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#12 : Les Charlots, Paulette la reine des paupiettes (Vogue, 1967)

Les Charlots
Les Charlots aux petits oignons.

Dès les premières heures du confinement, Stéphane avait vu juste. Avec cette grandiloquence un brin bonhomme qui séduirait les pierres, il nous avait gratifié d’une de ses prédictions qui généralement s’avèrent exactes (il n’y a que sur le retour d’affection et les scores du PSG qu’il se plante allègrement). Ce confinement allait provoquer sur notre ligne déjà fortement écornée des dégâts autrement plus importants que ceux imputables à une double couvade. D’autant que pour corroborer ses dires, il s’était empressé de nous délivrer par Skype la recette de son Confiné de canard aux cèpes et pommes de terre. Et chacun de surenchérir, à coups de welsh rarebit par-ci (une spécialité de Jean-François Pauvros), de carbonnade flamande par-là, ou de reblochette aux lardons exagérément roborative partout ailleurs. La semaine n’était pas encore achevée que déjà on gisait sur le côté. Je n’osais m’aventurer trop près d’une balance, sentant bien que la malédiction du quintal avançait à grands pas (quand comme moi on plafonne à 1,73m, ça n’est pas du meilleur effet) et à la maison (where else ?!) la tension était montée d’un cran de ceinture. D’où, en forme de baroud d’honneur, cette Paulette, reine des paupiettes, dernière station en sauce avant la lente déliquescence que me réserve la diète méditerranéenne.
Il se trouve également que Stéphane « what a Pythie » A. est le plus fervent supporter des Charlots qu’il m’a été donné de rencontrer (quand, bien que Grand Manitou du festival LFSM, il n’a jamais eu aucune considération pour The Charlottes). J’ai eu la faiblesse, commençant à tirer au flanc, de tenter de lui refiler la rédaction du post du jour mais Stéphane a dégainé l’imparable mot d’excuse : il était en charge de la préparation du cassoulet dominical, une tâche qui selon lui requiert une attention de tous les instants. Donc je m’y colle, entre deux cuillerées de boulghour aux légumes.
Passer de Robert Wyatt (#3) et des Tindersticks (#5) aux Charlots peut effectivement s’apparenter à un périlleux grand écart, mais il me plait que cette série prenne des atours d’auberge espagnole (car j’ai soudainement une irrésistible envie de paëlla). Et puis, si on appréhende à rebours la trajectoire de la troupe, à la manière d’une truite saumonée (au beurre anisé, yummy !) remontant le courant, on sinue de Charlots en Problèmes (qui, sapés en Courrèges, accompagnent Antoine sur scène avant de faire main basse sur son deuxième album, le reléguant au second plan), jusqu’au terminus des Tarés et des Rebelles, deux groupes freakbeat qu’on retrouve derrière Ronnie Bird, le premier des Mods français (même si Herbert Léonard pourrait légitimement lui disputer ce titre). Donc, Fais attention !, question street cred’, les Charlots ne craignent personne. Et puis, au sein des Charlots, on trouve Luis Rego, ce qui en soi suffit. Sur l’album Antoine rencontre les Problèmes, il y a cette chanson, Ballade à Luis Rego, prisonnier politique, qui détonne avec le reste du répertoire. En février 1966, alors que le groupe est en tournée au Portugal, le PIDE – la police politique de Salazar – arrête et jette en prison le guitariste qui avait oublié sa condition de déserteur dans son pays. Il restera deux mois dans les geôles lisboètes et ne sera amnistié qu’en 1981. Depuis, Luis Rego n’a toujours pas obtenu la nationalité française, et ne bénéficie que d’une carte de séjour renouvelable tous les 10 ans. Misère.
Si on voue plus que de l’affection à Luis Rego, c’est en partie grâce à Jacques Rozier et Maine Océan (1986), et à ce « schtong à la gare » passé à la postérité comique. Mais Rego est également immense, tout de fragilité rentrée, dans Le cœur fantôme de Philippe Garrel (1996), ou encore très bien dans El Cantor de Joseph Morder (2005). Et en auscultant plus précisément la pochette de cette Paulette, je suis frappé de voir à quel point Luis ressemble étrangement à Yves Adrien ! Jamais je n’aurai imaginé ce matin qu’un 45 tours des Charlots m’amène à extraire NovöVision (1980) de la bibliothèque. C’est aussi là le mérite de cette série lancée sur un coup de tête aviné. (Bon, et il a tout à fait raison, Anton Orwell Loutte – qui n’en a cure d’Orphan – me fait remarquer qu’ici Rego c’est plutôt le portrait craché de Estéban / David Boring, l’acteur à la diction délicieusement limace ainsi que le chanteur des Naive New Beaters, par ailleurs fils de Philippe Clair, réalisateur de La Grande Java (1970), le premier long métrage des Charlots. CQFD.)
A réécouter Paulette, j’admets que tout ça n’est pas très folichon, notamment l’insupportable faux accent hidalgo de Gérard Rinaldi, et que j’eus été finalement plus inspiré de sélectionner L’Apérobic (« A elle la gym, à moi l’ tonic »), histoire notamment de renouer avec mes ex-camarades des AA (plutôt qu’avec Véronique et Davina). En revanche, j’accorde un accessit (malgré l’accent tout aussi irritant) à J’ai oublié bon bouchoir, sorte de pâle resucée enrhumée de Nino Ferrer sur laquelle, après 15 jours d’entraînement, j’ai enfin réussi à éternuer dans mon genou.

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