LA PLAYLIST BEST OF 2023

Dernier tournant avant la fin de l’année, un petit cadeau pour ambiancer vos apéritifs du réveillon et / ou vos lendemains de cuite. Et Dieu seul sait s’ils seront confus, vu le chaos ambiant. Chez section26, tout ce qu’on peut vous promettre, c’est de continuer à défricher les terres fertiles de la pop moderne en 2024, quoi qu’il arrive. Santé et prospérité à vous tous, chers lectrices et lecteurs.

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NDLR : Les playlists sur les plateformes de streaming ne comportent pas l’intégralité des titres de cette sélection.

1. Yo La Tengo, Fallout (Matador Records)

Premier extrait du seizième album des amis d’Hoboken – le bien nommé This Stupid World – qui mêle à proportions égales improvisation frondeuse et cette formidable et confortable force de consolation, Fallout annonçait déjà un disque vital. EG

2. Sinaïve, Métier de vivre (Antimatière)

Fouler aux pieds la déontologie journalistique pour célébrer une fois de plus les jeunes gens de Sinaïve dont l’histoire croise Section26, Antimatière, Groupie, dans un désordre quasi familial… Et puis quoi encore ? Le rooock, mesdames et messieurs. RS

3. Eternal Dust, Candy (Lulu’s)

VDPJ

4. Bar Italia, Nurse! (Matador Records)

Si le mystère qui entoure ces proches de Dean Blunt peut faire penser à un coup marketing fumeux, la qualité des titres de Bar Italia et de leurs concerts prouvent tout le contraire. Pour preuve, ce Nurse! à la coolitude absolue et aux accents post-punk semble loin de la pose de bon nombre de leurs confrères. DJ

5. Ulrika Spacek, If The Wheels Are Coming Off, The Wheels Are Coming Off (Tough Love Records)

Le nouvel album d’Ulrika Spacek s’inscrit dans la même veine que le récent album solo de leur leader, Astrel K. Et c’est une excellente nouvelle. DJ

6. Lael Neale, I Am the River (Tough Love Records)

Lael Neale augmente le tempo pour ce single qui fascine malgré sa colonne vertébrale fragile. Elle réussit l’exploit de contrebalancer la monotonie apparente du morceau par une ligne de guitare entêtante. DJ

7. Terry, Gold Duck (Upset the Rhythm)

Un quatrième album pour les Melbourniens de Terry ! Harmonie bancale parfaitement punky à fond synthétique new wavy, le canard est doré et casse tout pour l’année du lapin. PN

8. Sweeping Promises, Eraser (Sub Pop / Feel It Records)

Groupe du Kansas méconnu et pourtant signé chez les excellents défricheurs Feel It et les légendaires Sub Pop. La recette du succès est simple : un tandem basse-batterie métronomique, des touches électroniques minimalistes, une guitare dans les aigus et une voix qui porte. VDPJ

9. Exek, It’s Just a Flesh Wound, Darling (Foreign Records)

Exek, formation prolifique et touche-à-tout de Melbourne, capable de post-punk anguleux comme de sonorités plus électroniques et pop. It’s Just a Flesh Wound, Darling rappelle ce que le groupe pouvait faire sur son troisième album. Chanson cosmique, refrain entêtant, tout simplement tubesque ! VDPJ

10. Balladur, Ça m’a tellement manqué (Carton Records / Le Turc Mécanique / Another Record)

Quatre ans après La Vallée Etroite, le duo composé d’Amédée et Romain revient avec un quatrième album paru chez Carton Records et Le Turc Mécanique. Ça m’a tellement manqué transpire l’été et les levers de soleils après de douces soirées arrosées. VDPJ

11. Don Idiot, 100 nuits sans toi (Arvo)

Eh oui, il nous arrive même de nous lire entre nous chez Section26, et d’être convaincu : Baptiste Fick nous a aiguillé vers Don Idiot, nouveau visage de ces obscurs génies d’ici, sans cesse renouvelés, qui conjugue fort bien accords du Velvet et littérature toute perso. « Je brûle toujours, je brûle toujours, à la recherche de mon amour ». Pas si bête, le Don. RS

12. Joanna Sternberg, I’ve Got Me (Fat Possum Records)

Cela faisait longtemps que je n’étais pas tombée sous le charme d’un disque aussi délicat, poignant et honnête dans l’expression des joies ou des peines de l’existence. Pour son deuxième album intitulé I’ve Got Me, l’artiste new-yorkais.e Joanna Sternberg évoque évidemment Kymia Dawson, mais également The Magnetic Fields, Carole King ou Loretta Lynn, avec une humilité et un talent remarquable. PR

13. Cat Power, Desolation Row (Live at the Royal Albert Hall) (Domino Records)

Michel-Ange a repeint L’Annonciation de Fra Angelico et la lumière est la même, pourtant. CC

14. PJ Harvey, A Child’s Question, August (Partisan Records)

Après une incursion plus ou moins réussie dans les affaires du monde et ses affres, la recluse du Dorset présente un nouvel album qui semble revenir à une corde sur le jeu poétique et savant de la voix. PN

15. Slowdive, Skin in the Game (Dead Oceans)

C’est vrai : d’ordinaire, je n’aime pas les reformations – ou peut-être que j’admire surtout les groupes qui ne se reforment pas, parce qu’ils ne veulent pas récrire l’histoire, quelle qu’elle soit. Heureusement, quelques exemples me donnent tort et Slowdive est bien sûr de ceux-là. Le groupe mené par Neil Halstead et Rachel Goswell prend surtout son temps de puis son retour en 2014. Six ans après son quatrième album, le quatuor a publié le 1er septembre Everything Is Alive, un disque qui devrait séduire les admirateurs (dont je fais partie) de Souvlaki (30 ans !). Skin in the Game érige une nouvelle fois la mélancolie en idéal (for Living). CB

16. Blonde Redhead, Snowman (Section 1)

Kazu et le jumeaux Pace seraient-ils parvenus à livrer l’album de variét’ expérimentale après lequel ils couraient depuis 20 ans ? Snowman et sa mélodie impeccable laissent rêveur. On retrouve des frissons oubliés. XM

17. Sparklehorse, Evening Star Supercharger (ANTI- Records)

Il aura fallu quatorze ans pour enfin entendre les bandes de l’album sur lequel travaillait Mark Linkous avant qu’il ne mette fin à ses jours. Si le résultat, retravaillé par ses proches, sonne parfois trop propre, on ne cache pas l’immense joie de retrouver le sens mélodique imparable de Linkous, comme le démontre Evening Star Supercharger. DJ

18. Wilco, Cousin (dBpm Records)

On a rarement entendu Tweedy et ses sbires aussi proches du Velvet Underground. EG et PN

19. Robert Forster, She’s a Fighter (Tapete Records)

Cette chanson fantastique peine pourtant à donner un aperçu d’à quel point le nouvel album de Robert Forster (The Go-Betweens) est fantastique, et c’est peu de l’écrire. Les circonstances de sa réalisation redonnent aussi un peu de perspective. Hier et demain ne sont qu’aujourd’hui, semble-t-il. CC

20. The Lemon Twigs, In My Head (Captured Tracks)

In My Head convoque les Beach Boys mais rappelle aussi furieusement les meilleurs groupes powerpop 90’s/00’s (Pernice Brothers, Teenage Fanclub, Cotton Mather…). Magnifique ouvrage. AGF

21. Cut Worms, I’ll Never Make It (Jagjaguwar)

Je ne me lasserai jamais de vanter le talent de Max Clarke qui, s’il était né cinquante ans plus tôt, serait – j’en suis sûre – une légende de la pop. Quelle force mélodique ; quel groove. CG

22. Jim O’Rourke, A Man’s Mind Will Play Tricks on Him (Drag City)

On trouve au générique du film Hands That Bind rien de moins que Will Oldham. C’est un autre génie stationnaire, Jim O’Rourke, qui en signe la musique. Possible album de l’année. EG

23. Grian Chatten, The Score (Partisan Records)

Petit tour de passe-passe occulte pour le frontman du groupe irlandais qui se lance en solo (gageons que ce ne soit qu’une passade), convoquant trois esprits défunts. Kurt Cobain, Nick Drake et Syd Barrett se retrouvent sur la planche de ouija, tous timides à l’heure du thé. EG

24. James Blake, Asking to Break (Polydor / Republic Records)

« Titre d’ouverture de l’album » aka titre d’ouverture de cervelle pour accueillir l’immense Playing Robots Into Heaven, nouvel avatar de James Blake en, de nouveau, sauveur des mondes. Une idée de paradis en acte, un des chédeuvrabsolu de l’année. CC

25. Anohni and the Johnsons, It Must Change (Secretely Canadian)

Anohni pleine lenteur invoque Marvin Gaye dans ce titre plein de douceur et d’âme. C’est effectivement d’une papesse dont nous avons besoin en ces temps mornes, pour trouver dans la profondeur des litanies soul « ce qui doit changer ». PN

26. King Krule, Seaforth (Matador Records)

King Krule est de retour, toujours tranquille, toujours peinard, moins déphasé qu’à l’accoutumé peut-être sur ce premier extrait de son quatrième album, Space Heavy, au titre absolument trompeur apparemment puisque le résultat est une ballade légère et terre-à-terre, au psychédélisme feutré et intérieur. EV

27. Helena Deland, Swimmer (Chivi Chivi)

Triste et beau, avec ces embardées subtiles qui font qu’une chanson n’est pas un décor. Helena Deland a fermé pour quelques minutes quelques-uns des tiroirs de son éclectisme en attendant, en suspens. CC

28. Studio Electrophonique, David and Jayne (autoproduction)

david and jayne: the cassingle de studio electrophonique

Perdu de vue depuis mars 2022, James Leesley, alias Studio Electrophonique, revient sur la pointe des pieds avec un single réalisé en format cassette – mais pas chez ses protecteurs historiques de Violette Records. Pourtant, on retrouve par la même occasion Jayne, l’héroïne (no pun intended, quoique…) de l’une de ses premières chansons, qui vit son quotidien de petits riens avec David. Alors on ne sait pas si lui est banquier et si elle est greffière, mais la guitare qui chuchote et l’orgue qui berce accompagnent avec une sobre élégance l’une de ces mélodies douce-amères dont seul James semble avoir gardé le secret… À siffloter le sourire aux lèvres. CB

29. Angelo De Augustine, Another Universe (Asthmatic Kitty Records)

A Beginner’s Mind, la collaboration d’Angelo de Augustine et de Sufjan Stevens, était l’un des plus beaux albums de 2021. Angelo revient en solo avec ce qui pourrait en être la suite : Toil and Trouble, du premier à son dernier titre, n’est que douceur et réconfort. CG

30. Blur, The Narcissist (Parlophone)

C’est rassurant. À l’heure où les nouvelles précèdent parfois l’événement qu’elles sont censées annoncer, Blur avait gardé le secret de ce neuvième album paru le 21 juillet, The Ballad Of Darren. The Narcissist est une nouvelle preuve du don d’ubiquité de Damon Albarn : mélodie joliment désabusée pour porter une chanson en montagnes russes pop où la mélancolie est une vertu et les émotions, comme dans la vraie vie. Tant et si bien que l’addiction guette. CB

31. The Waeve, Kill Me Again (Transgressive Records)

2023 aura été l’année de Graham Coxon, que ce soit au sein de Blur, son groupe historique, ou bien de The Waeve, projet beaucoup plus personnel qu’il mène avec sa talentueuse compagne, Rose Elinor Dougall. Malgré sa noirceur, leur album éponyme est un classique instantané, où les synthés et les guitares fricotent avec un saxophone à la limite du free jazz. Mais ce que l’on retiendra surtout, c’est un sens inné de la mélodie légèrement tordue et ces deux voix qui se répondent avec une complicité déroutante. DJ

32. MEMORIALS, Tramps! (The state51 Conspiracy)

Un projet réunissant Verity Susman (Electrelane) et Matthew Simms (Wire, Better Corners) ne pouvait laisser indifférent. Et c’est carrément un double LP qui sort, Music for Film: Tramps! & Women Against the Bomb, un collage de musique pop, psyché, post-punk, bruitiste et de protest songs pour accompagner les deux films… Immersion sonore réussie. CM

33. Yeule, Dazies (Ninja Tune)

La musicienne et productrice de Singapour a dévoilé Dazies, dont le riff d’ouverture suffit à nous convaincre. C’est tout en variations d’intensité, en ruptures rythmiques ; étonnamment très nineties. CG

34. Zzzahara, Girls on SSRIS Don’t Cry (Lex Records)

C’était vers 2007 – juste avant ou juste après peut-être – et j’avais décidé que les meilleurs groupes britanniques étaient en fait américains. Parmi eux, Minks avait fait les choses en grand : des chansons qui auraient dû être des hits intemporels (Painted Indian dans le rôle du I Melt With You du XXIe siècle) et une reprise de Felt – c’est dire… Avec ce nouveau single, Zzzahara – projet de l’hyperactif.ve guitariste Zahara Jaime (aussi présent.e au sein de Eyedress, U.S. Velvet ou The Simps – dont Coralie Gardet a déjà vanté les mérites par ici) ravive le souvenir du duo new-yorkais : sur fond de guitares virevoltantes et d’une basse rebondissante, la mélodie a ce pouvoir dingue de nous rendre nostalgiques d’une époque qu’on n’a pas vécue. Frais et faussement léger, c’est un hit pour l’été. Et bien plus si affinités. CB

35. Getdown Services, Come on (Breakfast Records)

Un nouveau single 100% addictif de nos deux lads et le mieux est de leur laisser la parole : « This tune is a couple years old now. We were on a big 80’s hype back then, churning out stuff that was like Robert Palmer if he was absolutely shite. This song stood out tho and we finally got round to recording the vocals a couple weeks ago (…). It is about realizing that we often feel like our best selves when we’re sitting about doing fuck all, talking absolute caca for hours and eating seriously loads of crisps. There’s no shame in it. Crisps are lovely ! Come on ! ». CM

36. Flavien Berger, Berzingue (Pan European)

Classique instantané de l’ultra-modernité qui fiche la trouille (ce clip d’IA dérangée, pléonasme), ce « clic clic clic clic clic » de Berger qui nous laissait froid jusque là claque un strike direct dans nos mirettes, avec ce motorik en fractal qui obsède en deux millisecondes. RS

37. Melenas, Dos Pasajeros (Trouble In Mind / Mushroom Pillow)

Si Bang, le précédent single du troisième album des épatantes Navarraises, montrait à nouveau à quel point le gang des quatre de Pampelune excelle dans la rythmique robotique et les harmonies hypnotiques sur fond de synthés analogiques. Dos Pasajeros rappelle que Melenas sait aussi habiller la mélancolie avec une rare élégance. Comme une petite sœur de l’inusable Una Voz (la chanson avec laquelle tout a commencé par ici), Dos Pasajeros et sa mélodie douce-amère s’écoutent en boucle, les yeux dans les vagues et les pensées qui vagabondent. CB

38. Holy Wave feat. Estrella del Sol, Happier (Suicide Squeeze Records)

Les Texans convient leur amie du groupe mexicain Mint Field sur la chanson phare de leur nouvel album, Five of Cups. Une première partie au rythme soutenu laisse place à une conclusion onirique, toute en nappe de synthés et chant éthéré. CG

39. En Attendant Ana, Principia (Trouble in Mind Records)

Un troisième album réussi pour le groupe parisien, en témoigne cette irrésistible chanson qui ne vous lâche plus. CM

40. Cindy, Earthly Belonging (Tough Love Records)

Le quatuor californien continue à nous enchanter avec ce nouvel album saturé de pop lumineuse et ciselée. CM

41. Special Friend, Bête (Skep Wax / Hidden Bay / Howlin’ Banana Records)

Un an après leur premier album, le duo Special Friend continue son petit bonhomme de chemin : une pop cristalline, un clavier astral, des voix qui se croisent si bien. VDPJ

42. Teenage Fanclub, I Will Love You (Merge Records)

La réforme des retraites, c’est toujours FUCK OFF. EG

43. Lana del Rey, A&W (Polydor / Universal Music Group)

Pendant longtemps je n’ai pas trop su quoi penser de Lana del Rey, probablement parce qu’il n’y a pas grand intérêt à avoir un avis à propos de celle qui a su s’imposer dans les cœurs de beaucoup grâce à un envoûtement qui n’appartient qu’à elle. A&W est le deuxième single de l’album paru le 24 mars, Did you know that there’s a tunnel under Ocean Blvd, et se pose là, comme on dit, dans une sorte de sincérité brutale à laquelle il est difficile de ne pas céder. Joyau à deux facettes, face pop, face trap, qui disent à peu près la même chose et saura tordre les viscères de celles et ceux qui ont vécu les coups de la mélancolie désabusée avec laquelle Lana sait si librement composer. PN

44. A Certain Ratio feat. Ellen Beth Abdi & Chunky, Waiting on a Train (Mute Records)

A Certain Ratio n’est pas le genre de « vieux » groupe qui se contente de rejouer ses anciens albums (non, je ne nommerai personne !), ils continuent de composer avec passion et intérêt pour les jeunes musiciens – deux artistes mancuniens en featuring sur ce morceau. Comme l’a dit Chris Hawkins sur BBC Radio 6 Music : « Ce qui est prévisible à propos d’ACR est notre imprévisibilité ». Leur nouvel album, 1982, tape fort et juste. CM

45. André 3000, Ants To You, Gods To Who ? (Epic Records)

Sans doute le virage le plus sidérant dans la carrière d’un rappeur, celui de la moitié d’Outkast, André 3000. A des années lumière des frasques du passé, il s’est entiché d’une flute hyper moderne pour ce disque stupéfiant entre ambient et new age. Et ça marche ! Parfois à la limite du ridicool, mais avec suffisamment d’intensité pour convaincre totalement au final. TS


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