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La Mirastella, Girasonico (autoproduit)

L’été dernier, j’avais préparé deux sélections musicales autour de la coupe du monde de Football, le parallèle entre 1998 et 2018 étant particulièrement attirant. Étant du genre à aimer le rock d’origine variée, c’est à dire autre qu’américaine ou britannique, j’avais associé cette idée à une autre : trouver des morceaux aux provenances les plus diverses. Honnêtement, j’avais eu quelques difficultés pour le Chili, sélectionné (et sensation) en 1998. Le pays possède pourtant désormais une jolie scène psychédélique autour de formations telles que Holydrug Couple, Föllakzoid et Chicos de Nazca, mais honnêtement, en dehors de Pànico, qui eut ici un certain succès critique il y a une quinzaine d’années, je ne pense pas avoir été capable de citer de tête autant de formations issues du pays sud américain. L’histoire de La Mirastella pourrait d’ailleurs rappeler celle de son illustre prédécesseur sur un point : la connexion entre France et Chili. Comme Pànico, La Mirastella est un projet mené par un musicien chilien installé en France : Mabit Moreno. Esthétiquement, ce dernier s’inscrit en revanche dans une certaine mouvance psychédélique, sans pour autant en épouser les traits les plus saillants ou clichés. Ici pas de jams interminables ou de mélodies sentant un peu trop le patchouli. A l’écoute de Girasonico, disque bilingue français et espagnol, nous sommes frappés de la délicatesse de l’approche de La Mirastella. On y croise pêle-mêle le goût des mélodies bien troussées des Beatles (ou des groupes qui s’en sont inspirés: Los Shakers, Os Mutantes etc.), les structures alambiquées et intrigantes chères aux formations du Canterbury (Kevin Ayers, Soft Machine, Robert Wyatt), un goût pour l’étrange très français (Brigitte Fontaine) ainsi que de délicates volutes acoustiques évoquant Donovan ou Nick Drake. Cette interminable liste de noms pourrait être inquiétante, pourtant il ne s’agit que de pistes pour décrire le plaisir éprouvé à l’écoute de ce très réussi premier album au son impeccable. Certes, Girasonico s’échine quelque peu sur la fin, mais le reste est d’une troublante beauté. Le disque n’a pourtant rien d’évident, il se plaît à prendre des sentiers sinueux, créant des structures suspendues dans le vide, systématiquement en équilibre précaire. Il démarre sur sur une triplette de titres (Zanahoria, Cangrejo, Cielo Sonico) sous influence progressive, des plus réussis. La Mirastella prend soin de ne jamais brimer les sentiments qui jaillissent de ses compositions, la technique est présente, en arrière plan, mais elle se met au service des chansons. Mabit Moreno prend ensuite un virage folk plus dépouillé mais au charme tout aussi irradiant (Peter Pan, Biche). Si le timbre du Chilien surprend au départ, les arpèges égrainés à la guitare sèche, agrémentés de délicats (et discrets) arrangements touchent. Viajes et Eclipse Animale reviennent aux fondamentaux psychédéliques tourmentés du groupe, peut-être de manière plus musclée que l’entame.  La fin est malheureusement moins convaincante, avec Cangrejo II, plutôt pauvre mélodiquement, et surtout prétexte à un solo de batterie : le genre d’exercice que nous aurions espéré voir cantonné aux années soixante-dix. Cette petite baisse dans la dynamique de l’ensemble de l’album ne doit pas faire oublier la grande élégance qui émane de Girasonico. La Mirastella signe un très prometteur premier album, évoquant, avec sa sensibilité propre et personnelle, Jacco Gardner ou Aquaserge.

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