Rocketship, A Certain Smile, A Certain Sadness, (Slumberland, 1996)

Rocketship, A Certain Smile, A Certain Sadness, (Slumberland, 1996)On a beau avoir eu l’impression de faire ça toute notre vie et que finalement, cahin caha, on aurait pas un peu fait le tour de la question que la notion de trésor caché, comme le reste de l’actualité, pourrait devenir à plus ou moins long terme, navrante. Mais par ce biais précisément, la petite étincelle arrive toujours. Et se rapproche de nous puisqu’à l’instar de Numero Group qui semble avoir décidé de remettre sur la table le moindre groupe emo / slow / shoegaze de fac des années nonantes, et c’est probablement une mine intarissable (spoiler : j’y étais), Slumberland réédite une de ses premières références, et dans le genre c’est plus que simplement pas mal. Le premier album de Rocketship, projet pléonasmique d’un certain Dusty Reske.

Certains noms, tout comme Kurt Ralske (Ultra Vivid Scene, toujours pas réédités, eux) ne s’inventent pas. À l’heure de l’IA, ce disque attachant pourrait presque sembler suspect, mais non, il est juste hyper émouvant sans chercher le génial. Du coup, il l’est, souvent enfin parfois. Ayant frayé depuis toujours et de manière intime et sans honte aucune avec un genre, la twee pop, refuge des sensibles intelligents mais parfois des médiocres, je peux avouer sans honte que je n’en avais strictement jamais entendu parler. 1996, soit quatre ans après Loveless et la même année que Tigermilk, premier essai conclusif de Belle And Sebastian. Ne sachant même pas de quel campus américain ce groupe est extrait, je pense que ça suffit. Et donc ce disque à 30 ans. Et, si l’on ignore encore l’âge de ses protagonistes lors de l’enregistrement, on ne peut que saluer leur culot de balancer de telles bombinettes plus de dix ans avant que les douleurs d’être jeune dedans ton cœur ne relancent momentanément le débat.
Quand commence I Love You Like The Way I Used To Do (Je t’aime toujours comme avant, adonques), on est sidéré par cette synthèse plus qu’adroite entre le catalogue Sarah Records, Stereolab et My Bloody Valentine. Pas celui de Loveless qui remplit les livres d’histoires compliquées et les poches de fabricants de pédales « boutique », celui de Sunny Sundae Smile (1987) et d’Ecstasy (Lazy Records, 1987), celui que nous avions eu le temps de chercher après les avoir découverts avec Isn’t Anything. Donc I Love You etc, dans ce genre absolu, un classique mineur ou dans ce genre mineur, un classique absolu. Kisses Are Always Promises fait plus classiquement référence aux Pastels mais, et c’est là que les étrangetés commencent, au milieu du morceau point un orgue baroque un peu nul, ruinant l’équilibre d’une bonne chanson à la manière d’eux. C’est le début du mystère Rocketship, le groupe qui ne saurait finir un morceau sans vous faire croire qu’il fait ou de la flemme ou de l’art. Peut être ne le savent-ils pas eux-mêmes et se fient aux fractures entrevues sur Mobile Safari, le premier nouveau disque des Pastels 2.0 paru deux ans auparavant.

Avec Let’s Go Away, en revanche c’est tout un monde qui s’impose et ravit. Une arpège de basse, tel Yo La Tengo à poil ou un Unrest en OD de valériane, mais au bout d’une minute, l’orgue (Fender Rhodes, peut-être, mais moins colossal) fait une césure puis un rythme un peu pataud prend le relais. On ne sait jamais quand ça commence ou si c’est déjà fini, on ne sait jamais comment, ni par quel miracle ce rien, cet incertain devient un tout. En tout cas un morceau magnifique, comme un Arlequin, le bonbec pas le déguisement, avec plusieurs goûts qui finalement font une unité délicieuse mais toujours changeante. C’est un peu difficile de s’en remettre. Alors I’m Lost Without You Here, plus classique, plus rural, mais toujours à la fin, une villégiature instrumentale contrariée, une bizarrerie champêtre, ce côté ambient ovni, du Wes Anderson en sillon rhodanien. Dernier grand morceau, Carrie Cooksey part du Dirty Dream #2 de Belle And Sebastian pour atterir sur la couche cyprinesque et envapée de Cigarettes In Your Bed (MBV toujours). Comme ci, comme ça, une fin tarabiscotée sous forme de mur de bruit, du bruit réel, pas des flammèches, impeccable. Puis deux morceaux (We’re Both Alone, Friendship And Love) presqu’insignifiants, plus convenus, plus adaptés pour amerrir après ces quelques départs vers l’infini. Au final un petit classique oublié, une pépite flottante. Enfin pour des américains, à peine dégrossis, c’est pas mal, voire héroïque. Avec des suites pas toujours heureuses (Thanks To You, 2019, plus électronique mais raté) et une reformation mais sous quelle forme qu’on rêve désormais de voir au Paris PopFest à la rentrée. On veut savoir.


A Certain Smile, A Certain Sadness par Rocketship est paru chez Slumberland en 1996. Réédition à paraître le 20 mars prochain sur le même label.

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