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Matt Maltese, Krystal (7476 Records)

Matt MaltesePremière référence d’un label encore non-identifié (7476 Records), Krystal, paru le 8 novembre dernier, est passé sous tous les radars. Pourtant, le londonien Matt Maltese, du haut de ses 23 ans, a commencé à souffler ses promesses il y a quelques années déjà. Au printemps 2016, il dévoile un premier EP puis, un an plus tard, un single engageant. As The World Caves In, piano-voix langoureux, attire l’attention d’une figure de l’indie pop au flair infaillible : Jonathan Rado. Le leader de Foxygen, devenu l’un des producteurs les plus courus de la décennie – il se cache aux manettes des premiers albums de The Lemon Twigs ou Whitney, et des derniers de Weyes Blood ou Adam Green, déjà louangés dans ces pages – prend le jeune homme sous son aile et l’embarque à Los Angeles pour enregistrer Bad Contetestant, un premier LP emprunt de l’extravagance baroque, Todd Rundgren-esque, emblématique du californien.

Une année est passée et le décor a changé. Rendez-vous dans le quartier Elephant and Castle du sud-ouest de Londres, dans la chambre de Maltese dont la pochette de Krystal offre un aperçu. Au-dessus de son lit, une photographie de lui en pleurs et pour cause : nous avons affaire à un album de rupture. Pendant quatre mois, le musicien est resté cloîtré là, à écrire sur son dernier échec sentimental : « Long baths, podcasts / I’m crying when I’m smashed / Haha, welcome to grieving » chante-t-il sur Rom-Com Gone Wrong.

Parce qu’il souhaite que ses chansons, elles non plus, ne quittent pas ces murs, mais aussi pour se prouver qu’il sait toujours travailler seul – un recentrage sur soi sans doute nécessaire après une collaboration avec le fantasque Jonathan Rado – il enregistre chez lui, et n’ouvre la porte qu’à un invité : le producteur Vegyn, complice de Frank Ocean, qui imprime sa patte sur le titre Jupiter. Un retour à l’essentiel aidant à la simplicité : Maltese épure ses arrangements mais ne sacrifie pas la qualité de la production, dont la chaleur semble procéder du confort d’un studio professionnel. Puis, parce que cela sonne à ses oreilles comme le nom d’un sombre bar hollywoodien, il choisit de nommer le résultat Krystal, d’après le magasin de réparation de téléphones mobiles de son quartier – son seul horizon pendant ces mois de création.

L’ironie, c’est l’arme de ce crooner des temps modernes. Par son humour corrosif, il sauve ses textes de l’affliction et, à la manière de Jeff Buckley ou de son maître Scott Walker, insuffle grâce à son timbre profond une élégance folle à ces balades. Par sa jeunesse peut-être, sa nonchalance britannique sans doute, il fait revenir Alex Turner : pas l’Alex Turner agité des Arctic Monkeys, mais celui qui psalmodiait, une guitare à la main et sans aucun artifice, la bande originale Submarine en 2011. When You Wash Your Hair, titre de clôture de l’album, est la plus belle démonstration de ces talents.

Bien que voluptueux, l’album ne manque pas de rythme, en témoignent Rom-Com Gone Wrong ou plus encore la sautillante Tokyo. Une réussite donc, mais un bémol toutefois, dont ces deux-mêmes titres, avec leurs sonorités très proches de celles de Beach Fossils, sont symptomatiques : Matt Maltese propose peut-être une musique encore trop générique pour se démarquer. Wish You’d Ask Me apporte la touche soul et Jupiter, le solo de saxophone devenus indispensables à l’album indie pop nouvelle génération (un excellent article sur la résurgence du saxophone chez les groupes à guitare est à lire ici). Espérons que le londonien, qui a encore la vie devant lui, saura affiner son identité sur un prochain album. On a hâte.

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