On ne va pas vous faire des secrets de polichinelle, on a souvent croisé la route de Stéphane Garry aka Pokett. Lors de la sortie de Crumble son premier album (2004) sur le label Intercontinental puis encore plus amicalement vôtre, lors d’une micro tournée en compagnie du géant et désormais très culte Paloma où des prises de bec exquises à propos de Dave Mustaine (Megadeth) nous ont finalement rapprochés. Et je crois bien que dans l’un des scopitones du groupe, l’on peut voir l’une de mes guitares, récupérée depuis en meilleur état qu’à l’origine, quoique. Mais il est vrai que depuis son départ pour l’Ouest, je n’avais pas franchement fait l’apéricouille avec ledit Garry. Et c’est donc d’autant plus réjouissant de se retrouver aujourd’hui par voie de presse avec Fives, le cinquième album de Pokett. Une fois de plus, après tout de même sept ans d’absence depuis le Time For A Change madré de 2019, on a su prendre son temps et faire les choses bien, voire au mieux.

Garry fait partie de cette génération venue à l’écriture et qui, légitimement traumatisée par le génie d’un Elliott Smith, d’un Mark Linkous (Sparklehorse) ou encore d’un David Freel (Swell) n’en a pas moins pris les devants et su établir son propre vocable. En suivant les routes complémentaires d’un Wilco pour le classicisme contrarié ou d’un Jim O’ Rourke pour l’autre, le fantabuleux, le contrariant. Car au-delà de l’excellence et du mystère de ces grands américains et de leur(s) peine(s), il ya chez Pokett un amour, absolu et incontestable, d’une vision de la pop. Celle qui nous régale dans son combat contre la noirceur des temps, et qui irait, pour faire court, de Big Star à Teenage Fanclub, surtout le Teenage Fanclub contemporain, mature, inventif et fragile à la fois, débarrassé de ses scories Biactol Grunge de saison.
Visiblement accompagné d’un groupe soudé, Garry donne son meilleur dans une collection de chansons manifestement muries de longue date. Et souvent d’un niveau stratosphérique, à la fois formellement posées mais souvent plus tarabiscotées qu’elles n’y paraissent. Entre la petite fable et le film d’auteur, il y a désormais bien plus de cinq raisons d’y voir la lumière. Et dans un pays où le moindre remugle digestif de minables avérés reste surréalistiquement scruté et encensé, on est en droit et devoir de le (re)porter au pinacle.