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Selectorama : J’Aime

Jaime Cristóbal alias J’Aime

C’est à se demander pourquoi nos routes ne se sont pas croisées plus tôt. Sans doute par la faute de mon manque de curiosité. Parce qu’en plus de porter comme nom mon prénom en version castillane et d’habiter non loin du berceau familial, Jaime Cristóbal a le profil des auteurs, compositeurs, musiciens, arrangeurs et / ou producteurs que j’aime plutôt bien – comprendre j’adore. Non content d’écrire de belles chansons, il aime écouter celles des autres et en parle plutôt bien (c’est à ce moment-là que je me dis que son nom d’artiste, il ne l’a pas choisi juste pour le jeu de mots). Il est, à l’image d’un Bob Stanley de Navarre, un mélomane compulsif dont on sait déjà que la curiosité de sera jamais rassasiée et qui prend à cœur son rôle de passeur… C’est un peu par hasard que j’ai découvert en début d’année l’une des chansons de son premier album solo, Love And Squalor, paru en mars dernier sur le label espagnol Jabalina Música, et ça a été le coup de foudre : avec sa boîte à rythmes antédiluvienne, son synthé en boucle, son motif de guitare claire et le timbre de Françoiz Breut tapi dans l’ombre de la voix aux accents de crooner post-moderne de Jaime (j’ai pensé à Paul Haig, et je crois que j’ai raison),  700,000 Records a peut-être mis une minute pour rentrer dans le cercle de ces titres dont je ne risque pas de me lasser – le sentiment diffus de mélancolie qui s’en échappe et le rappel involontaire de cette sentence sans appel qui m’a été un jour destinée (“Toi, de toute façon, il te restera toujours tes disques”) n’y sont sans doute pas étrangers. Alors forcément, j’ai regretté de ne m’être jamais sérieusement intéressé au duo que Jaime Cristobal a formé à l’orée du XXIe siècle avec Patricia De La Fuente, Souvenir, reponsable d’une (electro)pop francophile – presque tous les titres étaient interprétés dans la langue de Molière –, déclinée sur six albums et autant de singles – sur l’un d’entre eux, on trouvait une chouette reprise de Boule De Flipper.

Ce sera toujours le moment de rattraper le temps perdu, mais avant cela, il faut s’occuper de ce disque solo, qui résume assez bien les obsessions de son auteur, qui a choisi de ne pas choisir, se fiche des styles, des époques mais pas des anecdotes tant qu’une mélodie, un arrangement, un refrain le touchent en plein cœur. Entre electropop surannée et pop orchestrée, avec une touche de country et un zeste de rock – sans oublier le morceau que Chris Isaak aurait rêvé d’offrir à David Lynch (Tell Me Not To Weep) et la confirmation d’une passion pour The Go-Betweens –, Love And Squalor est un album à l’image de son auteur, passionné, élégant, honnête, érudit, touchant. Et le seul à ce jour qui permet d’écrire : j’aime J’Aime.

01. Spectral Display, There’s a Virus Going Round

C’est la découverte de la saison pour moi, et ce fut même la chanson de ma quarantaine. Ce groupe hollandais a eu du succès en Europe entre 1982 et 1984, mais le texte du morceau prend bien sûr une autre dimension en 2020…  Sur mon album, l’idée derrière le morceau que j’ai enregistré avec  Françoiz Breut, 700,000 Records, était de faire revivre le son de ces hits de synth-pop glacée des années 1980, des hits qui me fascinent.

02. Jimmy Whispers, I Get Lost In You In The Summertime

Jimmy Whispers a publié ce premier et unique album en 2015, Summer In Pain, puis il a disparu de la carte jusqu’à la fin de l’année dernière, où il a sorti un nouveau clip, Your Car. Get Lost In You In The Summertime a été enregistrée à l’aide d’un orgue bon marché avec boite à rythmes incorporée et elle est tout simplement magique : c’est comme une variation de la mélodie de Something Stupid résumant à merveille toute l’essence romantique et légère de l’été. Et puis, quelque part, elle marque aussi l’apogée absurde du revival du vinyl : le disque a été enregistré en mono avec le micro d’un iPhone et il est sorti dans cette seule version !

03. Robert Forster , Justice


Mon groupe favori de tous les temps, c’est The Go-Betweens. Et l’influence de Robert Forster sur Love And Squalor était, je crois, inévitable – et j’adore qu’il en soit ainsi. Comme Leonard Cohen ou Kurt Wagner, Robert est le phrare qui guide tous les chanteurs dont la voix est limitée mais qui n’en ont pas moins beaucoup de choses à raconter. Justice se trouve sur son album Warm Nights, produit par Edwyn Collins en 1996, et c’est une magnifique chanson sur les choix auxquels on se retrouve confronté au cours d’une vie : ville ou campagne, adolescence éternelle ou maturité…

04. Peter Drake, Forever

Le mariage entre l’esthéthique américaine très prégnante au milieu du sicècle dernier d’une beauté virginale, presque kitsch en fait, et ce côté sinistre tel que parfaitement mis en scène par David Lynch a réellement existé. On le trouvait entre autres sur le plateau du Jimmy Dean Show, où ce guitariste sensationnel de pedal steel (qui a joué sur le All Things Must Pass de George Harrison) a interprété la merveilleuse Forever, avec l’aide d’une talkbox futuriste. J’adore la country et sur mon disque, il y a une chanson dans cette veine, Toutes Les Femmes Et Aucune : c’est pour lui donner une tournure originale que j’ai décidé de l’interprèter en… français.

05. Requin Chagrin, Sémaphore

Un de mes groupes français préférés d’aujourd’hui. J’ai découvert Requin Chagrin grâce au single enregistré avec Rémi Parson, Brexit, et son album de l’an dernier me fait halluciner, en particulier cette chanson. Je sais qu’on leur a accolé l’étiquette shoegaze, mais moi, je préfère celle de reverbcore, quand l’écho est à ce point merveilleusement exagéré qu’il exacerbe les émotions au maximum. Sémaphore en est un exemple parfait.

06. Janet Kay, Silly Games

Cette chanson de lovers rock de la fin des années 1970 me fascine littéralement. Je me souviens très bien de la première fois que j’ai discuté avec Alaisdair Macaulay, le batteur originel de Tindersticks, qui a enregistré les batteries de Love And Squalor, parce que je deejayais dans mon bar favori de Pampelune, le Nébula, et lorsque j’ai passé cette chanson, il s’est approché de moi pour me dire qu’il était pote avec le producteur. J’avais du mal à croire que l’on parlait du légendaire Dennis Bovell ! Et notre amitié est née de cette discussion.  

07. Stereo Total, Holiday Inn

L’un de mes groupes préférés des années 1990, qui a su conserver jusqu’à présent toutre sa magie et son approche totalement électique et chaotique. Holiday Inn reste à son jour son grand hit, parfait pour lancer une fête – même si tu dois l’organiser tout seul dans ton appartement. Vive Françoise et Brezel ! 

08. Los Pekenikes, Cerca De Las Estrellas

Une chanson moins connue que les grands succès de ce groupe beat espagnol des années 1960, mais sans doute l’un de ses morceaux les plus réussis : une fantaisie pop spatiale avec l’une des ces productions insurpassables des sixties, qui n’a strictement rien à envier aux meilleurs studios britanniques ou français de l’époque. Une reverb magique, de très beaux arrangements de vents, des guitares fuzz et une section rythmique gainsbourgienne – même les notes répétitives qui évoquent le sifflement électronique d’un vaisseau spatial semblent inspirée de l’incroyable Contact chantée par Brigitte Bardot, enregistrée quelques mois aupravant.   

09. The Blue Rondos, Little Baby

Je suis très fan de Joe Meek, de ses productions anachroniques, de son univers si personnel et obsessionnel, de son rôle de pionnier, en enregistrant chez lui – source d’inspiration pour tous les musiciens qui comme moi, ont suivi cet exemple. Comme producteur, il n’avait ni limite, ni filtre et il était donc capable d’enregistrer des morceaux parfois médiocres, même s’il parvenait toujours à les sauver grâce à un détail de production. Mais quand la chanson était à la hauteur, il était capable de décrocher la lune : il y est parvenu avec des merveilles comme Just Like Eddie ou Johnny Remember Me, mais aussi avec des morceaux moins emblématiques comme cet obscur Little Baby. En fait, la toute première chanson que j’ai enregistrée de ma carrière de musicien était une reprise de ce titre, en 1999, pour un album hommage à Joe Meek paru sur le label espagnol Spicnic.

10. Hannah Diamond, Hi

L’un des courants de la musique pop contemporaine qui me semble la plus intéressante, c’est celui représenté par le collectif PC Music. Parmi tous ses artistes, j’apprécie surtout Hannah Diamond. Je trouve que ses chansons sont comme une version moderne des drames adolescents des Shangri-La’s. Le chemin qui sépare une usine à tubes comme le Brill Building et cette nouvelle fabrique de hits est plus court qu’il n’y parait. Et puis, les voix de Hi auraient sans doute enchanté Peter Drake.

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