Xan Tyler & Dusty Stray, Home (Stereogum/Last Night From Glasgow)

C’est l’un de ces albums discrets, d’autant plus précieux qu’il finit par imposer sa présence sur le ton du murmure plutôt que de réclamer, à cor et à cri, une attention immédiate. Publié au mois de novembre dernier, Home n’a cessé, depuis, d’apparaître de plus en plus clairement comme une sorte d’antidote absolue au tapage. Issu d’une collaboration à distance et de plusieurs années entre l’autrice-compositrice d’origine londonienne Xan Tyler, désormais écossaise d’adoption, et Jonathan Brown, alias Dusty Stray, songwriter texan installé à Amsterdam, il condense avec une sobriété exemplaire l’essentiel des sentiments qu’ont trouvé à partager, inévitablement, ces deux exilés : la nostalgie d’un « chez soi » dont le manque ne cesse de s’amplifier à mesure que l’éloignement se prolonge et dont ne demeure plus que les souvenirs. Deux voix qui s’entremêlent, une toile de fond instrumentale dépouillée et quelques mots bien choisis : il n’en faut parfois pas davantage pour restituer la profondeur de cette intimité disparue. Et pour s’interroger sur le peu qui subsiste.

Xan Tyler / Photo : DR
Xan Tyler / Photo : DR

La plupart des chansons semblent ici débuter après la fin d’un générique. Leurs titres sont sans équivoque : The End Of A New Beginning, Last Words, I Should Have Said… Quelque chose s’est terminé sans que l’on parvienne à rassembler davantage que les bribes éparses de l’histoire. Qu’importe puisque les deux principaux intéressés semblent bien décidés à converser sereinement avec les spectres de leurs amours mal enterrées. Ils donnent ainsi à entendre ce fantasme, rarement compatible dans la vraie vie avec la réalité douloureuse des ruptures, d’un retour harmonieux sur le passé commun. Tout au long de ces dix morceaux – huit compositions originales et deux reprises de The End Of The World autrefois popularisée par Skeeter Davis et de True Love Will Find You In The End de Daniel Johnston – est question de regrets et d’ambivalence tenaces. Pourtant, c’est une impression d’harmonie qui domine, en permanence. Comme s’il était vraiment possible de revisiter ensemble des souvenirs parfaitement identiques alors même que les chemins se sont irrémédiablement séparés, en respectant l’alternance des temps de parole et de chant, avant que les voix ne communient. Ce sentiment d’apaisement tient beaucoup à la qualité formelle de ces chansons folk joliment arrangées mais aussi au talent des interprètes.

Xan Tyler tout particulièrement, dont la voix rappelle souvent celle d’Alison Statton – notamment dans ses collaborations avec Ian Devine – par sa simplicité apparente, les subtilités charmantes de ses inflexions et cette manière de laisser surgir les émotions sans les surligner ostensiblement. C’est tellement beau que l’on en vient à regretter que cela ne soit pas toujours possible. Le temps d’un disque, on se plait pourtant à y croire.


Home par Xan Tyler & Dusty Stray est sorti chez Stereogum / Last Night From Glasgow

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