Joni Île – Chercher la lumière

Joni Île
Joni Île

Dans ce métier, on n’est jamais à l’abri d’un coup de foudre, c’est même pour ça qu’on écoute inlassablement, et qu’on écrit. Aimer, aimer aimer et essayer de faire aimer. Mais la magie est capricieuse, elle arrive souvent quand on ne la cherche pas vraiment et que bim, tout s’éclaircit d’un coup, dans l’imprévu. J’échangeais, il y a quelques jours, avec Alex Mélis du groupe Pauvre Glenda dont on reparlera ici évidemment, en début d’année prochaine, quand sortiront les délicieux enregistrements de leur pop à guitares et aux arrangements précieux qui font les beaux jours de notre Section 26. “Si tu aimes le chant sur notre Sitcom, tu devrais écouter Joni Île, le projet solo de Marion”, me dit-il.

Ce que je fis, et je le fis bien, les deux courts EP parus discrètement en cette année 2020, What If I Do (en février) et I’ll Be Searching For Light (en octobre), en boucle jusqu’au soir (et le matin suivant, et le jour suivant et…) Comment expliquer que cette folk enregistrée en apparence avec des bouts de ficelle m’ait fasciné autant ? L’humeur du moment sans doute, mais pas que, loin s’en faut. Une première réponse vient sans doute d’une vraie profondeur de champs dans la production, avec des idées qui emballent et surprennent à chaque chanson : des guitares soignées, des pianos évocateurs, des instruments magnifiquement emballés (des flutes, des harmonicas). Le reste est une évidence : cette voix légère mais vivante qui porte des mots anglais, des mots d’un amour perdu sans doute, d’une intensité toute fragile, mais pas tant que ça, avec une gravité profonde (des échos de la grande Nico quand même). Quand la chanteuse ose le français (St Paul), c’est encore tout un autre monde qui ouvre ses portes : “Les yeux mouillés, marée instable. J’ai dans la tête un château de sable. En plein Paris le moral étroit, Heureusement, nul ne le voit et nul ne m’entend.” Une magie au final qui a aussi ce fort pouvoir de résurrection : elle réanime des formes qu’on pensait exsangues et sans avenir, d’un coup de baguette. Celle de Joni Île. Entretien. “Shh”.

J’ai découvert ta voix sur le très beau morceau Sitcom de Pauvre Glenda. Comment s’est faite la connexion avec ce groupe ? As-tu écrit les paroles de Sitcom ?

Marion : J’ai rencontré Alex au centre culturel de Lesquin et la connexion s’est faite lors de la soirée Twin Peaks qui avait été organisée dans ce même lieu où des musicien.nes de la région étaient invités à venir jouer les thèmes musicaux de la série.  Il m’avait envoyé un message par la suite pour me demander si ça m’intéresserait de chanter sur une chanson qu’il avait faite. Et voilà. Je n’ai malheureusement pas écrit ces belles paroles, c’est Alex qui a tout fait !

Contrairement à cette chanson, tes deux EP parus cette année sont chantés en anglais (sauf une chanson). Quel est ton environnement musical, tes influences, qu’est-ce qui t’a donné envie de jouer cette folk très intimiste et pourquoi ce choix de l’anglais ?

En anglais, j’ai l’impression d’être plus en accord avec qui je suis. J’utilise des mots plus simples et directs, alors qu’en français, j’ai tendance à me perdre dans des métaphores ou des phrases qui se veulent poétiques mais qui en réalité n’apportent rien au sujet que je traite dans la chanson. C’est la sensation que j’ai du moins. Mon environnement musical actuel est fait d’indie pop ou indie rock principalement. Je berce mes journées en écoutant Adrienne Lenker, Courtney Barnett, Hand Habits, Daniel Johnston, Velvet Underground. Récemment, j’ai commencé à écouter Yo La Tengo que j’aime beaucoup. Je crois que c’est pour cette raison aussi que j’écris facilement en anglais, j’écoute principalement des groupes anglo-saxons. Le lo-fi pour moi c’est un des styles les plus « humanisés » parce qu’il présente des imperfections qu’on a, il nous invite à montrer nos failles, et j’aime cette manière de s’exprimer le plus simplement possible sans essayer de se la raconter. Ça me permet aussi de me vider la tête sans trop me prendre la tête.

Comment choisis-tu de chanter en anglais ou en français? Le texte pré existe-t-il à la mélodie dans ce cas? Ou c’est une question d’atmosphère?

Comme j’aime réfléchir parfois en anglais ou en français, des phrases me viennent. Si une phrase me vient en anglais, j’en fais une chanson avec des paroles anglaises et pareil pour le français. Pour St Paul, j’étais sur Paris quand je l’ai écrite et cette chanson était destinée à une personne française donc ça a dû influencer l’écriture. Et je crois que c’était une période où j’écrivais plus facilement en français aussi. Souvent, pour les chansons, une phrase me vient avec une mélodie et ensuite je pose les accords dessus. C’est valable pour les deux langues.

Tu joues de la guitare électrique et il y aussi du piano, lequel des deux est ton instrument de prédilection ?

Je suis beaucoup plus à l’aise à la guitare, mais j’aime bien tester certaines chansons au piano car ça change un peu l’atmosphère du morceau.

Je voulais savoir l’origine de ce “shhh” qui ponctue parfois tes phrases dans certaines de tes chansons ?

il n’y en a aucune… ça m’est venu naturellement quand je travaillais St Paul et je l’ai gardé parce que j’aimais bien ; des gens entendent ça comme étant des “chut” comme si je disais un secret, mais je vois surtout le “shhh” comme un rebondissement qui donne une dynamique en plus. Je crois que j’avais testé plusieurs onomatopées sur St Paul, dont le “youh!” que j’aime aussi beaucoup mais que je n’ai pas encore réussi à placer dans une chanson.

Es-tu originaire du Nord, des Hauts-de-France ? 

J’habite dans la métropole Lilloise, je pense qu’une des choses de la région qui influence ma musique c’est la proximité de l’Angleterre. On a aussi une belle scène musicale avec pleins d’artistes inspirant.es et des lieux qui proposent des concerts de qualité.

Ton dernier EP est très joliment présenté, avec une de tes peintures, des fleurs dessinés à même le support carton, que représente pour toi l’objet, es-tu attachée à un support musical particulier ?

Oui, les peintures sont de ma sœur Margaux, on a décidé de faire un bouquet de fleurs car pour moi, c’est le symbole du cadeau que l’on offre à une personne à laquelle on tient. Avec le label Title Records, notre idée était de faire une pochette d’album faisant penser à un colis. Dans mon EP, je m’adresse à mes amis (qui me manquent) et c’est un message que je leur envoie avec une promesse de se revoir bientôt ici ou là.

Compterais-tu te produire en public si les conditions s’amélioraient ? Quel est ton rapport avec cette idée de se produire devant des gens ?

Oui, même si les concerts me font toujours très peur, j’aimerais beaucoup pouvoir en refaire. J’en ai fait quelques-uns, une vingtaine je pense… (Des festivals, des bar-concerts, des tremplins) Et je n’ai que de bons souvenirs ! Mon dernier était mi-septembre à Paris, d’autres étaient prévus en octobre et novembre mais malheureusement, on n’a pas pu les maintenir…

As-tu prévu une suite à ton prochain EP ? As-tu d’autres ambitions en matière d’arrangements par exemple ? 

J’ai des textes ou mélodies dans ma tête qu’il faut que je développe… Je pense que ce sera pour dans un an. J’aimerais faire quelque chose de plus abouti la prochaine fois, avec plus d’instruments / de matière. Faire de la musique me permet de garder un équilibre émotionnel presque idéal.

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