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Say goodbye, wave hello.

Peter Milton Walsh / The Apartments
Peter Milton Walsh / The Apartments

Alors que sort un nouvel EP live et numérique, Initials PMW, et débute une tournée française de The Apartments (complété comme les dernières tournées par Antoine Chaperon et Natasha Penot), retour sur l’un des chefs d’œuvre (ndlr. on évoque ici l’une des rares discographies à ne compter que des chefs d’œuvre) de l’Australien Peter Milton Walsh, A Life Full Of Farewells, paru en 1995 et dont on attend désormais une réédition (vinyle) en bonne et due forme.

Le contexte

De ce côté-ci de la Manche, on avait d’abord cru à un épiphénomène… Que nenni : 1995, la britpop est devenue dans la prude Albion un art de vivre. Dans le sillage d’Oasis, d’anciens perdants magnifiques raflent la mise quand de jeunes pousses (Menswear, Elastica, Supergrass, parmi tant d’autres) goûtent aux légendaires quinze minutes de gloire. Au même moment, la musique électronique quitte les dancefloors des initiés pour s’inviter dans les salons du grand public, le trip hop s’internationalise sous l’impulsion du label Mo’Wax, la chanson française devient nouvelle dans le sillage de l’habité Dominique A et les Américains sont les principaux ambassadeurs d’un post-rock qui finit d’enterrer le grunge.

L’artiste

Un miraculé. Car dans le genre parcours erratique, on a rarement vu mieux que celui de Peter Milton Walsh, propriétaire de The Apartments depuis 1978, projet né à Brisbane au même moment que The Go-Betweens, un groupe dont l’homme a d’ailleurs fait partie. Brièvement. Exilé malheureux à New York avant de gagner Londres, il ne sort son premier album qu’en 1985 chez Rough Trade : chef d’œuvre crépusculaire, The Evening Visits… And Stays For Years est bafoué par un label occupé à servir la soupe aux Smiths, mais fait l’objet d’un culte raffiné dans l’Hexagone. Pourtant, après quelques tournées en Vieille Europe et un ultime maxi, l’homme rentre sans le sou et dépité dans ses pénates australes. Il faudra la ténacité d’amis bien intentionnés (Steve Kilbey de The Church, Grant McLennan) pour que Walsh, obsédé par les Walker Brothers et Dusty Springfield, remette le pied à l’étrier. Il enregistre alors l’électrique et merveilleusement cabossé Drift (intensément introduit par Goodbye Train), que le label français New Rose a la bonne idée d’éditer dans nos contrées en 1993. Invité par Les Inrockuptibles à se produire à leur festival renommé, The Apartments peut croire en sa bonne étoile, d’autant que ses ambitions – une pop élégante aux arrangements raffinés – a été remise au goût du jour par The Divine Comedy et autres Tindersticks.

L’album

On a d’abord cru à une mauvaise blague : après deux albums en quinze années, ce songwriter d’exception offrirait le troisième seulement vingt-quatre mois après le précédent… Pourtant, A Life Full Of Farewells (nous sommes d’accord : on n’est pas loin du titre parfait) voit bien le jour au printemps 1995, au beau milieu d’une saison que sa couleur musicale épouse à la perfection. Si les amours déchues sont encore au rendez-vous, Walsh a pansé ses plaies et fait montre d’une belle sérénité. Ambiances feutrées et arrangements au diapason (trompettes bouchées ou non, violons et pizzicati distingués, piano distillant une douce mélancolie) accompagnent neuf chansons marquées du sceau de la grâce. Serein et touchant, l’homme prend l’air de la country (You Became My Big Excuse), trouve le temps de flâner (Things You’ll Keep) et de badiner (le magnifique Thank You For Making Me Beg), mais se laisse encore aller à l’introspection (The Failure Of Love… et Paint The Days White), avant de tutoyer ses mentors – l’éblouissant final cuivré All The Time In The World aurait aisément sa place sur Scott, Scott IIIII ou IV. Magnifique.

À savoir pour épater la galerie

L’un des plus beaux moments de ce disque à l’intensité subtile, et sans doute de la discographie de Peter Milton Walsh, s’intitule She Sings To Forget You, troublante ballade où ce dernier est accompagné d’un seul piano. Ce petit moment d’intimité partagé, que l’on rêve de voir durer une éternité, est en fait une nouvelle version étourdissante du flamboyant Goodbye Train.

La suite

Bien sûr, tout était trop beau pour être vrai. Alors que certains s’envolent vers la reconnaissance, la porte de The Apartments se referme, non sans que ne sorte un disque de relectures dénudées (Fête Foraine, 1996), suivi un an plus tard de l’oppressant Apart (1997). Mais la France a déjà changé de palier, et seule une poignée de passionnés croit encore en un dénouement heureux, sans se douter qu’en privé, Peter Walsh vit un drame qui finit par avoir raison de ses aspirations artistiques. Définitivement ? C’est ce que l’on a cru… Puis, après deux concerts australiens en décembre 2007, l’un de ses plus fervents admirateurs, le journaliste et musicien Emmanuel Tellier, est parvenu à le convaincre de renouer avec ses premières amours, le conviant à donner trois concerts français en novembre 2009. Depuis, Peter Milton Walsh, francophile déclaré (ils ne sont pas nombreux à penser que La Question et Bob Le Flambeur sont deux classiques absolus), a trouvé en l’Hexagone une seconde patrie (il est revenu en 2012, à l’automne 2015 et au printemps 2016) et a publié en 2015 un nouvel album chef d’œuvre, No Song, No Spell, No Madrigal (2015).

The Apartments, tournée française automne 2018

12 octobre 2018 au Marché Gare (Lyon)
16 octobre 2018 au Rocher de Palmer (Bordeaux)
17 octobre 2018 au Confort Moderne (Poitiers)
18 octobre 2018 au Petit Bain (Paris)
19 octobre 2018 au Centre Culturel de Lesquin (Lesquin)
20 octobre 2018 à la Mairie de Saint-Lô (Saint-Lô)

 

Une réflexion sur « Say goodbye, wave hello. »

  1. merci pour l’article!

    « dont on attend désormais une réédition (vinyle) en bonne et due forme. »

    c’est dans les tuyaux ? ou simple souhait?

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