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Selectorama : Baston

Baston
Baston

Baston n’est pas un groupe à cheveux, ni un groupe à fringues, ce qui paraît évident puisqu’ils sont brestois, donc peu portés sur le paraître. Et du genre à prendre leur temps – leur dernier et excellent EP date de 2015. Ils reviennent en force et à quatre cette fois (Maxime, Kévin, Samuel et Simon) avec Primates, toujours chez Howlin’ Banana. Leur Motorik Pop fonctionne mieux que jamais, en dix titres intenses et obsédants, conjuguant le froid et le chaud, nets et élégants. Ce qui n’empêche pas l’humour (noir) du titre Viande, montage certifié Faites entrer l’accusé : « A aucun moment vous n’avez envisagé que cette viande dans le frigo soit votre mère ? » Les gaziers ne manquent effectivement pas d’humour quand on voit leur dernier post facebook accompagnant la vidéo du single Primates : « Salut les filles. Ne rien poster pendant 3 ans puis se reconnecter au réseau social le plus has-been du monde pour vous annoncer qu’on sort un album chez Howlin’ Banana le 29 novembre, dont vous trouverez un modeste avant-goût spatial ci-dessous, vous appellerez cela comme vous voulez mais pour nous ça porte un nom : la science du buzz ». Le kraut breton a de beaux jours devant lui, d’autant que Maxime (guitare / chant) et Simon (clavier) se sont prêtés à notre Selectorama, avec un choix de douze titres plutôt impeccables.

MAXIME

Camera, Synchron  (2014)

Peut-être l’un de mes groupes préférés au monde, même si un peu décevants en concert : les teutons improvisent en permanence et on éprouve une petite frustration à ne pas reconnaître les tubes kraut des albums. Parfois il y a aussi un mec drogué assis sur le bord de la scène qui éructe 3 ou 4 onomatopées dans la langue de Himmler durant tout le set et qui officie en temps que chanteur. Marrant bien que dispensable. Sur Synchron, cette longue intro ultra-dynamique avec une batterie légèrement sous-mixée à la caisse claire matée, suivie de l’entrée du reste des éléments de batterie et de la basse à 1’22 me rend toujours complètement fou. Je pense que c’est pour réussir un jour à enregistrer ce genre de plans (avec un son aussi bon) que je m’obstine à faire de la musique. Ça va j’ai le temps putain.
Viagra Boys, Sports (2018)
Découvert récemment grâce notre nouvelle recrue, Simon « Magic La Roche » Magadur, les Viagra Boys ne sont pas aussi obscènes que leur nom délicieusement racoleur ne le laisse imaginer. Leur chanteur Sebastian Murphy est même franchement mélancolique sur certaines chansons. J’aime beaucoup l’absurdité punk de Sports, ses petits samples de ping-pong, et notamment cette punchline de nolife : « Surf board / Ping pong / Rugby ball / […] / Getting high in the morning / Buying things off the internet / Sports »
Bobby Darin, Beyond The Sea (1958)

Il y une dizaine d’années, je décidais sur un coup de tête, ou plus probablement suite à une rupture sentimentale, de me remettre à jouer aux jeux vidéo comme un puceau pour éviter de trop penser à la mort. En m’attaquant à l’excellent BioShock (2007), j’ai découvert grâce à la superbe BO du jeu (Perry Como, Django Reinhardt, The Ink Spots, etc.) Bobby Darin, parfois pris à tort par les béotiens pour Frank Sinatra. Visiblement on est toujours le béotien de quelqu’un, car ce n’est qu’en écrivant ces phrases que je réalise avec l’aide d’internet que la chanson est une reprise de La Mer de Charles Trenet.
Cold Pumas, Fog Cutter (2012)
Rapidement devenu un classique indé-kraut-punk dans notre petit cercle de bobos, l’excitation est à son comble lors du passage du groupe à Nantes il y a quelques années. Dès les premiers accords de Fog Cutter, l’un des membres de Baston dont nous tairons le nom mais qui joue un instrument à 4 cordes, ivre de bonheur et de rock, provoque un remue-ménage trop virulent pour être accepté par le service de sécurité, pourtant plutôt conciliant. La chanson est interrompue par le groupe et le chanteur exige que le-dit zouave revienne dans le public pour reprendre le concert, ce qui constitue peut-être jusqu’à présent le highlight de sa carrière de casse-couille/génie de la teuf.
François Juno, Le Paradis (1980)
Lorsque parfois j’éprouve des doutes sur ma légitimité en temps que chanteur, j’écoute François Juno : sur un groove imparable, il prouve que physique « atypique » et voix au papier de verre ne sont nullement un frein à la reconnaissance musicale.
N.W.A., SA Prize – Part 2 (1990)
Ce qui la rend encore plus cool que Fuck The Police, c’est l’ajout de cet énorme sample de basse piqué à Tom Scott & The L.A. Express (Sneakin’ in The Back, musique soporifique pour tontons bluesy par excellence). D’après un youtubeur dont je n’arrive plus à retrouver le commentaire Dr. Dre never sounded so angry before nor after this track”. Sinon, moi j’aime bien la mettre en faisant le ménache, ça me fout la patate.
John Cage Bubblecum – Here Comes The Winter (2013)
In memoriam Cyril MrRummenigge, 1987 – 2019

SIMON

Robert Görl, A Ist a Wieder Da (1983)

D’abord découvert dans un magazine branché où l’on vantait les mérites de cet ancien de D.A.F, j’ai vite voulu en savoir plus sur la carrière solo de Robert Görl. Après avoir écouté un peu de toute sa discographie, c’est toujours A Night Full Of Tension vers lequel je reviens. On retrouve dans l’album un bon mélange de kicks lourds qui foutent l’ambiance et de leads de synthé 80’s. Même si c’est un courant avec lequel je ne suis pas familier, je trouve que l’album est empreint d’une culture clubbing, surtout sur des titres comme A Ist a Wieder Da, ou Darling Don’t Leave Me (en duo avec Annie Lennox, lourd de sens), tout en conservant un quelque chose d’expérimental et froid. Un album riche en boîtes à rythmes et riffs de synthés qui ravira aficionados du dancefloor et amoureux du fumoir. 
Bench Press, Old.Self.Doubt (2019)
Après examen du Conseil Du Cool il a été décidé que l’album était assez bien pour le faire écouter à ses amis. Le C.D.C avertit cependant que les phrases « Devo en punk » et « comme Idles mais en mieux » ont déjà été prononcées plus que l’année dernière à la même période. Il est donc recommandé de ne prononcer ces phrases qu’en dernier recours. Prescrit par notre bon disquaire de la Place Guérin, l’album Not The Past, Can’t Be The Future est certainement ma meilleure découverte de l’année. Pensez toutefois à ajouter le titre d’une chanson à vos recherches « Bench Press » sur Google si ça vous gêne de vous retrouver nez à nez avec des vidéos de beaux mecs musclés qui font de la salle.
The Three Johns, Never and Always (1986)
Chiné en single 12¨ sous blister pour la modique somme de 2 balles (ça ne vaut guère plus en réalité), soit le prix d’un peu plus de 3 Saer Brau 50cl. Et pourtant ce titre fait l’effet d’une bouteille de Mega Rush sans bouchon dans un ascenseur. La boîte à rythmes tartine à fond de balle (expression couramment usitée au sein de la formation musicale Baston pour signifier que ça y va comme en 14) et réussit à elle seule à faire quelque chose de ce morceau. A la seule écoute des kicks et des snares l’imagination s’enfonce dans l’obscurité des pistes de danse les plus chaudes de ta région. Les breaks et autres solos donnent envie de faire des sottises sexuelles avec des potes. C’est un morceau qui sue le bonne fête et la déglingue au petit matin.
Preoccupations, Continental Shelf (2015)
Fut un temps où les prestations sociales ne subvenaient plus aux besoins de mon rang. Les chaînes du salariat me condamnaient contractuellement à un labeur limité dans le temps et l’espace en échange de quelque bonne moula. Mon corps était prisonnier d’un chantage bien pernicieux. Et par dessus le marché de mon asservissement, je devais me confronter à des personnages de la pire espèce : les clients. Quand au terme d’une journée longue et harassante, je devais m’occuper de comptabiliser les dividendes de la boutique, je pouvais compter sur le pouvoir de catharsis de Continental Shelf. Je n’ai de meilleur souvenir de travail que celui de compter les billets dans les hurlements des guitares de Preoccupations.
Travis Bretzer, Find Another Man (2010)

J’ai dû découvrir Travis Bretzer en 2015 lors de la sortie de son album Waxing Romantic. En cherchant à écouter ce qu’il avait déjà réalisé je suis tombé sur l’album Saucy Tasters, d’où est issue Find Another Guy. L’album m’a tout de suite énormément plu. Bien que sorti 5 ans plus tôt, il m’apparaissait absolument dans l’ère du temps, et sans doute un peu moins « 120% 2010 » qu’aujourd’hui. Je trouve tous les morceaux géniaux, on sent qu’il sortent tous du même moule, ça rend l’album vraiment agréable à écouter. Rien à voir avec Trouble In Paradise de Randy Newman, que je ne conseille qu’à mes ennemis.
Primates de Baston sort le 29/11 sur Howlin’Banana.

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