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Fever B, The Lonely Sailor Sessions (Burger Records)

Les chroniques anniversaire de l’été

Dix ans à l’échelle de la musique représentent-ils quelque chose ? J’écoute encore avec le même plaisir des albums sortis il y a quarante (Undertones, The Knack), ou cinquante ans (Space Oddity de Bowie ou CTA de Chicago). Parfois nous avons  l’impression que ce passé étouffant ne laisse pas forcément le présent se faire une petite place. En dix ans, des carrières se sont défaites, le contexte politique a pas mal bougé et les genres musicaux à la mode aussi, malgré tout. Nous étions, en 2009, alors en pleine montée de la vague lo-fi, dont les grands noms se sont désormais éloignés (Ty Segall, Black Lips, Oh Sees, etc). The Lonely Sailor Sessions de Fever B est un peu le témoin de tout ça, il est surtout si représentatif du catalogue de Burger Records de cette époque. Par certains aspects, nous avions même envie de voir dans le label californien des héritiers d’un autre label indépendant du coin : Bomp Records.  Trois disques représentent en effet le Burger de ces années là: Get Out Of My House des Pizazz (2010, BRGR-026), Play Pretend de Thee Makeout Party (2008, BRGR-003) et donc The Lonely Sailor Sessions de Fever B (2009, BRGR-015). Les groupes ont en commun une approche assez décomplexée de la pop et affirment un goût pour les mélodies, quand les collègues préféraient le garage ou le punk. Ici, il n’était pas question de se montrer plus costaud que le voisin, mais de laisser aller ses penchants pour les envolées bubblegum. Chacun de ces disques est imparfait, mais toujours porté par des chansons mémorables. Pour Thee Makeout Party, groupe des deux fondateurs de Burger (Sean Bohrman et Lee Rickard), ce sera 2EZ2LUVU, également sorti dans une version différente en single, en tant que première référence du label. Pour les gars de Detroit des Pizazz, je pencherai pour Ocean Liner, petite merveille mêlant à la fuzz, une guitare jangly absolument charmante.

The Lonely Sailor Sessions de Fever B, unique production de Brian Hermosillo (des excellents Fevers) sous ce nom, est lui aussi une petite pastille de pop pétulante que nous pouvons toujours réécouter avec le plus grand plaisir dix ans après. Et honnêtement, est-il possible d’attendre autre chose d’un musicien qui intitule l’un de ses morceaux Pop Punk Love ? Certes, le son de l’EP (5 titres) est presque exagérément cracra, en particulier sur This Sea Is My Life (la seule un peu difficile à écouter à cause du son lo-fi), mais l’ensemble transpire la pop et la vie. Ces compositions, sûrement bricolées entre deux groupes sur un quatre pistes, ont quelque chose de pur et simple. Elles touchent à l’essence de ce qui peut me toucher dans la pop, célèbrent un enthousiasme amateur. Please Operator ? est nerveuse comme les tubes de poche des Buzzcocks quand Words that Make Your Heart Sing emprunte sa frénésie aux classiques des Who (The Kids are alright, I’m a Boy, Substitute, etc).  Le format court se conclut sur Guitar Heart, et nous ne serions pas étonnés que le titre soit un clin d’œil au Guitar Romantic (2003) des Exploding Hearts, pierre angulaire de la powerpop moderne. The Lonely Sailor Sessions n’est probablement pas un grand disque, mais il est beau dans son absence d’ambition, ne prouvant rien d’autre que le plaisird’ enregistrer des bonnes chansons. Si certains retiendront plutôt de 2009 les grosses sorties de cette année-là, pour d’autres, dont moi, The Lonely Sailor Sessions continuera de diffuser avec une fièvre contagieuse ces volutes de l’esprit qui nous animaient il y a dix ans.

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