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Good Morning, Prize // Reward (Bedroom Suck Records)

La fécondité de la scène indie pop australienne a beau ne plus être un secret depuis longtemps, il est une ville qui ne cesse de fasciner par la qualité des groupes qu’elle enfante : Melbourne. Les labels y fleurissent tandis que les voisins se rendent à l’évidence et y déménagent. Bedroom Suck est de ceux-là : originaire de Brisbane et propulsée par des signatures comme Blank Realm ou Scott & Charlene’s Wedding, la structure va sur ses 10 ans et représente aujourd’hui encore ce qu’il se fait de plus excitant de l’autre côté du globe. Good Morning est l’un de ces groupes que la maison suit depuis ses débuts. Difficile de croire que Prize // Reward est un premier album lorsque l’on voit combien le duo affiche de fans au compteur, deux EP’s et une poignée de singles éprouvés sur la route pour seul bagage. Flash-back : alors lycéens en banlieue de Melbourne, Stefan Blair et Liam Parsons s’essayent le week-end à l’écriture de chansons, achètent du vieux matériel qu’ils bricolent et commencent à s’enregistrer. C’est dans ces mêmes conditions, dans des lieux familiers et en dilettante, qu’ont été produites les dix pépites peu polies de Prize // Reward.

Les garçons y témoignent de leur talent pour la composition : sans que cela semble prémédité, ils parviennent – au détour d’une note un peu plus haute perchée ou d’une phrase légèrement tremblante – à tirer sur les cordes sensibles de l’auditeur et à le stopper net, songeur. Just A Man incarne ce tour de force : une simple balade pop de deux minutes ; un flot mélancolique instantané. Y succède le crève-cœur After You, où derrière les grésillements se décèle cette rare authenticité, crue mais magnifique, qu’avait exacerbée un John Frusciante sous héroïne sur Niandra Lades & Usually Just a Tee-Shirt. C’est sur le morceau final, Look Around, que le rapprochement avec l’oeuvre de 1994 est le plus tentant : le clavier semble hanté et la voix si proche. Prize // Reward échappe toutefois au pathos, par son humilité et ses accents jazz ; nouveauté dans le son du duo. Saxophone et piano soufflent un vent frais sur For A Little While et Who’s to Blame, balade lente et ballante à la Mac DeMarco. Mirror Freak, rai de lumière, appelle Kurt Vile quand Escalator s’avance sur le terrain d’Homeshake avec son instrumentation minimaliste, comme suspendue. Jamais dans la posture ou l’épate à deux sous, Good Morning délivre avec Prize // Reward un album sincère et inévitablement touchant.

P.S. : Les sorties du label australien Bedroom Suck Records sont distribuées en France par Weird Kid.

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