Le club du samedi soir #34 : la mélancolie bleue

Photo : CB, colorisée par TS.
Photo : CB, colorisée par TS.

L’idée est née dans la voiture, lors d’un trajet quotidien et de la lecture aléatoire de chansons empilées dans une clé USB. Ces deux-là – celles qui ouvrent justement cette sélection – se sont succédé et j’ai tout de suite pensé à cette expression que j’ai toujours trouvée épatante : la mélancolie bleue. C’est une expression que je sais avoir utilisé plus que de raison, en particulier lors des années de 1990, à l’époque du passage de témoin entre magic mushroom et la RPM. C’est une expression qui je crois en dit long, même si en fait, on ne sait pas exactement ce qu’elle dit – ou plutôt si : juste un état d’esprit (et un état d’esprit, ça dit en fait presque tout).

La mélancolie bleue, donc. C’est d’abord cette expression piquée dans un hebdo britannique – note pour un peu plus tard : il faudrait que je recense toutes les formules géniales trouvées par les journalistes anglais de cette époque, formules que j’ai tenté d’adapter avec plus ou moins de bonheur –, dans un article consacré au premier album de Massive Attack, Blue Lines – le bleu, encore. Mais en fait, je ne sais même plus si c’est vrai, je ne sais même plus si ces deux mots ont vraiment été associés à cette occasion. Ou à une autre. Ou jamais.

Mais la mélancolie bleue, c’est aussi, les pochettes du premier album de New Order et du Drift de The Apartments, c’est aussi la peinture de Miró et la couleur de ses rêves… C’est aussi ma fille qui il y a déjà plusieurs années me dit, le plus sérieusement du monde : “Toi papa, ce que tu préfères, ce sont les chansons tristes” – et je me demande si elle n’a pas un peu raison. C’est la chanson de Miossec, glissée dans une playlist récente pour accompagner un voyage jusqu’à l’océan, et ses paroles presque parfaites : “La mélancolie c’est communiste / Tout le monde y a droit de temps en temps / La mélancolie n’est pas capitaliste / C’est même gratuit pour les perdants…” C’est aussi les yeux rivés sur la mer – même si l’on guette désespérément un rayon qui est vert –, c’est le Café du Style Council, la Lune de Colourbox, les baisers des Go-Betweens, les secrets de The Cure, la voie lactée de The Church, la sirène de This Mortal Coil (et de Tim Buckley, bien sûr)… C’est enfin le nom magnifique du label imaginé par les mêmes Massive Attack, Melankolic, et son mot d’ordre en guise de fantasme dont on voulait faire un tote-bag – mais les tote-bag n’existaient pas encore : “Glad to be sad” – la perfection existe donc parfois (je peux en témoigner, si vous le voulez).

La mélancolie bleue, c’est enfin cette question qu’on se pose à presque chaque fois avec Michel et Hervé, cette question dont on n’a toujours pas trouvé la réponse – et entre nous, je ne pense pas que les vingt-six chansons de cette sélection (qui auraient d’ailleurs pu être vingt-six autres) nous y aideront : est-ce la mélancolie qui nous pousse à écouter des chansons du même acabit ou est-ce parce qu’on écoute des chansons mélancoliques qu’on se met au diapason ?

TRACKLIST

01. This Mortal Coil, Song To The Siren
02. Richard Hawley, For Your Lover Give Some Time
03. Mercury Rev, Holes
04. Mazzy Star, Fade Into You
05. The Church, Under The Milky Way
06. The Cure, Secrets
07. The Aloof, What I Missed The Most
08. Massive Attack, Unfinished Sympathy
09. Devine & Statton, BLT
10. Bark Psychosis, The Loom
11. Tuxedomoon, In A Manner Of Speaking
12. Moose, There’s a Place
13. Felt, Evergreen Dazed
14. Tindersticks, Jism
15. New Order, Leave Me Alone
16. Modern English, The Prize
17. Colourbox, The Moon Is Blue
18. Codeine, Realize
19. The Durutti Column, Never Known
20. Sad Lovers & Giants, Your Skin & Mine
21. Billie Eilish, Everything I Wanted
22. The Go-Betweens, Bachelor Kisses
23. The Apartments, No Song No Spell No Madrigal
24. Terry Hall, Ballad Of A Landlord
25. The Lotus Eaters, When You Look At Boys
26. Marc A Huyghens & Thomas Jean Henri, Take Me Home Pt. 2

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