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Initials Bouvier Bernois, Initials Bouvier Bernois (Croydon Records)

Quelle mouche a donc piqué les Rennais d’Initials Bouvier Bernois pour s’enticher d’un chien de ferme d’origine suisse ? À y regarder de plus près, la référence est surtout un amusant clin d’œil à la seule et unique Brigitte Bardot. Serait-ce alors une manière de combiner la passion pour les animaux de cette dernière dans une boutade plus raffinée qu’il n’y paraît ?  Au delà de ces conjectures, Pierre, Valentin et Léo ne se prennent certes pas forcément au sérieux sur ce premier album, au vu du nom de leur groupe (Initials Bouvier Bernois)publié par un label espagnol (Croydon division de Bickerton records), la chose n’a cependant rien d’une blague pour étudiants en beaux-arts amateurs de frivolités post-modernistes. Initials Bouvier Bernois ignorent eux tout royalement du relativisme qui gangrène notre époque, ils tiennent bon la fermeture éclair de leurs parkas pour ne pas salir leurs élégants costumes trois boutons. Des modernistes, oui, mais pas de ceux à coller des patches des Jam , Who et Specials : ils vont plus loin, aux origines de la chose en fait, court-circuitant plusieurs décennies. Ils carburent à l’essence des investigateurs du mouvement, quand il s’agissait de se saper comme dans un film de la Nouvelle Vague en écoutant du jazz et du blues importé des États Unis. Costumes italiens, coupes françaises, leurs idoles ne fracassent pas des guitares Ricken’ en concert, elles ne portent pas non plus de cibles aux couleurs britanniques sur leurs pulls. Non, tout cela est définitivement trop électrique. Initials Bouvier Bernois préfère s’enticher du swing de Georgie Fame, de la voix de velours de Mose Allison ou du jeu d’orgue enflammé de Jimmy Smith pour mentionner les plus évidentes de leurs références. À ce titre, nous nous régalons de voir un groupe français citer dans sa présentation les Double Six et Tennessee Ernie Ford : c’est sophistiqué et adroit, divinement anachronique, comme un pied de nez à la fadeur ambiante et au besoin perpétuel de mettre à égal niveau les génies et les escrocs au nom du Dieu de la Pop Culture. Si cela n’était pas sincère, nous crierions à l’imposture snob, aussi peu recommandable que le zèle aplatisseur, mais il n’en est rien. Ces garçons aiment cette musique de tout leur cœur et ont les moyens d’en retrouver la subtilité. Nous ne l’avons pas encore dit : ils sont bougrement bons musiciens et passés par un tas de formations formatrices (Spadassins, Madcaps, Sudden Death of Stars, Pan!, Soap Opera…). Pour l’occasion, Pierre et Valentin échangent même leurs instruments de prédilections respectifs, la basse pour le premier, l’orgue pour le second. L’interprétation, les arrangements comptent ainsi tout autant que la composition ou la production, ils apportent leur écot à l’ambiance délicieusement surannée. Le temps s’est arrêté quelque part entre 1961 et 1966, le psychédélisme ou le punk n’ont jamais eu lieu. Flûtes sémillantes répondent à un orgue aigrelet (We Got To Go). France Gall est à l’honneur à travers une charmante reprise de la fantastique Temps du Tempo, véritable précis des intentions du groupe. Basse en triolet, mélodie de piano mécanique jouée au hammond et accordéon construisent un délicat groove (The Bride), bande originale d’une scène romantique à Paris d’un film américain des années cinquante. Quelques instrumentaux rappellent qu’Initials Bouvier Bernois n’est pas là que pour compter fleurette mais aussi exhorter nos corps à danser et se libérer (Initials Bouvier Bernois et la fameuse Champmotteux). Enfin, l’omniprésence de l’anglais peut donner quelques regrets à l’écoute de la fabuleuse Buenos Aires, véritable pièce maîtresse de l’album chantée en français, pont entre influences latines et jazz de la formation, dans une débauche de percussions et flûtes virevoltantes. Enregistré avec soin (dans les mêmes studios que leurs camarades d’Habile Bill), Initials Bouvier Bernois est un disque d’un classicisme rafraîchissant, une œuvre pensée et réfléchie avec soin, qui se démarque par sa grâce et son ambition générale, à savoir la qualité de composition et une technique instrumentale impeccable.

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