Selectorama : A Night With The Apartments

Je crois pouvoir écrire que j’ai assité à pas mal de concerts, depuis le 18 aout 1980 – The Police (avec XTC, The Beat et Skafish) au Stade Aguiléra de Biarritz. Parmi ceux qui restent dans mes meilleurs souvenirs, je crois que je peux en citer au moins deux donnés par The Apartments – enfin, un livré sous le seul nom de Peter Milton Walsh, à l’Européen, non loin de la Place de Clichy, un 11 novembre 2009 ; l’autre sous le nom du groupe qu’il incarne depuis plus de quarante ans – le premier single, The Return Of The Hypnotist, a paru en 1979 –, dans ce lieu magique (vous l’avez ?) baptisé Les Vinzelles, également en novembre, le 4 très précisément. C’était en 2023.

J’ai beaucoup de souvenirs précis de ce samedi-là, week-end de vacances de la Toussaint qui tiraient à leur fin. Je sais très bien ce que j’ai fait, avec qui j’étais, où j’ai mangé, quel disque de Saint Etienne j’ai acheté (et offert), où j’ai garé la voiture. Je sais très bien les retrouvailles avec les amis, les badges jaunes Apart, le fanzine, les Madrigal au bar.

Je sais l’ambiance chaleureuse, la nervosité et la beauté de Laure D, le public à la fois impatient et recueilli, je sais le tonnerre d’applaudissements, les trois nouvelles chansons, le manifeste “sans lunettes noires”. Je sais aussi avoir partagé une même émotion avec Pascal B, puis Sebastien FD sans même nous parler – juste la sensation de ne pas avoir vu un autre concert de The Apartments, mais d’avoir vu un concert différent de The Apartments.

Je sais avoir évoqué dès le lendemain ou peu s’en faut, cette idée de livret photos – avec Pascal, Michel, Laure, Clémence et quelques autres. Et puis, comme souvent, je suis passé à autre chose…. Jusqu’à ce jour d’automne 2025 où j’ai vu le fascicule réalisé par Philippe Dufour pour Studio Electrophonique, mis en page par Pascal. Alors, tout a fait sens – les images en noir et blanc de Sébastien, le savoir-faire de Pascal, mon égoïsme extrême : il me fallait chez moi un objet qui raconte ce 4 novembre 2023, ce lieu pas comme les autres, les sourires, les émotions, les rencontres, les silences qui en disent parfois tellement longs, la beauté des chansons de The Apartments… J’ai convaincu Pascal et Sébastien de matérialiser tout ça – mais entre nous, ce ne fut pas bien difficile –, avec l’assentiment de Peter Milton Walsh (merci, encore) qui a même accepté de nourrir ce projet en écrivant quelques mots comme lui seul sait en écrire…

Ce livret, An Evening With The Apartments – Les Vinzelles compte 36 pages, une quarantaine de photos (je pense), un texte , un QR-Code et des remerciements – ah oui, et une très  jolie carte postale aussi. En hommage à la philosophie Factory Records, nous avons décidé de le vendre (10 euros) en avant première le soir du 4 avril lors du retour de The Apartments aux Vinzelles – parce qu’il est aussi essentiel de rappeler que ce lieu unique rend vraiment possible l’impossible.

Avant ces retrouvailles, j’ai eu envie que les deux principaux artisans de ce très beau document – je me permets de l’écrire car je ne suis strictement pour rien dans la réalisation (photos, graphisme, typographie etc.) de ce livret forcément en noir et blanc) – nous dévoilent lors d’un selectorama particulier cinq souvenirs qui font que The Apartements occupe, dans leur discothèque et dans leur mélomanie, une place… Apart.

 

FACE SÉBASTIEN

01. Mister Somewhere 
Parce que j’ignore complètement l’existence de The Apartments jusqu’à la découverte de la reprise de ce titre par This Mortal Coil.

02. 12 octobre 2018 – Lyon, Le Sonic
Première rencontre avec Peter sur la péniche du Sonic. Je l’ai contacté quelques semaines auparavant pour lui proposer de faire une session, ainsi que de capter le concert. J’arrive en avance, je positionne les micros pratiquement les pieds dans l’eau mais il y a du vent et quelques gouttes de pluie, ce qui compromet l’enregistrement. On se dit qu’on avisera après la balance. Je m’installe finalement sur le pont du navire, et l’enregistrement débute pratiquement au coucher du soleil. La vidéo n’est pas parfaite : il fallait faire vite, faible éclairage, matériel limité, un micro qui ne fonctionne pas… Mais j’ai l’impression de fixer un moment d’éternité. Tout comme le concert qui aura lieu ce soir-là, avec un Twenty-one prévu en final mais qui ne sera pas joué. C’est également la première rencontre in real life avec Christophe B avec qui j’ai déjà fait auparavant quelques émissions de radio à distance sur New Order, The Style Council et Felt. Mais aussi avec Antoine et Natasha…

03. Black Ribbons
Natasha, justement. Son duo avec Peter sur Black Ribbons est une des grandes réussites de l’album No Song, No Spell, No Madrigal. Ma préférence va sans doute à la version en trio, plus fragile, mais d’une telle légèreté. Et sans oublier la pochette fascinante de l’orfèvre visuel qu’est Pascal Blua, que je rencontrerai enfin… à un concert de The Apartments, aux Vinzelles, en 2023.

04. Henry Lee
Depuis 2020, j’avais pris l’habitude – et le plaisir – de faire une reprise pour chaque compilation Honoris du label Unkown Pleasures Records. Lorsque Pedro, le créateur du label, m’annonce en 2023 que la dernière sortie de la série mettra à l’honneur Nick Cave, mon choix se porte sur Henry Lee et je pense à Peter – clin d’œil australien – pour être mon Nick et à Agnès Gayraud / La Féline pour être ma Polly Jean. Peter accepte pratiquement tout de suite. Il va même enregistrer ses parties vocales en studio, alors que je ne lui ai envoyé – ainsi qu’à Agnès – qu’une piste témoin avec une simple guitare acoustique, sans qu’aucun des deux n’ait écouté la prise de l’autre. Ils ne découvriront la version finale, complètement arrangée, que quelques jours avant la sortie officielle. Une belle marque de confiance, et un résultat au-delà de mes espérances.

05. The Goodbye Train
Merveilleuse idée que d’ouvrir un album avec une chanson qui évoque un au-revoir. Un titre qui prend une tout autre ampleur en live, qui nous emmène et nous emporte avec lui.

FACE PASCAL

01. Black Ribbons
(single, 2011)
J’entends pour la première fois la voix de Natasha dans ce duo avec Peter. C’est un coup de foudre immédiat ; dès lors, Natasha sera « la belle chanteuse ». Des années plus tard, je demeure incapable de choisir entre le printemps et l’automne.

02. Swap Places
(“Where’s the God in, where’s the God in all of this?”, 2012)
Nous sommes à la campagne, chez Emmanuel, pour le week-end. Nous nous sommes réunis pour travailler sur le prochain album de The Apartments qui, nous le savons désormais, s’intitulera No Song, No Spell, No Madrigal. J’y entends pour la première fois Swap Places et suis saisi par la puissance émotionnelle de cette chanson. Je le sais alors : l’album tant attendu, rêvé, maintes fois évoqué, sera magnifique.

03. An Evening with the Apartments (sérigraphie)
(Théâtre des Bouffes du Nord, 3 décembre 2012)
Lors d’un déjeuner, quelques jours avant cette date parisienne, Amanda glisse dans la conversation que la sérigraphie réalisée pour promouvoir la tournée est, selon elle, la plus belle représentation de la musique de Peter qu’elle ait jamais vue. Peter me fait alors remarquer que « songwritter » ne prend qu’un seul « t ». Depuis, je ne fais plus jamais cette faute d’orthographe.

04. The Goodbye Train (live)
(Live at Le Kalif, Rouen, 21 Septembre 2015)
C’est un concert “à nu”, un concert sans scène où les musiciens sont à portée de mains de la petite centaine de personnes devant eux. Comme uni autour de Peter, le groupe le porte et l’emporte. La sublime version de The Goodbye Train qu’ils interprètent ce soir-là, en rappel, en est la preuve magistrale. Inoubliable.

05. It’s A Casino Life (live)
(Live at Les Vinzelles, 4 novembre 2023)
Ce soir-là, quelque chose flottait dans l’air, une forme de magie presque palpable, et nous avons été plusieurs à sentir confusément que nous n’assistions pas simplement à un concert de The Apartments, mais à un moment à part, fragile et incandescent. J’y ai entendu pour la première fois It’s A Casino Life. La chanson a immédiatement rejoint ce panthéon intime des morceaux auxquels on s’accroche quand tout vacille, lorsque plus rien, parfois, ne semble avoir de sens.


The Apartments donne ce soir le dernier concert de sa tournée printannière en France, aux Vinzelles (commune de Volvic) – c’est complet.
Le livret An Evening With The Apartments – Les Vinzelles coûte 10 euros ; il sera en vente ce soir.

 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *