Selectorama : Olivier Martinelli

Olivier Martinelli, « Mes nuits apaches » / Illustrations : Topolino

Nous ne nous sommes jamais rencontrés. Mais nos routes se sont déjà croisées. Il y a plus d’une dizaine d’années. J’avais reçu au bureau un petit roman (par le nombre de pages) d’un auteur dont je n’avais jamais entendu parler mais dont le titre, Fanzine, avait suffisamment éveillé ma curiosité pour que je prenne la peine d’en lire les premières pages. J’avais été ensuite incapable de le reposer, le terminant d’une traite, emballé par tout ce qui s’en dégageait : l’histoire, le style, les références, les ascendances… Il y était question “d’émois et de mort, de regards fiévreux et de découvertes, de regrets et d’espoirs”, avec le rock et John Fante en toile de fond. Autant dire que par ici, on n’était pas loin du sur mesure.

Olivier Martinelli
Olivier Martinelli

Depuis cette date (2006), Olivier Martinelli a continué d’enseigner les mathématiques et surtout d’écrire – nouvelles, romans – pour le compte de sa propre maison d’édition (Poussière) et pour d’autres aussi. Avec souvent ce rock en toile de fond (La Nuit Ne Dure Pas), mais aussi la guerre civile espagnole (Quelqu’Un A Tué) ou la maladie (L’Homme De Miel). Aujourd’hui, il publie Mes Nuits Apaches chez Robert Laffont, une belle histoire d’adolescent(s) qui, accompagnée de dessins signés Topolino (Marc Combas pour l’état civil, frère de), ressemble à s’y méprendre à une chanson de Lou Reed (sur l’album Loaded, pour ceux qui auraient encore un doute à ce moment précis du texte). Dès lors, cet homme à la mélomanie démesurée ne pouvait décemment pas échapper à l’exercice toujours frustrant du selectorama – comme s’il était possible de résumer en seulement dix chansons une passion dévorante… Et pourtant.

The Jesus and Mary Chain, Darklands (1987)


Jusque là, je n’avais fait que tâtonner, me cogner contre les murs. Au lycée, j’écoutais ce que tout le monde écoutait sans jamais être pleinement satisfait. Et puis, un jour, je tombe sur ce disque de The Jesus and Mary Chain. Je le pose sur ma platine. Et les premiers accords de Darklands surgissent du néant. Le son ne ressemble à rien de ce que je possède dans ma maigre discothèque. Certains ont vu la vierge. Moi, j’ai entendu les Jesus and Mary Chain. Je rentre immédiatement en religion après ça. Je décide de remonter le courant. Ce qui me conduit au Velvet Underground.

The Velvet Underground, Heroin (1966)


Depuis la nuit des temps, on nous rebat les oreilles avec la fameuse rivalité Beatles / Rolling Stones. Sulfureux, sauvage, aventureux, sexy en diable, le Velvet les écrabouille du talon tous les deux. Des mélodies dingues si vous vous donnez la peine d’écouter. Elles se révèleront à vous et vous accompagneront toujours.

The Smiths, Reel around the fountain (1984)


Comme pour The Jesus and Mary Chain, je découvre d’abord un son, une façon de chanter inédite, une production qui ne roule pas des mécaniques et donne une impression de fragilité. Et je plonge. Mes copains fans de Springsteen et Téléphone ne comprennent pas. Je jubile. Je viens de trouver une musique qui n’appartient qu’à moi. Je construis ma personnalité grâce à ces groupes. Parce que je me fiche d’être seul. On peut être seul et avoir raison contre tous.

Gamine, Le Voyage (1988)


Quand ce morceau déboule, j’éprouve un immense soulagement. Parce que je me dis qu’on va pouvoir enfin affronter les anglais et les américains sur leur terrain. On va relever la tête. En réponse à un musicien anglais qui critiquait le rock français, Jean-Louis Murat avait prophétisé : « Attends que la crinière pousse au lionceau ». Ça y est. La prophétie s’est réalisée. Dans le style pop à guitares, ligne claire, l’album Voilà les anges laisse la concurrence à des lieues.

Kid Bombardos, I’m gonna try (2009)


Kid Bombardos, c’est 40 ans de culture rock digérées et recrachées avec une classe et une personnalité inédites. Trois frères, un ami d’enfance. Un gang. Une rythmique de fer et deux guitares se mariant comme en rêve. Le morceau démarre comme une balade et se termine dans un déluge d’électricité. Une trajectoire météorique. Le batteur a 14 ans quand ils font rugir pour la première fois leur électricité dans les caves bordelaises.

Daniel Darc, La Parenthèse enchantée (2015)


Un inédit où il parle de sa propre mort et paru deux ans après sa disparition. Un morceau prémonitoire et bouleversant composé par Frédéric Lo écrit et joué par Daniel Darc. Oui, Darc joue plus qu’il ne chante. En équilibre sur un fil. L’un des rares à écrire des morceaux qui peuvent me tirer les larmes.

The Tindersticks, City sickness (1993)


Encore une fois, un son neuf quand je découvre leur premier album. Un mélange de tension et de délicatesse. Quand les gens parlent de soul, ils vont piocher dans les années 60 et 70, citent Marvin Gaye, Aretha Franklin. Inutile de remonter si loin. La soul aujourd’hui, c’est les Tindersticks.

Alex Rossi-Dominique Pascaud, Voir Venise (2019)

J’évoquais Daniel Darc plus haut. Même délicatesse. Mêmes émotions avec les compositions de Dominique Pascaud et les interprétations d’Alex Rossi. Ce titre paraîtra bientôt sur l’album d’Alex Rossi à paraître au printemps. Précipitez-vous. Vous m’en direz des nouvelles.

The Limiñanas, Je me souviens comme si j’y étais


Grande admiration pour ce groupe qui creuse son sillon depuis des années et connait le succès en poursuivant le même chemin sans se renier, jamais. Pourquoi ce titre en particulier ? Parce qu’il parle de mon enfance. Peu de morceaux peuvent comme ça faire écho à ma propre vie.

Bigott, Go dis gay (2011)


Bigott est espagnol. Il chante en anglais et la crinière a poussé depuis longtemps sur sa nuque. Quand j’écoute Bigott, je peux entendre Bill Callahan, Baby Bird, Badly Drawn Boy, tellement d’autres que je n’ai pas pu citer ici. Tellement difficile de restreindre son choix à 10 titres. Demain, je regretterai déjà de n’avoir pas cité The Strokes, The House of love, Daho, Superflu, Spacemen 3, The Woodentops… Bon j’arrête là. J’ai essayé de tricher un peu mais je ne peux pas citer les deux mille disques que j’ai à la maison.

Mes Nuits apaches de Olivier Martinelli (Robert Lafont) Illustrations : Topolino

 

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *