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Une histoire sans fin

The Hacker – Mute

Michel Amato a dans les dix-sept ou dix-huit ans sur le cliché ci-contre, et écoute en boucle Depeche Mode dans son walkman. En 2017, il sort le troisième album de The Hacker, Le Théâtre Des Opérations, sur Dark Entries, mais écoute toujours le groupe qui fut le fer de lance de Mute, et les autres artistes du label londonien mythique. Rencontre avec le producteur grenoblois, qui feuillette le livre rétrospectif Mute, A Visual Document From 1978 → Tomorrow de Terry Burrows avec Daniel Miller (Thames & Hudson), dédié à sa maison de disques fétiche.

L’ouvrage sorti est un très bel objet, mais seule la première partie m’intéresse. Mute a toujours été moins réputé visuellement que Factory, avec son image très forte grâce au design de Peter Saville, ou même que 4AD avec Vaughan Oliver, mais il y a quand même des choses vraiment intéressantes, comme les premiers travaux d’Anton Corbijn ou les pochettes de Fad Gadget ou The Normal.

Mon histoire avec Mute a commencé par l’achat du 45 tours de Shake The Disease de Depeche Mode, que j’ai dû trouver au supermarché de ma banlieue grenobloise en 1985. C’est le disque qui a tout décidé de ma vie (il rit). Il n’y avait pas d’internet alors, cela fait un peu vieux con, mais du coup, on décryptait et déchiffrait tout ce qui était marqué sur la pochette, du nom du label à celui du producteur. Il y avait écrit Mute sur la pochette, et dès que je voyais ça ailleurs, tout comme le nom du patron du label, Daniel Miller, j’achetais !

J’étais un lecteur assidu de Best et Rock & Folk, et un abécédaire des groupes électroniques de l’époque dans ce dernier magazine m’avait marqué. J’en ai toujours conservé un exemplaire. Cet article a été hyper important pour moi, car outre Depeche Mode que je connaissais déjà, j’ai pu découvrir Cabaret Voltaire, D.A.F., Liaisons Dangereuses ou Nitzer Ebb, et ils appartenaient tous à la même maison de disques ! 80 % des artistes cités étaient signés sur Mute, et les 20 % restants sur Factory. Ensuite, j’ai découvert des choses plus expérimentales comme Boyd Rice ou Einstürzende Neubauten, qui eux aussi étaient sur Mute.

Miller raconte qu’il était un peu énervé que D.A.F. signe Der Mussolini et les tubes sur Virgin Germany après une escapade londonienne chez sa mère et leur départ de Mute. Il s’interroge aussi si Los Niños Del Parque de Liaisons Dangereuses est vraiment un classique, alors que c’est l’un des morceaux les plus samplés au monde !

Comme plein de gens de ma génération, j’ai vraiment suivi le label jusqu’au début des années 90 car ensuite la techno est arrivée et a changé beaucoup de choses pour moi… Même si je me rends bien compte qu’avec tous ses sous-divisions, Mute était sur tous les fronts, avec à chaque fois un niveau de qualité incroyable. Rythm King avec S’Express, The Beatmasters, Bomb The Bass ou Baby Ford : tout simplement le meilleur de l’acid house anglaise ! Puis NovaMute, avec la meilleure période de Richie Hawtin et ses albums de Plastikman, ainsi que de très bons albums de Joey Beltram ou Emmanuel Top. J’adorais également The Grey Area, le sous-label de rééditions de Throbbing Gristle ou Cabaret Voltaire : j’ai beaucoup de ces références. Décidément, Daniel Miller a bon goût !

Je pense qu’il était moins dingue que Tony Wilson, ce qui fait qu’il a réussi à faire tourner tout ceci jusqu’à aujourd’hui. Wilson était un génie aussi, mais sûrement trop bordélique, son côté mancunien sans doute ! Même si New Order vient de signer sur Mute finalement… Encore un autre de mes groupes favoris, tout comme Suicide (sur Blast First, une autre maison de disques satellite) et même Kraftwerk pour des versions remasterisées de leur catalogue. Le carton plein de mon panthéon personnel, c’est incroyable !

Le Mute des années 90, avec Nick Cave & The Bad Seeds, Moby ou Goldfrapp, m’intéresse beaucoup moins. Je suis toujours passé à côté de Nick Cave, et je trouve Erasure un peu léger, hormis le premier album. Même les albums de Depeche Mode ne me plaisaient pas énormément, comme Songs Of Faith & Devotion (1993), que j’ai réévalué depuis. Moby, ce n’est vraiment pas mon truc artistiquement, mais c’est un succès commercial incroyable, donc il n’y a rien à dire. Et en même temps, Miller continuait à sortir des trucs expérimentaux de Boyd Rice, ou aussi Add N To (X), que j’allais oublier et que j’aimais beaucoup. C’est cette dualité qui est fondamentale dans l’histoire du label.

J’adorerais signer quelque chose sur Mute, mais je crois que je ne leur ai jamais rien envoyé ! (il rit) J’ai quand même remixé Nitzer Ebb pour NovaMute, par contre je n’ai pas pu le faire pour Laibach ou un disque solo d’Andy Bell d’Erasure. J’ai produit un remix pour Depeche Mode, qui n’a finalement pas été retenu, donc jusqu’ici ce sont quand même des rendez-vous manqués !

J’ai rencontré Daniel Miller à Berlin alors que je tournais pour Miss Kittin & The Hacker ; le courant est très vite passé car il a rapidement compris que j’étais fan et que je connaissais tout par cœur. Il devait être flatté mais le bonhomme est très intéressant et essentiel dans la musique que j’aime. Je pourrai l’écouter parler des heures.

À chaque fois que j’ai essayé de copier Lady Shave de Fad Gadget pour en faire une reprise, j’ai trouvé autre chose, qui a fait un hit ! Je ne dois pas être très doué, parce que cela m’emmène ailleurs. La première fois, cela a donné 1982 de Miss Kittin & The Hacker, et la deuxième fois Flesh & Bone, avec Perspects, qui a très bien marché. Ce morceau demeure une source perpétuelle d’inspiration pour moi… et même Miller me l’avait dit. Il avait une émission de radio, dans laquelle il passait Flesh & Bone, et m’a dit : Michel, tu aimes bien Lady Shave ? Ca s’entend un peu… (il rit)

Le label de 2017 qui ressemble le plus à Mute pourrait être Dark Entries, même s’ils font beaucoup de rééditions… ou encore Minimal Wave, chez qui je suis aussi ! Tous ces Américains perpétuent l’esprit du Mute des débuts.

Le livre m’a donné envie de réécouter même les choses les plus pénibles, comme l’album de Boyd Rice & Frank Tovey, Easy Listening For The Hard Of Hearing (1984). Avant la techno, c’est vraiment cette musique électronique que j’aime : les débuts de Fad Gadget ou de Depeche Mode, les productions de Daniel Miller avec The Normal ou ses remixes pour d’autres artistes m’ont donné envie de faire de la musique et ne cessent de m’influencer.

 

Ton groupe préféré sur Mute ?

Depeche Mode

Ton disque préféré ?

Le 45 tours de Los Niños Del Parque de Liaisons Dangereuses

Ta pochette préférée ?

La pochette du 45 tours de Warm Leatherette de The Normal

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