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Black Dresses – WASTEISOLATION (autoproduit)

black dresses WASTEISOLATIONComparée aux vapeurs d’une pop music pataugeant trop souvent dans de prudentes pissotières tièdes où les sentiments tirent à blanc, impossible de ne pas être violemment saisi à la gorge par l’urgence vitale qui déborde de WASTEISOLATION, le premier album monolithique de Black Dresses. Réunissant deux musiciennes s’étant fait un trou dans l’underground canadien en solo depuis plusieurs années (Dizzy sous le pseudo Girls Rituals et Rook sous son propre nom), le power-duo n’aura pris que trois mois pour composer cette immense gifle noise pop aussi forcenée que jouissive, dont le titre programmatique en lettres capitales résume les plus noires intensions. Un cri d’une intensité insondable et radicale qui pue la vie, la peur, le foutre et la mort, où chaque note et chaque parole nous sont servies avec une impudeur quasi-obscène, couvertes de tripes et de liquide lacrymal, sans filtre, sans politesse, sans soleil. Rave-party suicidaire d’appartement à la production DIY martiale et tapageuse, WASTEISOLATION se nourrit autant des fracas industriels post-Nine Inch Nails que des attitudes punk gouailleuses des riot grrrls (Le Tigre en tête), reprenant en quelque sorte le flambeau du visionnaire et abrasif Treats de Sleigh Bells (chef d’œuvre incompris s’il en est), auquel il ajoute son arme fatale : une terreur intime, furieuse et immensément réelle.

Black Dresses ne joue pas. Black Dresses met à mort la fantaisie flasque. Quand, du plus profond de leurs âmes, les deux artistes mêlent leurs voix – si cassées, si outrées, si grinçantes, si pures – pour nous hurler « Leave us alone/We don’t wanna fucking hurt anyone/We just wanna feel anything before we’re done » sur le mastodonte Thoughts And Prayers, il ne s’agit pas de faire semblant, de faire rire ou de se cacher derrière un masque. C’est du trauma en intraveineuse, de la haine de soi crachée avec un rictus en flux tendu. Une peur du monde, des autres, de la solitude et de son propre corps qui ne pourra trouver le repos que dans l’extase et l’abandon le plus total, sous les heurts aveugles et calcinés de tubes addictifs à la violence thérapeutique, souvent frontale (jouissif In My Mouth), parfois pernicieuse (Dreaming, et son sample des… Cranberries). Et dans la confusion, une douce euphorie s’empare de vous. Une enveloppante sensation de puissance émancipatrice. Une pulsion de vie. Les refrains deviennent des hymnes (Wiggle). Les blessures se muent en fiertés. Le chaos se fait cocon. Abimées mais invulnérables, Black Dresses se dressent alors au dessus du monde. Immenses.

 

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