres qui l’obsèdent.

01. Outkast, Prototype

Il y a quelques morceaux comme ça, vides, presque anecdotiques, mais qui s’avèrent tenir la distance quasi vingt ans (!) plus tard. La liberté de ces mecs m’avait scotché à l’époque alors que la musique prenait une place croissante dans ma vie. Speakerboxxx et surtout The Love Below ont squatté mon Discman (sic) pendant des mois.

02. Kaitleen Aurelia Smith, First Flight

C’est déjà vieux, j’avoue ne pas avoir écouté ses albums suivants qui sont assez nombreux je m’en rends compte maintenant. Je suis peut-être le seul à l’entendre, mais il y a du Kate Bush là-dedans. Je la suis sur Instagram mais je crois que je vais arrêter. Son délire new age studio avec des plantes vertes et vue sur mer m’emmerde un peu. Mais quelle musicienne !

03. Mgmt, James

J’ai toujours bien aimé ce groupe, depuis le début, ils ont ce côté “on fait tout tout seul”, cet amour du tube et à la fois, tu ne les sens pas feignants. Celui-là est presque fade, mais quelque chose dans le son et dans les surprises harmoniques font que j’adore l’écouter en boucle.

04. Fat White Family, Vagina Dentata 

Sans doute un groupe qui a changé ma façon de voir les choses sans rien vraiment révolutionner. Ils sont très forts, j’aurais aussi pu mettre un morceau d’Insecure Men, le side project de Saul Adamczewski que je trouve dément aussi. On insiste pas souvent là-dessus mais c’est des gars (ledit Saul et son comparse chanteur Lias Saoudi) avec qui on a envie d’aller boire une (caisse de) bière(s). À l’instar de Werner Herzog dont j’admire le cinéma, la sympathie qu’ils m’inspirent décuplent l’amour que j’ai pour leur musique.

05. Mad Rey feat. Jwles, Joe Da Zin 

Je ne connais rien sur le rappeur ou le producteur, je ne sais même pas qui fait quoi et c’est sûrement mieux ainsi. Limite je ne comprends pas vraiment ce qu’il veut dire (et c’est peut-être mieux ainsi aussi). Mais je suis tombé là-dessus via un post d’une connaissance ex-DA de maison de disques et franchement, bravo. Une telle décomplexion, ce feeling fait-main : B.R.A.V.O. Bravo aussi à Ed Banger de toujours essayer.

06. Dam-funk, Hood Pass Intact 

Cette version vocale est dingue. Le gars chante pas super et pourtant il le fait bien. Dam-funk est pas loin d’être un génie à mon avis. Il fait une musique qui appellerait le fétichisme, mais sans fétiches. Il utilise du matériel digital très récent, le dit et s’en fout. Il a fait un disque avec Snoop Dogg qui respire la spontanéité, ce qui dit à la fois beaucoup de bien de Dam-funk et du seigneur Snoop.

07. Snoop Dogg, Let’s Get Blown

En parlant de lui : je ne sais pourquoi ce morceau m’a toujours rendu fou. C’est ce qu’on pourrait appeler un plaisir coupable (quelle expression à la con). C’est sans doute la saleté abyssale qui se cache sous le vernis. Le clip est honteux, j’aurais plutôt mis Snoop et Pharrell à genoux devant des call girls rejouant l’affaire des Russian Papers de Trump.

08. Tyler The Creator, Gone Gone / Thank You

Encore une histoire de liberté. Dites-moi pourquoi ce mec a des Grammy dans la catégorie Urban ? Ce disque et tous les autres sont d’une liberté totale. Écouter ce gars-là ça me donne envie, au choix et suivant l’humeur, de tout arrêter ou au contraire de continuer jusqu’à la mort.

09. Jesse Rae, The Thistle 

Je suis obligé de parler de Jesse Rae. Découvert pendant « le premier confinement » (sic), comment ne pas tomber amoureux d’un funkateer écossais habillé d’une armure et d’un kilt ? Il compose et produit à peu près tout et a gagné une cred’ telle auprès des acteurs américains du P-Funk lors de séjours successifs à squatter les studios que des cadors comme feu Bernie Worrell lui font l’honneur de leur présence.

10. Disasterpeace, The Midnight Wood 

C’est une musique de jeu vidéo et ça s’écoute très bien. Ça s’écoute encore mieux manette en main, la composition évoluant au gré des déplacements du personnage. Le jeu lui même est une beauté, pas le jeu du siècle mais tout de même, pour ceux qui aiment Secret of Mana et les œuvres cryptiques, c’est parfait. Disasterpeace a ensuite fait ses preuves au cinéma mais à mon avis en délaissant le synthétiseurs un peu lofi, il a perdu son âme.

Nota Bene : Si il y’a des personnes travaillant dans le jeu vidéo dans la salle sachez que ça m’intéresse bcp <3


Couleur Chaos de Yan Wagner est disponible chez Yotanka.

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