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Josephine Foster : Heure d’Hiver

Josephine Foster
Josephine Foster

A quelques jours de Noël, le label Fire réédite All the Leaves Are Gone, le premier album de Josephine Foster & The Supposed. Daté de 2004, cet album souvent génial et ravagé par une fièvre psychédélique sans équivalent dans la discographie de la chanteuse, apparaît toujours, quinze ans après sa sortie, comme l’un des plus grands disques d’acid folk des années deux mille.
Depuis une quinzaine d’années, Josephine Foster construit patiemment l’une des œuvres les plus singulières de la musique américaine contemporaine. Oscillant le plus souvent entre country atemporelle et songwriting classique fleurant bon l’esprit des standards de Tin Pan Alley, cette musicienne hors norme ne cesse de serpenter d’un registre à l’autre, alternant sans la moindre difficulté acid folk et lieder romantique allemand (1), chansons traditionnelles espagnoles (2) et adaptions chantées de poèmes d’Emily Dickinson (3). Continuer « Josephine Foster : Heure d’Hiver »

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Playlist : « Le pire Noël » de Sufjan Stevens

Avec cent-un titres de Noël à notre disposition dans la très grande discographie hivernale de Sufjan Stevens, nous avions des dizaines de possibilités pour créer un disque idéal, une variation au sein même du projet.

On aurait aussi pu proposer un classement ou une note sur tous les EP qui composent les deux coffrets de 50 chansons chacun que sont Songs for Christmas et Silver and Gold. Nous aurions aussi pu écrire combien chacun de ces EP — un par an pendant dix ans — témoignait de l’évolution stylistique de l’auteur-compositeur. Il aurait aussi fallu raconter la petite histoire derrière le cent-unième titre, Lonely Man of Winter, que l’on a découvert que récemment après qu’il fut cédé à un fan qui en avait l’exclusivité durant des années. Continuer « Playlist : « Le pire Noël » de Sufjan Stevens »

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Comateens : Manhattan Transfert

Comateens
Comateens

C’est l’histoire de la France, terre d’asile. C’est l’histoire d’artistes dont l’Hexagone s’entiche, dans la foulée de journalistes et de chanteurs frenchy but chic. C’est une histoire qui commence à New York, à la toute fin des années 1970. C’est le New York de tous les possibles, le New York des quartiers où on ne fout pas les pieds, le New York des Guerriers de la Nuit, le New York où l’on croise des (plus ou moins) jeunes gens inspirés par Rimbaud, Warhol, Genet, Verlaine, Godard, Kerouac, le Velvet, Ginsberg, Roxy, Truffaut, Bowie… C’est le New York de Patti, Debbie, Basquiat, de la no-wave, de la disco qui fait battre les corps, des jeunes femmes qui se rêvent stars, d’artistes qui s’exposent dans les rues… C’est 1978. L’automne. Nicholas, né Dembling, se surnomme North et s’acoquine avec Ramona Jan pour explorer un rock ascétique, une pop minimaliste. Ils enregistrent quelques originaux, une reprise d’un morceau de Bowie, font appel à un batteur mais lui préfèrent les services d’une boite à rythmes – oui, comme Suicide. C’est alors que Lyn Byrd (née Billman) entre en jeu, une jeune femme qui cultive le mystère derrière ses Wayfarer : elle gère ladite boite sur scène puis se glisse derrière un synthétiseur. Il y a un single autoproduit, une apparition sur une compilation qui eut son quart d’heure de gloire, Marty Thau Presents 2 x 5 (cinq groupes chantent deux chansons chacun, simple à comprendre) et dont le sous-titre était sans équivoque : New York – New Wave. Et puis, Ramona décide de partir alors que le couple – à la scène mais aussi à la ville – accueille en avril 1980 le petit frère de Nic à la guitare, le prénommé Oliver. Continuer « Comateens : Manhattan Transfert »

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Blindtest : Ezra Furman

Ezra Furman
Ezra Furman

Avec huit albums en douze ans — si l’on compte aussi ses trois albums réalisés sous le nom d’Ezra Furman & the Harpoons, entre 2007 et 2011 –, Ezra Furman est assurément l’un des songwriters rock les plus prolifiques de ces dernières années. Auteur d’une pléiade de chansons aussi mémorables que I Wanna Be Your Grilfriend, Driving Down to L.A. ou I Killed Myself But I Didn’t Die, de brillants mélodrames pop aux accents subtilement fassbindériens, Furman est aussi, avec Ty Segall, l’un des rares songwriters contemporains à avoir su faire souffler un vent de fraîcheur sur un rock classique et soigneusement référencé qui, chez lui, ressemble à un étrange compromis entre le Bowie de Diamond Dogs (1974) et le Springsteen de Darkness on the Edge of Town (1978).
Il y a quelques semaines, en marge de son excellent concert à La Maroquinerie, où il était venu présenter Twelve Nudes, son sixième album solo qui lorgne ostensiblement du côté de ses héros punks, Ezra Furman acceptait de se plier à l’exercice du Blind Test et d’évoquer, à la fois, certaines de ses influences, son œuvre passée et la nature particulière de ses engagements politiques. Continuer « Blindtest : Ezra Furman »

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Adam Green, Engine of Paradise (30th Century Records)

Le monde de l’art est injuste. Quand tant de musiciens besogneux peinent à accoucher d’une seule chanson valable dans toute leur carrière, d’autres, insolemment doués, publient régulièrement des disques entiers de classiques instantanés, sans même avoir l’air de se forcer. C’est le cas d’Adam Green. Avec Engine of Paradise, son dernier album tout de grâce et de légèreté, le New-Yorkais confirme une fois de plus son appartenance au club très fermé des authentiques songwriters.

Si les cultissimes Moldy Peaches, son premier groupe, ont été les porte-étendards de l’antifolk, genre emblématique d’une certaine époque, Adam Green est plus difficilement classable dans une catégorie définie. Il suit sa propre voie, en dehors des modes et des tendances. Il fait partie de ces artistes « inactuels » dont la personnalité et l’univers s’avèrent assez singuliers pour ne pas avoir besoin de se fondre dans un moule préexistant. Continuer « Adam Green, Engine of Paradise (30th Century Records) »

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David Pajo, 1968 (Drag City, 2006)

David Pajo, 1968Pourquoi lui plutôt qu’un autre ? Peut-être pour les quelques souvenirs qu’il m’avait laissés ou bien parce que ce soir, je n’(en) attendais pas grand-chose si ce n’est des moments de beauté qui viendraient se glisser entre les silences. Pourquoi l’avoir acheté à l’époque d’ailleurs ? Sûrement la pochette et les quelques histoires que j’avais lu sur lui. Ou peut-être ces mots lus récemment – « ….simplicité qui donne de la profondeur. » – ces mots qui m’ont fait penser à Bark PsychosisHex (1994)- , SlintSpiderland (1991)-, puis qui m’ont donné envie de. Tout ça, ce ne sont que des questions qui ne méritent pas de réponses. Continuer « David Pajo, 1968 (Drag City, 2006) »

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Moon Duo : Révolution disco

Sanae Yamada Ripley Johnson Moon Duo
Sanae Yamada et Ripley Johnson, Moon Duo

Deux ans après le remarquable Occult Architecture, diptyque aussi fascinant que bizarrement clivant, Sanae Yamada et Ripley Johnson, les deux cerveaux de Moon Duo, reviennent aujourd’hui avec Stars Are the Light, un sixième album très réussi qui, tout en faisant tourner les boules à facettes d’une disco universelle largement fantasmée, élargit spectaculairement le champ du nouveau rock psychédélique que le duo façonne patiemment depuis 2010. Pour cela, Moon Duo a choisi de prendre un surprenant virage électro-pop, délaissant d’un coup les références appuyées à Suicide et Spacemen 3 pour mieux se rapprocher de sonorités discoïdes qui tranchent singulièrement avec tout ce que le groupe a pu produire jusque-là. Continuer « Moon Duo : Révolution disco »

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Guerilla Toss, What Would The Odd Do? (NNA Tapes)

Pochette de Guerilla Toss, What Would The Odd Do?Une décennie que Guerilla Toss se démène dans son coin, ne sachant jamais tout à fait où mettre le curseur entre noise rock mal fagoté et art pop cinglé. Recruté chez DFA en 2015 où il a déjà signé une poignée d’albums, le groupe américain est exceptionnellement de retour sur son label originel NNA Tapes pour un EP cinq titres aux allures de nouvelle réinvention. La porte d’entrée idéale pour ceux qui avaient raté les chapitres précédents. Et il faut dire que What Would The Odd Do? donne terriblement envie de (re)faire connaissance avec le quintet, celui-ci balançant coup sur coup une série de missiles dance-punk irrésistibles et farfelus. Continuer « Guerilla Toss, What Would The Odd Do? (NNA Tapes) »