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La Bonne Vitesse

À propos du coffret Deluxe de “Power, Corruption & Lies” de New Order (Part 2)

Il en faut peu parfois, pour se rappeler à de souvenirs presque honteux ou juste un peu farfelus.

C’était il a quelques semaines, dans cette période un peu “confuse” où nous pouvions encore prendre l’apéritif en terrasse, une activité que j’ai beaucoup pratiquée mais dont la régularité est désormais assez aléatoire. De temps à autre, je me laisse aller et la plupart du temps je vais à Le Rochelle*, y papoter de la joie du néant avec ma camarade Maud T. tout en sirotant les pulpades légères que concocte avec soin, l’excellent Stéphane Bodin**. Qui n’est pas le dernier des fans obsessionnels de New Order, il va sans dire. Il a même fait leur première partie à l’Olympia, c’est dire. Il m’arrive d’ailleurs d’y revenir prendre un ou deux digestifs afin de ne converser qu’exclusivement sur ce sujet. Ce soir là, lesté d’une pizza fort goûteuse mais pas légère, légère, je dépassais même largement cette franchise. Et au moment de la fermeture, ledit Fafane m’offrit avec bienveillance – une bienveillance qu’il avait aussi appliqué à mon écot, rendant ainsi tout son sens au vocable mercatique “prix d’ami” – le 45 tours qu’il venait de sortir via son label Delodio.

In Any Bed, sous titré French Computer Music 1989.

Une bande miraculeusement tirée de sa chambre d’adolescent et qui donne à entendre ses premiers pas dans l’informatique musical. Je l’écoutais derechef en rentrant chez moi, un brin éméché, vous l’aurez compris. C’est du Arthur Baker Playmobil ou du Art Of Noise du Poitou, selon les avis. Or s’il est bien précisé que le disque tourne à la vitesse d’un 45 tours, l’esprit un peu désagrégé par ces “quelques” bourbons, je l’écoutais d’abord en vitesse 33 tours. Et me revint alors à l’esprit une anecdote d’assez belle facture sur ma bêtise adolescente.

BMS STRASBOURG
L’antre culturel de la rue Kuhn, à Strasbourg.

Vers mes 15 ans, je me rendais au moins deux fois par semaine à la BMS (Bibliothèque Municipale de Strasbourg, sise Rue Kuhn à deux pas de la gare) afin d’y emprunter des livres, mais surtout des disques. Je réalise maintenant que le fonds y était assez pointu. Il faudra mener l’enquête mais le, la ou les responsable(s) des acquisitions sur la deuxième partie des eighties mérite(nt) assurément une stèle commémorative. J’y découvrais tant de disques que je ne pouvais alors acheter, des Cocteau Twins à Echo & The Bunnymen, de Jimi Hendrix aux Byrds, et même une K7 du Melody Nelson de Gainsbourg que je copiais aussitôt car j’avais un double deck incluant un lecteur de compact disc, le top de la hi-fi portable à l’époque. Enfin je dois à cet établissement de service public, une bonne partie de mes connaissances de base.

Et bien entendu, il y avait aussi la plupart des maxis de New Order qui viennent d’être réédités en marge du coffret PC&L.

Blue Monday (FAC 73), Thieves Like Us (FAC 103) et sa meilleure face B de New Order de tous les temps (Lonesome Tonight***) décliné via Factory Benelux (ainsi que la pochette en négatif De Chirico, pas la meilleure idée qu’ait eue Peter Saville et de loin…) en Instrumental au revers de Murder (FBN 22), un morceau tellement nihiliste qu’il en devient grandiloquent au point de faire rendre gorge au rock dit “gothique” presque définitivement. On ne sample pas un extrait de Caligula pour faire joli sur la photo, j’imagine.

Et puis Confusion, première tentative de se refrotter à un producteur externe depuis le licenciement de Martin Hannett. Arthur Baker at the controls, s’il vous plaît.

Et c’est en empruntant ce jour-là le 12″ de Confusion (FAC 93) que je commis une bévue que je me dois de vous narrer sur le champ.

Le rituel était calé, je rentrais avec les disques de la bibliothèque, les écoutais à peine pour me faire une vague idée et les copiais derechef sur k7 pour pouvoir les savourer plus tard, bien que la platine vinyle du salon familial ne fut séparée de ma chambre que de quelques centimètres. Enfin c’était mon rituel.

Alors, ce jour là, fondamentalement distrait ou complètement sot, j’enregistrais donc sans l’écouter (c’était New Order, c’était de toute façon indispensable), le maxi de Confusion à la mauvaise vitesse, en 33 tours !

En l’écoutant peu après, je me rendis compte qu’il y avait un problème : pourquoi le générique de Rockline semblait sortir d’un roman de H. P. Lovecraft ? Les mecs et la fille s’étaient mis au hip-hop überdark, préfigurant d’une décennie les glorieuses expérimentations d’un Scorn ?

Cette version de la k7 a donc existé pendant quelques heures avant que je ne me ravise et la ré-enregistre par dessus, cette fois-ci à la bonne vitesse.

Sachez que des trente ans plus tard, j’ai beau ne pas être obsessionnel, je regrette un peu de n’avoir pas conservée cette version slowcore parce que, croyez-le ou non – et ça vaut aussi pour le 7″ d’In Any Bedles deux vitesses sonnaient d’enfer.

Le 7″ de In Any Bed est disponible sur le bandcamp de Delodio et les maxis fraîchement repressés de New Order sont normalement en vente dans les magasins qui pratiquent le Clique & Collecte sur les produits de Premiere Necessité.

* 103, Rue De La Folie Méricourt, 75011 Paris. Mais c’est fermé en ce moment, pour des raisons que vous n’êtes pas censés ignorer.

** pour le CV, Bosco, Prototypes, Blackmail. Excusez du peu.

***ex-aequo avec 1963 à l’envers de True Faith, je n’allais pas laisser un ou deux pinailleurs de choix venir me gratter la couenne alors que, bien évidemment, nous sommes d’accord.

Une réflexion sur « La Bonne Vitesse »

  1. j’ai construit les base de ma culture musicale circa 1988 d’abord à la médiathèque principale de mulhouse situé grand rue puis vers 1993 à la médiathèque de la filature de mulhouse , j’y ai emprunté énormément de k7 vhs de film la collection les films de ma vie et aussi pas mal de CD , et deux albums en particulier m’ont marqué à cette époque : The Blue Nile ‎– Hats
    et Billy Bragg ‎– Workers Playtime (honte à moi j’ai toujours en ma possession les 2 albums en questions que j’ai omis volontairement de restituer à la médiathèque) A cette époque j’avais un très bon ami à moi qui s’occupé des achats disques et j’ai pu lui faire régulièrement des suggestions d’achats disques et quasi systématiquement ils furent commandé et je pouvais leur mettre la main dessus avant tout le monde ,c’est la seule fois de ma vie ou j’ai donné dans le copinage d’ailleurs , je profite de cette micro tribune pour remercier l’ami en question , merci beaucoup cher Norbert G. Sans tant rendre compte tu m’a sauvé la vie à l’époque

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