
En attendant de se prendre une bombe nucléaire sur le coin de la gueule, et si on écoutait de la musique ? Et si on se laissait aller à un instant pour soi, à découvrir ces 37 nouveautés choisies par la rédaction de section26 ? Chacun y a placé ses pierres blanches parfois précieuses, histoire de se mieux retrouver son chemin à travers des affronts du monde, pour nous tous qui sommes de toute façon impuissants face à la folie ambiante.
Écoutez cette playlist sur votre plateforme favorite : YouTube, Deezer, Spotify, ou autre.
1. Tara Clerkin Trio, Somewhere Good (World of Echo)
Trois ans que nous en étions restés à On the Turning Ground, trop bref EP du Tara Clerkin Trio proposant un post-rock urbain, mélancolique et printanier. Grand plaisir donc de voir la petite bande de Bristol de retour avec les beaux jours : Somewhere Good, tiré d’un album éponyme à paraître le 5 juin, fait la part belle à un groove rêveur, bricolé autour d’une boucle de guitare éternelle, et autour desquels viennent se perdre des voix éteintes, des xylophones joueurs, des bois crépusculaires et des nappes tranquillement cataclysmiques. EV
2. Cass McCombs & Chris Cohen, Steel Reserve (Hardly Art/Domino)
Réunion de deux immenses talents californiens, Chris Cohen et Cass McCombs, le temps d’un 45 tours dont voici la face A. A partir des paroles de Cass, Chris a imaginé la musique de ces deux ballades folk lumineuses ; parfaites. Leurs voix, cette guitare classique… On en veut plus. CG
3. White Fence, Unread Books (Drag City)
On n’avait plus aucune nouvelle de Tim Presley depuis 2020, date de la sortie du deuxième album de W-X, I Can Hear Myself Now. Le très velvétoïde Unread Books, deuxième single de son très attendu LP Orange, montre que Californien a encore plus d’un joyau dans sa malle aux trésors. BF
4. Carla dal Forno, Going Out (Kallista Records)
Comment une musique si introvertie peut être d’apparence si claire ? C’est le mystère que résout à chaque fois Carla dal Forno, qui depuis 10 ans s’accorde à produire de merveilleux disques qui oscillent entre évidence pop et stylisme sonore de haute volée. La ligne de basse est implacable, et les entrées de journal intime deviennent des refrains imprimés à la tête, au cœur. Son nouvel album, Confession, sortira le 26 avril, hâte ! PN
5. Mabe Fratti & Bill Orcutt, El inicio es cuestión de suerte (Unheard of Hope)
Improbable rencontre transgénérationnelle entre Bill Orcutt, légendaire guitariste américain touche-à-tout, et Mabe Fratti, jeune violoncelliste guatémaltèque qu’on avait croisée l’an passé dans le projet synthpop Titanic. En amont d’un album à paraître le 22 mai, le duo nous livre deux singles somptueux. Si le premier, le morceau titre Almost Walking, est une petite douceur instrumentale mélancolique, le second, El inicio es cuestión de suerte, voit Mabe Fratti passer au micro pendant que Orcutt tricote des arpèges clair-obscurs en boucle. EV
6. ps goner, wind on the horizon (SHHOAMKEE Records)
Dans une autre vie, le prolifique Peter Sagar fut le guitariste de Mac DeMarco. Après quatre albums avec Homeshake, il démarre un nouveau projet, ps goner. Le premier album, there’s an atm inside, sortira le 3 avril et a été entièrement enregistré sur cassette – slowcore cotonneux dans lequel il est bon de s’immerger. CM
7. John Andrews & the Yawns, What’s Good? (Earth Libraries)
Alors que j’avais aperçu John Andrews jouer divers instruments derrière divers artistes adorés (Kevin Morby, Hand Habits, Cut Worms…) au fil des ans, ce n’est que l’an dernier au hasard d’un court voyage à Philadelphie, que j’ai pu le voir jouer ses propres chansons. STREETSWEEPER, l’album à paraître le 3 avril, pourrait bien marquer ce tournant attendu dans sa carrière. Le mélancolique What’s Good, en particulier, nous conquiert dès les premières notes de sa guitare réverbérée. CG
8. Tracy Bryant, Cold Floor (Taxi Gauche Records)
Qui se souvient de Corners, le groupe mené par Tracy Bryant ? Cet album que j’aimais tellement, Maxed out on Distractions, et leur concert à l’Espace B en 2015. Il y avait aussi Joo-Joo Ashworth sur scène ce soir-là et le leader de Froth est toujours là, puisque c’est lui qui signe la production de ce cinquième album solo prévu pour le 22 mai. Il serait plus sombre, avec moins de guitare qu’à l’accoutumée, les chansons ayant été composées au piano. Le premier single pince déjà le cœur. CG
9. Iceage, Star (Mexican Summer)
On n’a jamais autant entendu parler d’Elias Rønnenfelt qu’en 2025, entre la sortie du génial lucre, en collaboration avec le king Dean Blunt, et celle de son deuxième album solo, Speak Daggers, sur lequel il s’entourait de la fine fleur de la scène danoise, Erika de Casier ou Fine. On espère que le prochain Iceage sera du même acabit, mais ça démarre très bien avec Star, un single hyper énergique et accrocheur, où percent ici et là des intonations à la Robert Smith. CG
10. Pop Crimes, I Wish I Could Say I Saved You But Did I Really? (Howlin Banana/Les disques du Paradis)
Nouvel extrait du deuxième album de Pop Crimes à venir en mai. Un morceau au tempo alangui, fausse ballade cowboy pour vrai morceau rock. Les amateurs de Pavement seront aux anges avec ce morceau nerveux sous ses allures détendues. AGF
11. Lemon Twigs, I Just Can’t Get Over Losing You (Captured Tracks)
La première minute de ce nouveau titre des Lemon Twigs a de quoi refroidir même les plus grands fans. En mai sortira Look For Your Mind!, soit déjà le sixième album pour les frères de Long Island, cette fois accompagnés en studio de Reza Matin et Danny Ayala. L’ensemble paraît désormais emprunter directement aux Rutles, voire sonne vaguement comme The Oneders, le groupe fictif de ce charmant nanard qu’est That Thing You Do!, plaisir coupable des amateurs de Liv Tyler. Mais à la 56ème seconde, la magie Twigs opère à nouveau, et le pont justifie à lui seul l’impatience qu’on éprouve à découvrir le disque. PR
12. Slippers, Wants For Everyone (K Records/Perennial)
Est-ce que les américains disent « tour-de-main » ou bien « tour de force » ? En tout cas, c’est bien ce que je dirais moi de cette petite bombe pop charmante et sans prétention, qui nous pousse à la fredonnade. Power fille, power-pop-plant, Madeline BB nous refile sa paire de Slippers n°08, le 5 juin prochain. PN
13. Doggy, Un jour parfait (Anorak)
De Limoges avec amour, les chansons de Guillaume Bassard et de son fragile gang Doggy sont de retour pour un nouvel album sur la mythique maison Anorak. Pop francophone légère avec ce qu’il faut de ce balancement jangly qui fait toute la différence, Un Jour Parfait trouve parfaitement sa place dans notre présent, tout en distillant avec habileté une vibration particulière à ceux qui ont vécu leur adolescence dans les nineties. On peut avoir 19 ans dans sa tête, pour toujours, et bien vieillir, s’affirmer et cultiver son jardin, avec soin et personnalité. Tout Doggy. RS
14. Widowspeak, If You Change (Captured Tracks)
Quatre ans et un bébé après leur dernier album, voici le grand retour du duo new-yorkais, toujours porté par cette voix caressante à la Hope Sandoval, mais cette fois-ci accompagnée de guitares plus jangly qu’à l’accoutumée, pour notre plus grand plaisir. CG
15. Nick Wheeldon, Calamity (Le Pop Club)
Nick Wheeldon et les Living Paintings reviennent avec Tadpoles, nouvel album enregistré auprès d’une forêt de pins. Calamity, digne représentant, est une ballade folk richement produite, violon, piano, guitares, et qui pourtant sonne comme une épure. Beau et rassérénant. VH
16. Penny Arcade, Everything’s Easy (Tapete)
Penny Arcade est de retour avec un deuxième album, toujours sur le label allemand Tapete. James Hoare y creuse le même sillon qu’avec The Proper Ornaments (en peut-être légèrement plus folk et moins rock) mais avec une délicatesse et une élégance folle. AGF
17. Paul McCartney, Days We Left Behind (Universal)
C’est pas trop mon genre de tomber dans un sentimentalisme de pacotille mais force est de constater qu’il est sublime, ce nouveau Teenage Fanclub. EG
18. Squeeze, You Get The Feeling (Love Records/BMG)
En dépit du succès de Cool For Cats, d’un nom emprunté au Velvet et d’un premier album produit par John Cale, Squeeze n’a jamais été considéré comme un groupe cool. Cet album concept, écrit en 1974 par Chris Difford et Glenn Tilbrook, alors âgés de 16 et 19 ans, montre à quel point « l’histoire du rock » se trompe parfois. Trixies est le club londonien fantasmé par les deux adolescents de l’époque, avec ses personnages hauts en couleurs et s’inscrivant dans la lignée des hommages à Soho. Composé trois ans avant la signature du groupe, et longtemps oublié avant d’être finalement enregistré l’année dernière, ce disque charmant, sous influence Bowie, Wings et Sparks est un joyau retrouvé. En concert le 28 mars au Café de la Danse. PR
19. Pearl & The Oysters, Wide Awake (Stonesthrow)
Ecouter Wide Awake, c’est se laisser réchauffer par le soleil et l’optimisme entre deux averses, la voix et le clavier entraînant l’auditeur vers un terrain aussi familier qu’apprécié, celui de Todd Rundgren et Big Star, avec une touche de Ben Folds. Sans surprise, on découvre alors que c’est Jonathan Rado qui a produit cette chanson très réussie du duo franco-américain, en espérant qu’il y en aura d’autres. PR
20. Lispector, Self Driving Car (Cartelle/Crème Brûlée)
Sortie en double K (en cassette et en catamini) il y a quelques mois, l’album de Lispector, The Return of The Old Flame a trouvé refuge chez Cartelle et Crème Brûlée pour une sortie en vinyle digne du rang de Lispector, monarque absolue de la pop rêveuse et mélancolique. Sur le petit mais riche pays de la bedroom pop, des 4-pistes, des séquenceurs et de la poésie anglophone, Julie avec son recorder règne sans partage depuis plusieurs décennies, discrète mais toujours essentielle. Légende. RS
21. Cornelia Murr feat. Céline Dessberg, Come Undone (22TWENTY)
Enregistré à Paris dans le studio de Frank Maston, Cornelia Murr raconte à propos de ce titre : « Céline Dessberg est juste passée pendant notre session pour récupérer sa harpe mongole. Spontanément, elle a esquissé ces parties de harpe et ces chœurs, donnant naissance à cette collaboration inattendue ». Pour l’instant, pas de successeur annoncé à son deuxième album, Run to the Center, paru l’an dernier, mais elle confesse avoir enregistré quelques autres titres avec Maston…
P.S. Il faut découvrir la franco-mongole Céline Dessberg – que je pensais être d’un autre temps – par ce deux-titres magique, Selenge/Chintamani. CG
22. Radio Hito, Sono dei viventi (Maple Death Records, Meakusma)
Radio Hito poursuit son exploration musicale du domaine de la poésie, des mots traduits, des tensions harmoniques, des rythmes et des souffles, qui nous portent à un état attentif et presque transcendé, ce qui relève du miracle au vu de l’état disloqué du monde. Entre pleine conscience, concentrations mélodiques et ondes feutrées de la voix qui danse autour de claviers synthétiques expressifs, les premiers titres de L’uso e gli attributi del cuore, son nouvel album-libretto autour de L’usage et les attributs du cœur de Claude Royet-Journoud (POL, 2021) s’affirme comme un incontournables des musiques exigemment évidentes et sortira le 3 avril prochain. PN
23. The Notwist, Teeth (Morr Music)
D’un retour encore à étudier, un morceau pique au cœur directement. Imaginez un Cure aphone privé d’électricité, obligé de recourir au cuivre. C’est très beau. News from Planet Zombie est sorti le 13 mars. EG
24. Simon Mény, Vivre (Sony)
Alors que des sociétés de préservation de l’œuvre de Paradis fêtent discrètement les 10 ans de leur chef-d’œuvre Recto Verso, on est tout contents d’avoir des nouvelles de la moitié du duo culte : Simon Mény revient avec une chanson de toute beauté, Vivre. Signature mélodique, vocale et textuelle, on reconnait cet ami imaginaire, après une longue parenthèse, toujours le même, mais un peu changé, dissimulé sous des arrangements intemporels, rive gauche, Brésil bossa, gauche Brésil, tout ça. RS
25. Baba Stiltz & Okay Kaya, Quelle surprise (Recorded Matters)
Quelle surprise d’entendre du français de la bouche des deux Scandinaves installés aux États-Unis, déjà responsables ensemble d’un bel et doux album l’an dernier, Blurb. On se réjouit de voir que leur collaboration se poursuit et prend une autre direction ; plus brute, plus crade, un peu Velvet. « I thought you were cool ; turns out you’re cool. » CG
26. a.gris, meta piano (Géographie)
a.gris est le projet solo d’Alex Delamard (Hoorsees), qui sort le 27 mars Gris, un très chouette premier EP glitch folk « conçu en solitaire dans son sous-sol durant un mois ». CM
27. Gelli Haha, Klouds Will Carry Me to Sleep (Innovative Leisure)
Nouveau single pour la merveilleuse Gelli Haha, moins d’un an après son explosif Switcheroo. Un pur shot d’euphorie synthétique qui évoque le futurisme lumineux du Yellow Magic Orchestra de 1983, porté par un refrain entêtant et une production hyperactive qui semble différente à chaque nouvelle écoute. EV
28. Bassvictim & Worldpeace DMT, Year of the Dragon (autoproduction)
Une belle rencontre. D’un côté, Bassvictim, duo passé de l’électro féroce à une indie pop nostalgique avec leur album Forever. De l’autre, Worldpeace DMT, one-man-band qui a impressionné l’an passé avec son bricolo et jubilatoire The Velvet Underground & Rowan. Et c’est ensemble que cette bande de gamins anglais, nostalgiques d’une époque qu’ils n’ont pas connu, signent Year of the Dragon, capsule temporelle d’indietronica qui s’accroche à une innocence lointaine, mais pas tout à fait perdue. EV
29. Amour Courtois, Souvenir glacé (autoproduction)
Joseph Sainderichin nous offre sur un plateau de porcelaine cette reprise maximaliste d’un classique de la fin du XXe : Souvenir Glacé, comme acmé de cette francophilie japonaise de l’electropop des années 80, siglée YMO, respectueuse, surréaliste, à l’exotisme renversé, comme un échange linguistique à la réciprocité presqu’amoureuse, jamais perdue dans la traduction. RS
30. Peter Piek, Tomorrow Never Comes (autoproduction)
Nouveau morceau d’un album que l’Allemand Peter Piek explique sortir « single après single », Tomorrow Never Knows mêle la mélancolique aérienne de l’indie rock avec un peu de l’euphorie des sixties, synthétiseurs rêveurs et voix haute perchée, comme une douce transition de l’hiver mouillé jusqu’aux lumières du printemps (un mois de mars, en somme). VH
31. Avalon Emerson, Happy Birthday (Dead Oceans)
Single du nouvel album d’Avalon Emerson, à la fois DJ, productrice techno /house et, donc, compositrice indie pop – tout cela avec beaucoup de talent. Par rapport à un premier disque rêveur mais direct, ce nouvel album témoigne d’un déplacement vers plus d’épaisseur, un enchevêtrement de textures, servi par l’excellent producteur anglais Bullion… sans pour autant, Happy Birthday en témoigne, oublier l’immédiateté. Délicieux ! VH
32. Robyn, Talk To Me (Konichiwa Records/Young)
From Sweden with love : encore un tube electro pop parfait signé par la reine Robyn, de retour après 8 ans de silence avec un nouvel album court mais intense, entre coups et caresses, au splendide titre-amalgame lexical freudien, Sexistential. A 46 ans, elle rayonne plus que jamais aux côtés des orfèvres de studio Max Martin, Oscar Holter et Klas Åhlund. Et n’oubliez surtout pas de vous rendre compte de sa force scénique à Paris le 1er Juillet. TS
33. Cosey Mueller, Der Politiker (Bretford Records)
La Berlinoise continue de creuser avec bonheur son propre sillon électro groove darkwave. Elle vient de sortir ce single délicieusement caustique et addictif, premier titre de l’album Embodiment of Denial attendu pour le 22 mai. CM
34. Memorials, Mediocre Demon
(Fire Records)
On a enfermé Stereolab au Stalag avec les Happy Mondays en les forçant à faire du jazz. Bref, le nouvel album de Memorials (ex-Electrelane) est sorti et il est plein de délicieuses facéties. EG
35. Lee « Scratch » Perry & Mouse On Mars, Rockcurry
(Domino)
Depuis les débuts de leur Stereomission les teutons Mouse On Mars ont toujours su inculquer l’esprit ludique du Dub dans leurs œuvres. On est donc pas du tout surpris de cette dernière collaboration (avant son décès) avec le grand mage du genre, Lee « Scratch » Perry. L’album sort le 5 Juin chez Domino. EG
36. Les Clopes, U.U.R.R.S.S.A.A.F (Craignos)
Il ne faudra pas s’étonner si les membres des Clopes écopent d’un redressement fiscal à cause de cet hymne saint-punko-gogole : l’administration qu’on dit opaque et kafkaïenne appréciera, pas nous, d’ailleurs on n’aime pas trop ce morceau, hein. Et on tient à votre disposition leurs véritables identités, si vous voulez, s’il vous plait. Je vous en prie. Cordialement. RS
37. Etienne Jaumet, Flex (Versatile Records)
Etienne Jaumet sort un single incontournable tiré de son nouvel album Du cortex à l’iris – Etienne, le boss. CM