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Caterina Barbieri, Ecstatic Computation (Editions Mego)

Lors de son passage parisien à l’occasion de l’édition 2019 du festival Présences électroniques, Caterina Barbieri a pu confirmer ce que l’on pressentait d’un travail tout entier dédié aux « effets psycho-physiques de la répétition » et à l’exploration des « opérations basées sur des patterns » : approfondir une ligne minimaliste qui aujourd’hui fait figure de passage obligé pour tout un pan des musiques électroniques contemporaines, qui se caractérise par un travail sur la séquence prise comme matrice d’une logique de variation, de recomposition et décomposition du motif sonore. Une pratique de l’arpeggiateur notamment, qui fait penser au New Age typique des 80’s (certains travaux de Suzanne Ciani en tête). Déjà, avec Patterns of Consciousness, sorti en 2017 chez Important Records et qui a imposé Caterina Barbieri comme l’une plus importantes représentantes de la nouvelle garde néo-ambiant, l’ambition esthétique était clairement perceptible, insistant sur l’automatisation comme contrainte pour la composition.

Pour ce nouvel LP, cette fois-ci sur le label autrichien Editions Mego, la musicienne et chercheuse italienne installée à Berlin se propose en quelque sorte d’approfondir et de radicaliser sa démarche. Six pièces composent Ecstatic Computation, comme autant de modalités d’exploration du séquençage et de la programmation. Ce que Brian Eno avait théorisé par l’intermédiaire de son concept de « musique générative » – à savoir une musique s’auto-engendrant à partir d’un système a priori, se déployant de la sorte selon une série de micro-variations – trouve ici un terrain particulièrement propice d’expression. Avec Fantas qui ouvre le disque, c’est ainsi le versant plus méditatif et spectral du genre qui s’impose en premier lieu, pour progressivement conduire à l’exploration d’une boucle quasi-technoïde. Toujours, dans Ecstatic Computation, l’ossature répétitive se révèle être l’élément central d’un dispositif marqué, comme son titre l’indique, par le modèle computationnel. On retrouve dans Spine of Desire ou Closest Approach To Your Orbit cette idée d’un schéma dont il s’agit de subvertir la rigidité à partir d’une subtile et progressive pratique du décalage. Comme pour mieux en réinvestir la complexion, la texture sonore typique de la synthèse modulaire (Barbieri est une adepte du Buchla) se voit mise en avant de telle sorte que c‘est au motif de la répétition qu’il revient d’en orchestrer la progression. Et c’est toute la beauté d’un titre comme Bow of Perception, qui en clôture le parcours, que de revenir sur ce modèle de manière à n’en retenir que l’idéal type. Pour d’ores et déjà imposer Ecstatic Computation comme l’un des grands disques de musique électronique de cette année 2019, aux côtés de la réédition de Flowers of Evil de Suzanne Ciani ou, dans un genre différent, du Plastic Anniversary de Matmos par exemple.

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