Memorials, All Clouds Bring Not Rain (Fire Records)

Memorials All Clouds Bring Not RainÇa y est, yeah, ça me refait le coup, l’obsession. Le morceau qui ne me lâche plus. Que je suis obligé d’écouter plusieurs fois par jour tant je l’aime, tant je l’adore, tant il me porte, tant il m’obsède. Et il porte assez mal son nom : Mediocre Demon. Car médiocre,  il ne l’est aucunement. Quant à mon addiction, ma totale soumission à cette chanson, démoniaque, elle l’est sûrement. Première plage de la face B du nouvel album de Memorials, ce groupe libre et fantasque constitué d’une plus ou moins jeune noblesse d’une Angleterre qui en a vu d’autres, certes, mais qui mérite toujours ses galons en termes de résistance. Et à la médiocrité en premier lieu. Enfin là, oui, c’est patent.

Memorials / Photo : DR
Memorials / Photo : DR

Sur leur premier essai, Memorial Waterslides, il y a deux ans, Verity Susman et Matthew Simms nous avaient déjà un peu astiqué le liseron d’eau. Mais à l’heure de ce All Clouds Bring Not The Rain* il est impossible de ne pas tailler une haie d’honneur à l’ex-Electrelane (groupe pour lequel il existe déjà une voie élyséenne au paradis) et à ce membre nouveau venu de l’institution Wire, pas la pire école pour apprendre et tordre en tous sens, et la rigueur mathématique et la liberté de s’en défaire à tous moments. Come closer if you dare…. Viens si tu oses. Bel aveu introductif sur Life Could Be A Cloud, qui passe d’une inertie pastorale magnifique et invitante à une mise au parfum et au pas sous la forme d’un motörik beat qui définira assez bien les facéties à venir. Parce qu’avec son nom en forme de stèle, Memorials ne vous laissera nonobstant jamais vraiment tranquille.

Sur Cut Glass Hammer, on part de la possibilité d’un Kraftwerk unplugged pour heurter une butée. Ça coule de source jusqu’au hic, un truc Suicide/Spacemen 3 assez toxique mais qui pourrait évoquer une nouvelle illustration sonore pour Fantasia. Autant dire que ça y va sur les petits sortilèges auditifs, ce que confirme I Can’t See A Rainbow avec son intro Coming Through des Pastels et toujours avec cette linéarité contrariée qui passe de l’horror folk à une exotica extraordinairement lumineuse en comparaison. C’est une musique d’enfant confinés dans une grotte au prix de leur survie. Ils ont conscience du danger mais si peu, donc ils font ce qu’ils veulent.

Drop Down The Well est surement le morceau le plus proche d’Electrelane, un jerk dépressif de très haute volée avec une basse cold wave, rigide, triste mais dont la constance mélodique invoque une liberté inusable. Celle qui nous fut montrée par In The Weeds, un premier single contraignant. Du Tom Tom Club contrit épousant parfois les hanches rêches du Siouxsie un peu badin, trop rare et relâché de la fin.

Allez on tourne le disque, et on y arrive  enfin à ce phénoménal Mediocre Demon où l’on a semble-t-il enfermé Stereolab (par ailleurs en ces lieux assez omniprésents mais toujours librement adaptés) et les Happy Mondays au Stalag avec interdiction de jouer autre chose que du Jazz. Interdiction bravée bien évidemment puisque Sun Ra est venu distribuer des clés d’évasion. Et le tout sonne souvent comme du Aquaserge sous 3-MMC, c’est dire ou un Public Enemy misandre coincé dans une soirée goth hyper droguée, aussi. C’est d’un génie rare qui tient autant de l’écologie punitive que de la révolution industrielle et c’est déjà et définitivement mon morceau de l’année.

Dur de suivre pour Bell Miner qui s’en tire pas si mal en proposant le casting imposé aux membres de Can ayant ont la rude tâche de choisir entre Shirley Collins et Nico pour succéder à Malcolm Mooney. On reste sur des récits passionnants. Et il est grand temps de calmer le (grand) jeu avec Lemon Trees qui saura consoler les gens bien en peine et à raison de la mélancolie futuropasséiste de Broadcast, un truc jamais statique qui trouve également son expression avec Watching The Moon, nerveux et baroque. Puis Holy Invisible, sacré chanson effectivement où il est facile d’imaginer une house subliminale, un feat d’Astrud Gilberto chez Daft Punk avant de retomber sur la plage du village universitaire au beau milieu de l’avant Thatcher. Car la fin du morceau part en tout sens, de King Crimson en Caravan, le groupe indiquant son point d’ancrage à Canterbury, leçons d’histoire du prog Anglais à confirmer sans pour autant les valider machinalement.

Ce qui est de l’ordre de la prétention chez Memorials retombe toujours sur ses pieds car Verity et Matthew suivent une sorte de ligne éditoriale, austère mais incapable de sécheresse, à la fois butée et surnaturelle, connue d’eux seuls, onirique et bordélique mais dans leurs limites, pas forcément accessibles aux commun des mortels. On y entend toutefois toujours des gens faire de la musique en touchant des instruments avec leurs doigts dans une joie inquiète, inventive, rétrograde à l’occasion mais absolue. Une musique qui se joue de tout mais jamais de nous. Ce genre de génie, oui.

* Sava tkt en langage jedi, j’imagine.

Memorials seront en concert ce mercredi 8 avril au Hasard Ludique avec Freshberry en première partie et vous seriez bien sots de louper un tel moment.

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