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Musical Ecran 2020 : “French Game” de Jean-François Tatin

Assassin et NTM
Assassin et NTM

musical écran 2020Le rap français est en pleine séquence #BalanceTonRappeur avec des accusations contre Moha La Squale et Roméo Elvis, qui ne doivent pas faire oublier a contrario que Patrick Bruel et Luc Besson sont toujours considérés parmi le grand public comme respectables. Prolongement de la websérie documentaire Touche française de Jean-François Tatin écrite avec le multi-talentueux Guillaume Fédou (chanteur, journaliste et auteur), les 11 épisodes d’une durée de 5 à 7 minutes de French Game convoquent le renfort éditorial d’Azzedine Fall, ancien rédacteur en chef musique des Inrocks devenu juste après pour un temps directeur artistique d’une grosse maison de disques française, et de la voix off de Sophie Marchand de Radio Nova, en revenant sur autant de titres sortis entre 1990 et 2016, considérés ici comme emblématiques de leur époque. Bien sûr, il y avait déjà du rap en France avant 1990, mais minoritaire et quasiment invisible au niveau médiatique hors le magazine Actuel et sa Radio Nova autorisée en 1981. Les années 1990 vont consacrer l’hexagone comme le second marché du rap après les États-Unis. Pour une fois que la France n’est pas à la traine… Une situation somme toute surprenante que Tatin, Fall et Fédou ne se proposent pas d’éclaircir, et ne comptez pas sur moi non plus pour me lancer ici dans une telle entreprise. N’en déplaise aux amateurs de rap “conscient”, ou pour citer Teki Latex (attention spoiler : il précise dans l’épisode de French Game consacré à l’album Dans Le Club sorti par TTC en 2004 n’aimer aucun des termes suivants) “alternatif”, “intello”, “abstrait”, cet article va ressembler à une tentative d’egotrip. Pourtant, au niveau street credibility, son auteur s’approche du zéro, même si j’ai passé mon adolescence à Alençon, où est né et a grandi Orelsan, distingué par French Game pour le titre Bloqués des Casseurs Flowters en 2013 dont il faisait partie avec son acolyte Gringe. J’ai acheté les cassettes en 1990 des premières références de Suprême NTM, Le Monde de Demain, et MC Solaar, Bouge de là, les deux modules inauguraux de French Game.

Si aucun de ces artistes ne s’exprime pour l’occasion, d’autres intervenants complètent les images d’archives, dont le passage de Solaar dans Dimanche Martin. Pour des raisons confuses, j’ai interviewé sans en mener large Joey Starr et Kool Shen à la sortie de leur troisième album Paris Sous Les Bombes (1995) avec un camarade de la radio bordelaise Sauvagine (devenue Nova Bordeaux depuis) avant d’enchaîner avec Radiohead en Black Session (schizophrénie, quand tu nous tiens !). Enfin, en tant qu’attaché de presse de la maison de disques Delabel pendant un an en pleine explosion des ventes du troisième album L’Ecole du micro d’argent (1996), je suis une formation accélérée sur les affinités et inimitiés du rap français via l’album Sad Hill du marseillais DJ Kheops (1997) et ses multiples “featurings”, mais garde surtout un excellent souvenir d’une semaine passée dans les radios associatives de Lyon et Marseille début 1998 avec Oxmo Puccino et son manager de l’époque (peu après la sortie de son premier album Opéra Puccino), avec en prime une leçon de vie bien vue de la part de ce jeune homme de 23 ans.

Peu de temps après, la rédaction de mon nouvel employeur (la RPM, alors propriété du groupe de presse Hi-Média) partage les mêmes locaux que la radio rap Générations par où passe l’essentiel de la scène française avant le graal Skyrock. Réseau dont il est question dans French Game, avec un coup de griffe à Akhenaton et Emmanuel de Buretel, alors patron de Virgin, sur Je Reste Underground de Sheryo avec Ekoué, membre de La Rumeur, acheté en 2001 sur les bons conseils de Mouloud Achour. Akhenaton et Shurik’n s’expriment dans l’épisode de French Game où il est question de Demain C’est Loin sorti en 1997 par IAM, le troisième grand nom du rap français, historiquement à jamais le premier, au début de la décennie 1990. Sur Générations était aussi faite une large place en son temps au collectif parisien Time Bomb, distingué par French Game pour Les Bidons veulent le guidon, de ILL, archétype du tube “underground” en 1995. Oxmo Puccino et Booba, deux des membres de Time Bomb, sont ensuite chacun à l’honneur d’un épisode de French Game respectivement via les morceaux Peur Noire en 1998, avec Oxmo “vingt ans après”, et Boulbi en 2006 sans que Booba, qualifié de “puissant et gênant” par DJ AZF, s’y exprime. Entretemps, à la fin de l’épisode consacré à Doc Gynéco, où le gars Bruno Beausir s’exprime en toute décontraction, la traditionnelle reprise du titre célébré dans chaque épisode par un artiste de la nouvelle génération est, une fois n’est pas coutume, signée pour Viens voir le docteur par une interprète, Clara Cappagli, la voix du binôme électropop Agar Agar.

Le rap au féminin est illustré par un épisode de French Game autour du titre Pas à vendre de Casey sorti en 2006, préféré à l’un des succès de Diam’s, avec parmi les intervenant(e)s Pauline Duarte, directrice de Def Jam France, la plus grosse maison de disques de rap française et par ailleurs petite sœur de Gilles Duarte, plus connu sous le nom de Stomy Bugsy (elle s’exprime à ce titre dans l’épisode 4 sur Doc Gynéco). Côté “rap blanc”, TTC et Casseurs Flowters sont préférés à Vald ou Columbine et le “rap à cheveux longs” de SCH, Moha La Squale ou Lomepal ,carrément délaissé. Enfin, Autotune de Damso illustre l’ultime épisode de French Game plutôt que Jul ou PNL, sans doute d’abord parce que représentant de l’école belge (Roméo Elvis, Caballero & Jeanjass, Hamza voire Stromae) et ensuite pour son titre emblématique, repris ici par The Pirouettes. Chacun pourra trouver à redire sur le choix des titres retenus, surtout dans les années 2000, par Tatin, Fall et Fédou. Ceux-ci répondraient à coup sûr que si un budget leur permettait de tourner 50 modules, il y aurait déjà moins de récriminations. Le trio s’est attaché à retracer les grandes évolutions du rap français plutôt que de se focaliser sur des gros succès sans lendemain comme Simple Et Funky d’Alliance Ethnik en 1995, le lourdaud Ces Soirées-là de Yannick pourtant auparavant membre de la Mafia Trece en 2000, J’t’emmerde de MC Jean Gab’1 en 2003 ou bien la blague Marly-Gomont de Kamini en 2006, tous des tubes en leur temps. A contrario, un Disiz La Peste a bien réussi à exister au-delà de son J’Pète Les Plombs en 2000. Pour ma part, je me contenterai donc ici de regretter l’absence de l’insusable Tonton du Bled par le 113 en 1999, ne serait-ce pour saluer une fois encore feu DJ Mehdi, néanmoins évoqué lors du module consacré à TTC quand il est question des liens alors improbables entre rap et musiques électroniques. De la belle ouvrage qui ne demande qu’à être encouragée.

“French Game” de Jean-François Tatin est projeté Vendredi 11 septembre à 21h45 au Cinéma Utopia à Bordeaux dans le cadre du festival Musical Ecran organisé par Bordeaux Rock.
La websérie est également visible sur le site d’Arte. Mais comme nous sommes gentils, les voici ci-dessous.











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