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Gilles Pellegrini & the Stew with Dave & J.J., Live at Week-End Club de Paris (Cameleon)

Depuis quatre ans, le label Cameleon chine le patrimoine français (et parfois international) à la recherche de raretés et perles à rééditer. Ainsi, grâce au travail de Claude Picard, nous avons pu mettre la main sur quelques-uns des 45 tours hexagonaux les plus hallucinants des années soixante (Les Homards Violets, Le Chorus Reverendus, Les Fraises des Bois), des classiques du punk français (Soggy, Angel Face, Gazoline) comme des albums d’une folie rare (l’étonnant Demon & Wizard).

Un genre manquait à l’appel: la musique Soul ! Il serait facile d’opiner qu’historiquement, France et musique noire ne font pas bon ménage. Cela ne serait que partiellement vrai. Certes, nous ne pouvons nous targuer du patrimoine américain en la matière, indépassable à tous les niveaux, mais il y eut cependant quelques tentatives au-delà de l’anecdotique. L’une d’entre elles est, à n’en pas douter, le chanteur d’origine marocaine Vigon, fantastique showman, qui, accompagné de ses Lemons, donna une version mémorable du classique Harlem Shuffle. Cette reprise endiablée du classique de Bob & Earl fut enregistrée dans les studios d’Europa Sonor et plus précisément à la Gaîté, un lieu du XIVème arrondissement de Paris se transformant en boîte de nuit le week-end. Heureux hasard, l’album que nous allons évoquer aujourd’hui fut enregistré dans ces mêmes locaux: Live At Week-End Club De Paris (1969) de Gilles Pellegrini and The Stew with Dave and J.J. est ainsi un témoignage capté dans le vif d’un concert à quelques mètres du futur emplacement de la Tour Montparnasse (inaugurée en 1973). Publié initialement à une centaine d’exemplaires en vinyle sans pochette, certainement destiné à la promotion ou la recherche d’un contrat, l’album trouve finalement le chemin d’une sortie officielle en 2018. Remercions Cameleon, car Live At Week-End Club De Paris offre une déclaration exaltée d’un spectacle de soul français, à la fin des années soixante, au mitan de la transformation du rhythm & blues en funk (la composition originale Stew Blues). La performance de The Stew, dirigés par Gilles Pellegrini, un ancien des Blackburds de Johnny Hallyday, est impressionnante. Les musiciens, affutés comme des couteaux, déroulent un set fiévreux et maitrisé où chaque instrument est à sa place. Les showmens Dave et J.J., deux chanteurs de Cleveland associés en un unique tandem par leur manager, font également des étincelles dans un registre évoquant naturellement Sam & Dave (la référence absolue) mais aussi les Portugais de Jess & James. Leur numéro de duettiste fonctionne à merveille, dans un répertoire pioché largement chez la célèbre paire (Get It, If I Didn’t Have A Girl Like You, Everybody Got To Believe In Somebody, Soothe Me) ainsi que chez les cadres de Stax Records (Otis Redding) et Atlantic (Hey Jude, certainement inspirée de la version de Wilson Pickett). Si l’ensemble manque de compositions originales, cette réédition est une très belle surprise. Aussi bien au niveau du son de l’enregistrement que de la qualité de la prestation, Gilles Pellegrini & The Stew with Dave & J.J. s’en sortent superbement et touchent même à l’étonnant sur la détonante conclusion Try A Little Tenderness, à quelques encablures seulement, de la version démente du Live In Europe, du chanteur de soul le plus célèbre de Macon en Géorgie.


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