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Musical Ecran : From Toilets to Stages de Vincent Philippart

Dour Festival
From toilets to stages de Vincent Philippart
Musical écran
En partenariat avec le festival Musical écran

Planté en Wallonie entre Valenciennes et Maubeuge, de l’autre côté de la frontière franco-belge depuis 1989, Dour est un “grand” festival. Meilleur marché et moins gigantesque que ses concurrents flamands (Werchter, Pukkelpop, Tomorrowland…), il accueille pendant cinq jours plus de 200 000 personnes. Gloire à ses organisateurs Damien Dufrasne et Bénédicte Billon-Tillie d’avoir accepté que le réalisateur Vincent Philippart puisse filmer, façon Strip-tease mais sans aucune méchanceté, ni complaisance. Dans From toilets to stages : dans les coulisses du Dour music festival, il dissèque le montage matériel d’un de ces monstres festifs censé égayer nos existences.

Remarquable. Enfin un documentaire qui s’intéresse à la réalité de ce qu’est aujourd’hui un festival musical, autrefois rock, sans sacrifier à la mystique du genre depuis le Monterey Pop (1968) de l’immense Donn Alan Pennebaker et autres Woodstock (1970) de Michael Wadleigh. Ici, c’est plutôt Gimme Shelter (1970) de feu les frères Maysles qui ferait école. D’ailleurs, From toilets to stages s’ouvre sur des images du festival d’Amougies, une autre commune wallonne, en 1969, avec Pink Floyd et Frank Zappa. Le festival pop et free Actuel (d’après le nom du magazine mensuel de Jean-François “Nova” Bizot) censé se dérouler à Reuilly-Vincennes et délocalisé en Belgique, d’abord à Tournai puis finalement à Amougies, est un bon rappel de l’utopie hippie. Quand plusieurs dizaines de milliers de personnes avaient pacifiquement envahi Amougies lors d’une unique édition restée sans lendemain, près de cinquante ans plus tard et à une cinquantaine de kilomètres au sud-est de là, Dour n’hésite pas à parler de marketing et de clients à satisfaire pour s’assurer qu’ils reviennent. Les attachés de presse évoquent le “projet rédactionnel”, certes effectivement limité, d’un média. En l’occurrence, c’est la question des drogues qui pose problème. Celle-ci n’est pas du tout éludée, dans son traitement médical jusqu’à l’évacuation pour hospitalisation d’un festivalier. Entre bénévoles et camping, prévention de harcèlement sexuel et sécurité face au terrorisme, stands de nourriture et accès à l’eau, rien n’est oublié dans ce documentaire produit par Panique !, la société du binôme de réalisateurs en animation Stéphane Aubier et Vincent Patar. Et l’humour (belge) garde droit de cité lors d’une séquence digne de la mécanique “gaguesque” d’Enquête Exclusive : un berger allemand renifle du cannabis planqué dans… des pots de Nutella. En amont du festival lui-même (“120 hectares, 41 kilomètres de barrières, 60 à 70 artistes”, selon un ordre d’énumération qui en dit beaucoup…), Vincent Philippart et son complice Dominique Henry à l’image suivent les programmateurs Mathieu Fonsny, cheveux frisés, et Alex Stevens, derrière ses lunettes, en train de faire leur marché à Eurosonic, festival néerlandais de début d’année à Groningen, comme au Botanique à Bruxelles, dont le directeur Paul-Henri Wauters, responsable de la fédération internationale De Concert! (avec parmi ses 16 membres français sur un total de 28 Les Vieilles Charrues, Les Eurockéennes de Belfort, et les Nuits Sonores à Lyon…), apparaît à l’écran, tout comme à un autre moment, Matthieu Culleron, journaliste à Radio France autrefois habitué parisien de quelques bars familliers, comme le Pop’in et autres Truskel. Filmés lors d’une interview au magazine français Trax, les duettistes Fonsny et Stevens évoquent leur passage du statut de fans de musiques électroniques à celui de professionnels grâce à “Carlo”, l’initiateur original du Dour festival. “Carlo” a pour nom di Antonio : à 25 ans, cet agronome athlète de demi-fond s’est battu pour ce festival avant de se lancer dans la politique au niveau local pour devenir deux décennies plus tard ministre wallon. Rien d’étonnant à l’échelle de la Belgique : Charles Gardier, organisateur des Francofolies de Spa, est également député.

Dour Festival
From toilets to stages de Vincent Philippart

Les grands absents du documentaire restent, à bon escient voire à dessein, les artistes : Vincent Philippart les connaît pourtant bien, lui qui a côtoyé The Dandy Warhols, Queens Of The Stone Age, CocoRosie, dEUs ou bien Rone. Et apparaissent effectivement à l’image la DJette techno gandoise Charlotte de Witte ainsi que le jeune groupe belgo-suédois Victoria+Jean. Mais quel artiste oserait exprimer ses doutes sur le système des festivals à l’heure où l’économie de la musique repose en grande partie sur les concerts ? Le documentaire assume son titre pour montrer l’envers du décor des festivals, par la voix, accent belge compris, d’un responsable de l’équipe de nettoyage des toilettes portatives au lendemain des 5 jours de Dour : “Ça c’est de la merde les gars. De la vraie !”. Le meilleur critère pour juger d’un festival, hors système de paiement désormais aux normes cashless reste encore par défaut ses chiottes. De façon plus générale, le nettoyage du site est laissé aux soins de petites mains, souvent noires, pour 30 euros la demi-journée. N’ayant rien contre Dour (qui a au moins le courage d’accepter de se regarder sans fard dans le miroir) et ayant fréquenté des grands festivals (La Route du Rock de Saint-Malo, Benicassim, mais aussi Les Eurockéennes, Boréalis, Reading…), la question de l’âge du spectateur entre en ligne de compte, au point de représenter une certaine idée de l’enfer. From toilets to stages rappelle que les grands festivals, loin d’être une terre promise pour échapper à la réalité de nos sociétés, concentrent autour d’un seul et même lieu dans un temps limité le pire du mode de consommation capitaliste. Un grand festival, présenté comme une gentille récréation, n’est rien d’autre qu’une re-création, avec sa hiérarchie, depuis la programmation avec des têtes d’affiche qui captent l’essentiel des cachets jusqu’au système de castes entre spectateurs exacerbé par ses zones VIP, de l’ordre ordinaire.

From toilets to stages : dans les coulisses du Dour music festival (première française) de Vincent Philippart en sa présence samedi 13 avril à 16h à l’Utopia à Bordeaux, pour la 5ème édition de Musical Écran. Bande-annonce à voir ici.

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