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FTR, Manners (Third Coming Records)

Le Shoegaze et la France a tout d’une histoire compliquée. Quand Slowdive ou My Bloody Valentine reçoivent les attentions de la presse musicale généraliste et des grands festivals depuis quelques années, les groupes hexagonaux récents peinent parfois à trouver des relais, au-delà du noyau dur des passionnés (que je salue en passant), malgré la qualité et la diversité de la scène.  Mentionnons par exemple le collectif nøthing, qui à travers ses compilations regroupe une grande partie des forces vives du pays : La Houle, Tapeworms, DEAD, Dead Horse One, T/O, Maria False et d’autres encore. La salle de concert du Supersonic à Paris, ou les labels Cranes Records (Dead Mantra, Seventeen at this Time) et (auto-citation) Requiem Pour Un Twister (Venera 4) constituent également des repères importants. FTR est justement un transfuge du label parisien.

Après Horizons en 2015, le trio revient avec Manners édité par l’excellente maison Third Coming Records (La Secte du Futur, The Love Coffin). À l’écoute des dix nouvelles compositions de FTR, la connexion entre ces deux pôles est limpide, tant le groupe et le label partagent un goût pour une esthétique nocturne et des climats anxiogènes. Dès les premières notes de Collisions, nous nous prenons en pleine tête un maelstrom de guitares saturées se fracassant dans une tourmente de larsen. La chanson ne donne qu’en partie la tonalité du disque. Si Manners est plus dur et fulminant que son prédécesseur, il dessine ses contours dans une infinité de nuances de gris allant du shoegaze en passant par l’EBM, la cold waveCross Your Heart montre ainsi le groupe dans un territoire électronique qui lui sied particulièrement bien. Black Sand dégage une certaine sensualité morbide derrière une trompeuse distance. Sur des tempi enlevés, Chances et One martèlent, et nous laissent exsangues. Le spectre de Joy Division imprègne la ligne de basse lancinante de 10327, tandis que les voix découpées semblent appartenir à un autre monde mystérieux et hostile. Never est peut-être l’une des contributions les plus originales du disque. La composition s’éloigne du shoegaze en utilisant les guitares en sample, les jetant sur la toile au gré de l’inspiration sur une base électronique obsédante et dense. Élégant et maîtrisé, Manners élargit ainsi l’horizon de FTR, offrant de multiples pistes pour la formation, sans pour autant trahir son essence ou manquer de cohérence.

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