Sur le fil

Coraline Gaye / Photo : Breche de Roland
Coraline Gaye / Photo : Breche de Roland

Je ne sais pas comment vous allez vous, en ce moment, mais moi ça ne va pas trop trop bien. Le monde part en vrille, partout la colère, la vengeance et la pensée bas de plafond rognent peu à peu ce qu’il me restait d’espoir pour les années à venir. Alors je m’accroche à tout ce que je peux, le soleil revenu, l’amour des miens, les mots des livres et les chansons. Je cherche la beauté et parfois il arrive qu’elle me parvienne, car oui la beauté existe encore, j’en suis convaincue, il faut le croire.

Il y a trois jours, j’ai entendu cet album pour la première fois et je me suis assise par terre chez moi, sur le parquet et dans la lumière déclinante du jour, pour l’écouter en entier. J’ai trouvé ça si beau que j’en ai pleuré, il faut dire que j’ai le cœur au bord des larmes en ce moment. Alors je voudrais vous dire la beauté, planquée là, sous la couverture des choses. La voix de Coraline Gaye d’abord, toujours sur le fil, sur la brèche (de Roland, son premier nom), un mélange de force et de fragilité, à la fois extrêmement pure et tellement précise. C’est une voix qui parle à la mienne, quelque chose de minéral et de souterrain, c’est un ventre qui parle à mon ventre. Il y a les textes, d’une poésie sauvage et féminine, je sais que ça n’a pas trop de sens de dire ça, cela pourrait sembler réduire le champ des possibles alors que pas du tout, cela ouvre bien au contraire, c’est un univers tout neuf et très ancien, c’est une poésie des forêts et des rivières, une poésie de chair et de feu. Cela parle de la terre et de la peau, du temps qui passe et du désir qui reste, de la délicatesse du gouffre et des tempêtes qui nous remuent, celles qui, invisibles, nous laissent parfois perdus et silencieux. C’est aussi un album qui parle aux silences, qui joue avec eux et les emplit de mystère. Je ne saurais pas tout expliquer et je ne vais pas tenter de le faire, il faut que vous l’écoutiez. Il y a la musique aussi, bien sûr, les guitares, les pianos, les arrangements, il y a toute une escorte belge qui accompagne ce disque (Cabane, Claire Vailler, Sacha Toorop…), tout y est beau, doux et rugueux, enveloppant et sensuel, une cordée qui descend sur la ville, comme Coraline Gaye le chante. Dans La Fusée, peut-être ma chanson favorite du disque à l’heure où j’écris ce billet, il y a ces mots : « il n’y a rien à dire, rien à recevoir ici, qu’assister au désir, au jaillissement de ton cri » et peut-être est-ce cela le plus beau, assister à la naissance de ce disque, de cette voix singulière et nous réchauffer à ce cri qui nous attrape le cœur et nous donne la chair de poule.

La beauté existe encore, croyez-moi, elle est dans ce disque qui palpite comme un cœur qui bat, intensément, toujours.


La couverture des choses par Coraline Gaye est disponible chez Humpty Dumpty Records

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