Fanzinat, pratiques de l’amatorat

Passionnant docu consacré au fanzines, présenté dimanche en avant-1ère à l’Université d’été du fanzine à Poitiers.

Delphine Bucher, image extraite du film "Fanzinat".
Delphine Bucher, image extraite du film « Fanzinat ».


À l’occasion de la deuxième édition des Universités d’été du fanzine au Confort Moderne à Poitiers qui aura lieu du 18 au 21 août 2022, sera présenté en avant-première le film Fanzinat de Laure Bessi, Guillaume Gwardeath et Jean-Philippe Putaud-Michalski qui revient, par de multiples interviews, sur la scène du fanzine en France, avec un focus particulier sur les années 80 et 90.

“Les amateurs travaillent, ils n’ont rien à voir avec la consommation.
Ils ne travaillent pas pour survivre, mais pour exister.”
Bernard Stiegler, Le temps de l’amatorat, Alliage n°69, oct. 2011

Ils et elles sont fans de musique, de cinéma de genre, supporters de foot, amateurs et amatrices de tatouages, d’images, d’impression manuelle, de rap comme de punk et de hardcore. Leur point commun : un rapport actif, investi, à leur passion, avec la réalisation de supports papiers de partage de leurs connaissances : des fanzines. 

Cette “petite presse parallèle” comme l’appelait Didier Bourgoin aux débuts de la Fanzinothèque qu’il a fondé en 1989 à Poitiers pour collecter, archiver, conserver et valoriser les fanzines de tous genres (musique, bande dessinée, cinéma politique…) arrive, après quarante ans d’existence de son organisme français de collecte, à un moment clé où cette pratique et ses objets se transforment en histoire de l’art, de la culture, de la contre-culture, des médias, des pratiques amateurs et des supports imprimés.

Le film Fanzinat, par des entretiens avec de nombreux protagonistes (fanzineurs et fanzineuses, documentalistes, universitaires, activistes indépendants) propose de faire un point, en 2022, sur un spectre de pratiques qui continue toujours à exister aujourd’hui, mais aussi d’en définir ses éléments et ses contours.

Au fil des interventions, des portraits de pratiques se dessinent : la possibilité d’un espace libre comme îlot de résistance aux exigences et aux injonctions, le caractère spécialisé, la marge, l’amatorat, l’auto-détermination, l’autoproduction et l’autodiffusion, l’activation (la décision d’un rôle actif, ainsi que le passage à l’action), l’idée de série, la participation à des scènes culturelles et à leurs structuration, le sentiment d’appartenance et de participation à une histoire et un mouvement, aussi minoritaires et confidentiels soient-ils.

Puissants objets d’individuation et de transindividuation, les fanzines, comme supports de l’amatorat (Bernard Stiegler), permettent l’écriture de soi comme de scènes culturelles, et permettent d’être dans un rapport actif et producteur au monde, investi, non-consumériste. 

Pacôme Thiellement
Pacôme Thiellement

Ces publications comme l’énergie à leur source, puisée dans les expressions qu’elle défend (dans la musique, l’art et multiples autres formes), sont des invitations à l’engagement, à “entrer dans le monde pour faire société” (Pacôme Thiellement). L’écriture de soi, comme individu et comme groupe, devient une fondation éthique pour une vie davantage vécue.

“C’est ça qui est très beau dans les aventures créatives : c’est très proche de la vie. Quand on voit un fanzine, on voit des gens en train de vivre pendant qu’ils font un fanzine. C’est ça que l’on recherche. On cherche le contact avec des gens vivants et qui, à ce moment-là, ont envie d’exprimer un truc. Ils ont osé un truc, ils ont eu le culot de faire ça, ils risquent beaucoup pour ça et donc du coup ils donnent envie aux autres. Pas forcément de faire de l’art. Mais de vivre la vie qui va avec. Parce que c’est aussi pour une vie spéciale que l’on fait ça, c’est aussi pour une vie où l’on verra les choses autrement.” (Pacôme Thiellement, dans Fanzinat)

Guillaume Gwardeath, Laure Bessi et Jean-Philippe Putaud-Michalski
Guillaume Gwardeath, Laure Bessi et Jean-Philippe Putaud-Michalski

Si “faire des fanzines s’inscrit dans ce déroulement du temps spécial qui est celui de la jeunesse et de l’adolescence” (Guillaume Gwardeath), la configuration nécessitée par la réalisation de fanzines a créé une génération de personnes “agentes” (Bruno Latour) qui continuent, plusieurs années après, toujours à oeuvrer dans des termes qui leurs sont propres, et qui réinventent de façon permanente des façons d’être au monde, de l’écrire et de s’y engager : des positions actives et éthiques qui, multipliées comme autant de fanzines et d’exemplaires photocopiés, façonnent le monde où nous vivons et notre désir de l’habiter.


FanzinatPassion et histoires des fanzines en France, un documentaire de 71 minutes réalisé par Laure Bessi, Guillaume Gwardeath et Jean-Philippe Putaud-Michalski et produit par Metro Beach. Sortie le 07 octobre 2022, projection en avant-première le dimanche 21 août 2022 à Poitiers (Le Confort Moderne, 14h30, entrée libre) dans le cadre de la deuxième édition de l’Université d’été du fanzine. D’autres avant-premières seront précisées sur le site du film.

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