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Jessy Lanza, All The Time (Hyperdub)

Dans l’écurie Hyperdub (Burial, Darkstar…), Jessy Lanza occupe une place assez singulière. Si ses albums respectent dans leur ensemble la doxa dubstep inhérente au fameux label anglais, la canadienne y insuffle une attitude pop voire R&B rendant le genre d’autant plus accessible et attractif. Initialement prévu pour ce début d’année, la crise sanitaire aura retardé comme de nombreux autres la sortie de ce troisième long format et complètement chamboulé le programme promotionnel associé. En pleine tournée, brutalement arrêtée, la chanteuse et productrice s’est depuis mars confinée en Californie. Elle ne pourra donc pas présenter ses dix nouvelles compositions sur scène, exercice où il faut voir ce bout de femme défendre avec quelques machines ses chansons avec une aisance et une présence communicative assez rares pour être relevées. Toujours réalisé à quatre mains avec le fidèle compatriote Jeremy Greenspan, moitié des géniaux Junior Boys, All The Time n’affiche pas de surprise marquante au niveau du travail sonore et voit la paire perpétuer les productions haute-fidélité à la minutie chirurgicale telles que déjà expérimentées sur son précédent effort (le très recommandé Oh No, 2016) ou sur le dernier album du duo canadien (Big Black Coat, 2016). Les sources d’inspiration sont néanmoins sensiblement plus variées et l’ambiance globalement plus introspective. Anyone Around, titre introductif en parfaite continuité des œuvres précédentes est une belle entrée en matière, tout en basses synthétiques obliques délicieuses.

Lick in Heaven, un mid-tempo discoïde ultra catchy joue pleinement, pour notre plus grand plaisir, avec la frustration de l’auditeur, délivrant quand bon lui semble son refrain tournoyant et sa ligne de basse addictive. La native de l’Ontario paie également enfin son tribut (Alexander, Ice Creamy) avec subtilité et ferveur aux girls-band R&B américains des nineties (TLC, SWV, etc.) qu’elle ne se cache pas de vénérer et affiche ailleurs un amour toujours immodéré pour la pop synthétique et fureteuse des années 80 (Like Fire, Badly). Le titre Face, ses scansions rythmiques saccadés et ses vocaux hachurés, constitue quant-à-lui la caution dubstep indiscutable d’un disque qui, s’il ne comporte pas comme ses prédécesseurs d’anthems aptes à retourner un dancefloor (Keep Moving ou encore It Means I Love You), confirme avec aisance les capacités de son auteur à délivrer une électro-pop à l’élégance ouatée, une très belle collection de pop-songs électroniques profondément modernes et enthousiasmantes.

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