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Modern Studies, The Weight Of The Sun (Fire Records)

Maintenir l’union en dépit de la distance. Enjamber en musique l’étendue qui sépare. Voici une fois encore, réduit à peu de mots, le projet pas si banal auquel Rob St John et Emily Scott s’attachent à donner corps. Des deux interprètes et songwriters principaux qui constituent le cœur du quartet écossais, l’un réside dans le Lancashire et l’autre en Ecosse. De là, sans doute, est née cette belle musique des interstices et de l’entre-deux. Ce troisième album de Modern Studies prolonge en effet l’exploration des confins, la recherche d’un équilibre instable qu’il serait possible d’établir en arpentant simultanément plusieurs frontières. Celle d’abord qui sépare le savoir-faire des Anciens et les innovations contemporaines. Continuer « Modern Studies, The Weight Of The Sun (Fire Records) »

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R. E. Seraphin, Tiny Shapes (Paisley Shirt Records)

Pour contrebalancer l’anéantissement provisoirement contraint de la cueillette du muguet ou des grandes escapades printanières, nous sommes quelques-uns à avoir au moins pu nous délecter de l’événement majeur de ce week-end dernier. Au beau milieu d’un pseudo- pont du 1er mai qui s’est contenté d’enjamber les deux rives tristement identiques d’un long fleuve d’ennui, la diffusion gratuite pendant quelques jours de Teenage Superstars (2017) brillant documentaire consacré par Grant McPhee à l’émergence de la scène indie-pop écossaise tout au long des années 1980, a offert aux amateurs – mais qui donc songerait à ne pas l’être ?- quelques heures privilégiées de délectation nostalgique et de souvenirs partagés en compagnie de ces quelques tout jeunes hommes de plus de cinquante ans nommés Duglas T. Stewart, Eugene Kelly, Norman Blake ou Stephen McRobbie – on en passe, mais peu de meilleurs. Dans une séquence pré-générique introductive, le leader des Pastels raconte ainsi comment sa conversion au punk a débuté par un passage chez le coiffeur et lui a couté, quelques heures plus tard, un cuisant coup de soleil sur ses oreilles peu habituées à une exposition si intense aux rayonnements. D’emblée, la souffrance presque dérisoire associée à l’exaltation de la liberté fraîchement conquise : au-delà même de la métaphore ou de l’anecdote, il y a quelque chose d’une vérité profonde qui semble traverser les époques et s’inscrire durablement dans les prolongements de cette tradition musicale dont les Vaselines ou les BMX Bandits ont constitué les maillons si vitaux. Continuer « R. E. Seraphin, Tiny Shapes (Paisley Shirt Records) »

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B.C. Camplight, Shortly After Takeoff (Bella Union/PIAS)

Soy Tonto!, proclamait-il déjà haut il y a bientôt treize ans sur l’un des titres de son deuxième album, Blink Of A Nihilist (2007). Nul besoin, en effet, de posséder un diplôme de troisième cycle en psychologie pour comprendre qu’il règne encore et toujours une agitation inhabituelle sous le chapeau melon de Brian Christinzio. Sa biographie officielle n’en a d’ailleurs jamais fait mystère en évoquant régulièrement quelques séjours en établissements spécialisés. Et pourtant, l’admiration que suscite une fois de plus l’homme-orchestre qui se dissimule derrière le pseudonyme de B.C. Camplight n’a pas grand-chose à voir avec la fascination un peu malsaine qu’entretiennent la plupart des autres grands givrés de l’histoire de la pop – de Roky Erickson à Daniel Johnston, la liste est longue. Nulle trace ici de délire paranoïaque ou d’exposition obscène de pathologies psychotiques. Il s’agit plutôt d’une folie douce, d’une fantaisie extrême et non dénuée d’humour. Continuer « B.C. Camplight, Shortly After Takeoff (Bella Union/PIAS) »

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Red Skylark, Collection 1 (Kool Kat Musik)

Les vertus auditives et indirectes du confinement continuent, à juste titre, d’être suffisamment soulignées pour que l’on s’attarde un instant sur le revers de la médaille. Alors que le temps s’étiole et se fige, l’investigation archéologico-réflexive des vestiges de nos propres passions musicales ne cesse d’apparaître comme un dérivatif captivant à la circularité de l’ennui. Comme autant de Xavier de Maistre de fortune, contraints de tirer le moins mauvais parti possible de l’autarcie provisoire, nous voyageons autour de nos discothèques pour y redécouvrir des mondes oubliés. Les souvenirs réconfortent ; les oublis se réparent : tout cela est bel et bon mais laisse peu de place, paradoxalement, à l’irruption de la nouveauté. Alors que les sources d’approvisionnement en musique fraîche tendent à se tarir et que les sorties attendues sont souvent différées aux calendes automnales déconfinées, la pénurie et la profusion œuvrent ainsi de pair. Pourquoi risquer de perdre son temps, même dilué, à explorer le superflu et l’incertain quand l’essentiel est en permanence à portée de mains et d’oreilles ? Continuer « Red Skylark, Collection 1 (Kool Kat Musik) »

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Sous Surveillance : The Reed Conservation Society

The Reed Conservation Society
The Reed Conservation Society / Photo : Philippe Dufour
Qui ?

Stéphane Auzenet alias Oz
Mathieu Blanc alias M. Lips
Laurent Riatto alias Lt. Replay
et leurs (très) nombreux invités.

Où ?

Paris et ses périphéries franciliennes. Continuer « Sous Surveillance : The Reed Conservation Society »

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I Like 2 Stay Home #29 : Tribute à Adam Schlesinger

Un mix thématique par jour à écouter en temps de confinement.

C’est con, mais c’est ainsi. L’annonce de cette mort-ci m’a bouleversé davantage que toutes les autres, émergeant du flot presque ininterrompu des faire-part de décès qui s’écoule au gré des réseaux sociaux et ne s’accompagne, la plupart du temps, que du ronronnement convenu des condoléances et des hommages, parfois sincères mais rarement plus émouvants qu’un discours compassé d’entrepreneur de pompes-funèbres. Nous écoutons une musique de vieux, il faut s’y faire, et nous avons pris depuis longtemps l’habitude de voir des pans de notre discothèque soudain jumelés avec le coin de cimetière où s’amoncèlent les dépouilles des idoles. Comme dans la vie, ces lieux dédiés où s’alignent les sépultures ne sont pas vraiment propices au surgissement des émotions : trop glaçants, trop imprégnés du formalisme décalé des cérémonies qui s’y déroulent pour qu’y retentisse la vraie brutalité du deuil. Pas cette fois-ci. Bien sûr, je ne connaissais pas Adam Schlesinger et les quelques larmes versées dans la nuit du 1er avril ne proviennent que de cette part du souvenir où continuent de s’entremêler les chansons et ce que nous projetons d’intime en elle. Continuer « I Like 2 Stay Home #29 : Tribute à Adam Schlesinger »

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Liam Hayes, Mirage Garage (Weird Vacation)

Mais où donc a bien pu passer Liam Hayes ? « Dans ton culte ! » a-t-on souvent été tenté de répondre, comme pour désamorcer avec une pointe d’ironie grossière les désillusions inévitablement accumulées au cours d’une non-carrière qui s’étale désormais sur plus d’un quart de siècle, et où les coups de génie ont souvent succédé à de longues plages de disette forcée. C’est bien l’un des artifices rhétoriques les plus communément employés dans l’exercice écrit de la réhabilitation critique que de feindre l’incompréhension devant l’échec de ces idoles méconnues : tel groupe, lit-on souvent, aurait-dû être énorme ; tel songwriter maudit, s’étonne-t-on encore, est inexplicablement passé à côté du succès mérité alors que d’autres, moins doués, ont fini par lui voler éhontément la vedette. La mauvaise foi a ainsi ses vertus propres quand elle permet de mieux restituer l’intensité de la passion en accentuant les paradoxes et les dissonances. Continuer « Liam Hayes, Mirage Garage (Weird Vacation) »

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Kevin Tihista : « J’aimerais bien être capable de ne pas tout foirer »

Rester fidèle à ce que l’on croit et ce que l’on ressent. Persévérer pour tenter de partager en quelques lignes un peu de l’émotion ressentie : en relisant les mots patauds que j’avais consacrés, à leur sortie, aux deux premiers albums de Kevin TihistaDon’t Breathe A Word (2001) et Judo (2002) –  je m’aperçois qu’il n’a sans doute jamais été question d’autre chose. Vingt ans plus tard ou presque, l’intensité du choc ne s’est pas estompée et, en découvrant il y a quelques jours à peine une nouvelle série de chansons – les premières publiées depuis 2013 – le désir d’en restituer les effets demeure tout aussi irrépressible. En alignant les mêmes superlatifs, en recourant aux mêmes comparaisons – Joe Pernice, Elliott Smith – dont on peut espérer qu’elles seront susceptibles d’éveiller l’attention de quelques-uns. Une seule chose a changé : il est désormais possible, par l’entremise de la technologie virtuelle, d’envoyer un témoignage de gratitude balbutiante à cet auteur rare et dont on ignore tout ou presque. Quelques banalités d’usage plus tard – « J’aime beaucoup ce que vous faites depuis longtemps. – Merci beaucoup, ça fait plaisir. » et autre badinage du même acabit – Kevin Tihista est donc en ligne depuis la banlieue de Chicago, vaguement étonné qu’on puisse s’intéresser à lui. Continuer « Kevin Tihista : « J’aimerais bien être capable de ne pas tout foirer » »