Horsegirl, Phonetics On and On (Matador Records)

On sait ce que l’on encoure, lorsque l’on sort un premier album parfait, acclamé par les critiques – « fascinant de la première à la dernière note » écrivait le NME à propos de Versions of Modern Performance en 2022 – et origine du succès public. Ce risque, c’est de générer de la déception chez ceux qui, jusqu’ici, résumaient l’essence du groupe à ce seul opus ; à savoir, chez Horsegirl, la prééminence de guitares robustes et distordues à la Sonic Youth, une culture DIY et un spleen subjuguants de la part de ces trois jeunes alors à peines sorti.es de l’adolescence.

Horsegirl
Horsegirl / Photo : DR

Sur Phonetics On and On, les Chicagoans devenu.es majeur.es dépouillent leurs guitares de leurs effets et libèrent de l’espace pour expérimenter, avec leurs voix surtout, à grand renfort d’onomatopées – comme l’indique justement le titre de l’album. Pour comprendre ce qu’il s’est passé, il suffit d’écouter World of Pots and Pans (2022) puis 2468 (2024) ; aux deux pôles de la transformation sonore du groupe. Bien que le trio explique avoir écrit les chansons avant de les enregistrer avec Cate Le Bon au studio de Wilco (The Loft, à Chicago), l’influence de la productrice, reine de la pop arty, est indéniable sur le résultat final.

Les trois singles, 2468, Julie et Switch Over en témoignent particulièrement et trahissent les principales faiblesses de l’ensemble : la répétitivité et, de ce fait, la monotonie. Bien sûr que tout reste sensible et de bon goût, il ne peut pas en être autrement avec le combo Horsegirl-Le Bon, mais lorsque l’on sait de quelles fulgurances le groupe est capable, cela ne peut que serrer le cœur d’entendre une comptine telle que 2468 [ok, assez sur ce titre]. Well I Know You’re Shy et I Can’t Stand to See You, plaisantes sans être mémorables, illustrent quant à elles le virage des nineties sur le premier album aux eighties sur le second, avec leur tempo accéléré, leur guitare en mitraillette façon The Clean, et leur fausse légèreté à la Sarah Records.

Phonetics On and On est tout de même ponctué de moments marquants, dont son meilleur titre, Information Content, dans lequel le groupe résume toute son intention : « It’s never dull when I’m alone – I’m translating my talk to tones – I’ll play you out ahoo ahoo ahoo – You hate the sound ahoo ahoo ahoo ». Il fallait une certaine audace pour caser autant de ouh ouh et de lalala sur 37 minutes ; évidemment que cela n’allait pas plaire à tout le monde et iels le savaient. Le charme des voix mêlées de Penelope Lowenstein et Nora Cheng perce aussi sur Frontrunner, mélancolique ballade qui ne ressemble à rien qu’on leur connaît. « In the morning – When you’re sleeping – I can’t wait (…) – For you – In the evening – Counting minutes – I can’t wait (…) – To see you ». Rock City et In Twos, comme Information Content, se détachent par leur jeu de guitare, clair et teinté d’amertume dans lequel se retrouveront les nostalgiques de sonorités plus rock.

La guitare, qui a encore sur cet album tellement de choses à dire. Il est rare aujourd’hui que cet instrument prenne une telle place dans un groupe sans devenir embarrassant, par des solos m’as-tu-vu ou des effets dépassés. Il est rare, en fait, qu’un groupe à guitares soit fondamentalement cool. C’est parce que Horsegirl réussit ce pari qu’on y tient autant, et qu’on n’est pas encore tout à fait prêt.es à les voir remiser leurs médiators.


Phonetics On and On par Horsegirl est sorti chez Matador Records

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