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The Proper Ornaments, Six Lenins (Tapete records)

Presque dix ans de carrière discographique pour The Proper Ornaments et toujours le même sentiment diffus : le groupe semble être si fragile et pourtant il résiste fort bien. Peut-être que sa modestie n’y est pas étrangère, la formation évoluant régulièrement dans l’ombre des autres projets de James Hoare. Qui aurait misé un penny sur le duo formé par Max Oscarnold (ex-Let’s Wrestle et actuel membre de TOY) et le guitare de Veronica Falls à l’époque de la sortie du premier single sur le label Make a Mess ? Le 45 tours semblait en tout cas être à l’époque une parenthèse à coté de la carrière plus sérieuse de l’autre formation de James. Le cas s’est plus ou moins reproduit avec Ultimate Painting. Up!, le quatrième album, tué dans l’œuf par le split du duo (mésentente entre James et Jack Cooper) avant même de sortir était prévu chez Bella Union, label ayant pignon sur rue. Paradoxalement, neuf ans après ce premier simple, une compilation (Waiting for the Summer) et deux albums (Wooden Head et Foxhole), The Proper Ornaments est encore là, présent dans nos vies avec une régularité rassurante, à l’image de leur musique. Si le groupe change de label presque à chaque long playing (Lo Recording, Fortuna Pop!, Tough Love, Slumberland), il continue de creuser plus ou moins le même sillon, lui apportant chaque fois de nouvelles nuances. Ainsi, à l’image d’autres groupes et musiciens (Real Estate, Teenage Fanclub, Kevin Morby), le duo s’épanouit dans le développement d’une harmonie et d’un son propre. Cela leur sied tellement bien, nous les comprenons. Pourquoi vouloir se remettre en question en permanence quand la musique est aussi fluide et belle ?  Six Lenins a beau être publié par Tapete, un nouveau label dans la carrière de The Proper Ornaments qui héberge le label électronique Bureau B (Heldon, Cluster, Faust, Roedelius, Michael Roether, tout un pan de la scène kraut) mais aussi beaucoup de musiciens anglais des 80’s (Pete Astor, Monochrome Set, The Telescopes, Lloyd Cole, etc), il ne marque pas de révolution majeure dans la carrière du duo. Au contraire, l’album renoue presque avec un certain classicisme pour James et Max. Leur précédent effort composé au piano donnait à entendre un groupe plus tourmenté sans se départir totalement de leur habituelle placidité. Il convoquait à cet égard John Lennon dont il est aussi question à travers l’étrange premier single de l’album : Song for John Lennon. Le choix est curieux, la chanson offre un reliquat à Waiting for the Summer dans ses intentions. Des boîtes à rythmes s’unissent à des mélodies champêtres et naïves. La sympathique mise en bouche a cependant failli nous détourner de ce disque, clairement une des compositions les plus faiblardes jamais exécutées par le groupe britannique. La chanson souffre même de la comparaison avec des titres relégués en face B de singles comme Candy ou Imagination. Apologies remet heureusement les compteurs à zéro. L’ouverture de Six Lenins confirme à quel point The Proper Ornaments est un groupe précieux. En quelques notes, James et Max esquissent une ambiance de western crépusculaire. Nous y retrouvons tout le savoir faire du duo, cette capacité à sonner classique mais unique. La chanson convoque ainsi l’esprit du Buffalo Springfield, sans jamais singer la formation californienne. La suite est à la hauteur des espérances et confirme que The Proper Ornaments n’a pas perdu l’inspiration et en encore pas mal sous la semelle. Crepuscular Child nous renvoie à l’EP The Proper Ornaments de 2011 dans sa manière de créer un canevas entre harmonies vocales et mélodies de guitares quasi drone (bourdon). The Proper Ornaments sonnent toujours autant comme un Velvet Underground apaisé et bucolique (la relativement énergique In the Garden) qui aurait fricoté avec les Byrds (Bullet From A Gun), les Beatles tardifs (Please Release Me) ou plus proche de nous, le Brian Jonestown Massacre. La chanson titre Six Lenins est une autre des grandes réussites de James et Max, un morceau dans le canon Proper Ornaments et qui tout de suite accroche l’oreille et plonge l’auditeur dans une sorte de torpeur hypnotique à peine troublé par des refrains souverains qui vous prennent aux tripes et vous filent du courage. The Proper Ornaments excellent aussi comme à son habitude dans les tempi mesurés et relâchés (Can’t even choose your name ou Where are you now). Six Lenins n’offre pas de surprises et les adeptes du groupe y trouveront tout de suite leur marque. Loin de s’assécher, l’inspiration du groupe est renouvelée. Il est ainsi particulièrement réjouissant de retrouver The Proper Ornaments comme ils ont toujours été, c’est à dire dans l’épure des arrangements, la beautés des mélodies et l’authenticité des sentiments.

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