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Melody’s Echo Chamber, Bon Voyage (Domino)

Plus de cinq ans après son remarquable prédécesseur, Bon Voyage, second album de Melody Prochet, voit le jour tel un miracle. Le miracle d’un nouveau printemps, recouvrant pour la provençale de longues années de peines et de désillusions. Parmi elles, une rupture avec le leader de Tame ImpalaKevin Parker, allié de vie et de travail, soldée par deux ans d’efforts solitaires sur des compositions débutées en duo ; avant le renoncement. L’annonce d’un retour l’an dernier puis, comme un coup du sort, un grave accident et des mois de convalescence. Si l’on dit qu’il faut de la pluie et du soleil pour faire apparaître les couleurs, le lumineux single Cross My Heart plante un décor pour le moins chatoyant : « Au fond d’un puits […] Je danse avec des louves, des elfes, des biches, dans la forêt paisible et enchantée. » Melody semble avoir retrouvé l’inspiration dans la forêt de Stockholm où elle s’est retirée à l’hiver 2016. Un cadre envoûtant qui a imprimé sur ses chansons une atmosphère curieuse, parfois inquiétante (à son paroxysme sur Desert Horse), déjà ressentie du côté de Jacco Gardner ou de Morgan Delt. Airs pop évidents et pérégrinations fantaisistes se confondent, rendant chacun de ces sept titres unique et imprévisible. Quand Les Larmes D’un Ange Font Danser La Neige, odyssée psychédélique de sept minutes, est peut-être la plus réussie de ces étrangetés. L’autralien Nicholas Allbrook  y déclame un message codé impromptu, tandis que se déchaînent sur les instruments les membres du génial groupe suédois Dungen – dont le stupéfiant Johan Holmegard à la batterie. Aux rênes des sessions d’enregistrement et de la production, la française a étroitement collaboré avec Reine Fiske, le guitariste, et Fredrik Swahn de The Amazing, aux côtés desquels elle a réappris le violon, éprouvé ses talents de batteuse (Breathe In, Breathe Out) et découvert le suédois (Var Har du Vart), langue que Dungen magnifie depuis des années. Sans doute leur a-t-elle fait écouter Gainsbourg et sa Ford Mustang, à laquelle le titre Visions Of Someone Special, On A Wall Of Reflections rend un hommage assumé. La sensibilité et l’inventivité de la musicienne semblent plus que jamais respectées, et se dégage sur Bon Voyage une identité auparavant difficile à distinguer sous la patte si reconnaissable de Kevin Parker. Pointue et audacieuse, elle réussit le pari d’un album proche de ses envies d’avantage que des attentes. Les épreuves traversées se devinent dans les mots mais la mélancolie ne l’emporte jamais ; en chantant « There must be some kind of light to come » (Breathe In, Breathe Out), Melody nous souffle plutôt que tout ira bien.

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