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The Jesus And Mary Chain

Jim Reid / The Jesus And Mary Chain

Même au nom de la grande déflagration noisy pop qui sauva notre adolescence de la frustration et de l’ennui terminal, on saura gré aux frères Reid d’avoir eu la mesure, le recul et la décence nécessaire pour ne pas avoir tenté de nous infliger une bruyante et vaine tentative vengeresse de type Psychocandy II, la mission. Étrangement familier, mais doté de son propre mystère au-delà d’une nostalgie qu’on peine grandement à évacuer tout à fait, Damage And Joy aura finalement prouvé qu’ils avaient encore quelque chose à nous montrer. Et sur scène, la magie opère encore, sans volonté de nuire mais sachant encore doser et le bruit et l’émotion. Les cris de joie et les yeux embués qu’on a pu voir à la dernière Route du Rock ou à Rock en Seine peuvent en attester. On attend donc encore avec impatience les frères Reid le Vendredi 1er Juin sur la scène Flamingo du This Is Not A Love Song Festival à Nimes, à minuit passé.

Lors de la sortie de Damage And Joy, l’hiver dernier, nous avions demandé à un Jim Reid affable et sobre de se raconter au travers des personnages qui avaient traversé la route en compagnie du groupe anglais le plus important depuis les Sex Pistols ou Joy Division. Les voici à nouveau identifiés ici.

Alan Mc Gee

Alan Mc Gee

Devenu immensément riche suite au succès d’Oasis, le patron de Creation Records, véritable Citizen Kane du rock Indie, n’a jamais perdu la foi. Activiste forcené, il a découvert les frères Reid et en a rapidement fait des stars. Congédié de son poste de manager en 1986, il a récemment repris sa fonction, car il est peut être le seul à pouvoir gérer sur le long terme cette affaire de famille dysfonctionnelle.

Jim Reid : « Nous avons rencontré Alan en Juin 84, et je crois qu’on peut dire que nous n’allions absolument nulle part à cette époque. Notre rencontre a provoqué notre succès, et du coup, nous nous devons mutuellement nos carrières. Alan Mc Gee, Bobby Gillespie et Jesus And Mary Chain sont profondément liés, nous serions rien si nous ne n’étions pas rentrés en collision. Le fait que nous étions tous originaires de Glasgow n’a pas forcement eu d’importance, nous sommes partis à Londres car nous n’avions aucune perspective. Nous ne trouvions aucune date en Ecosse, nous y étions totalement isolés. Dés que nous sommes devenus vaguement connus, les médias écossais ont essayé de sauter dans notre wagon, mais nous les avons clairement envoyé se faire foutre car ils n’avaient jamais montré le moindre intérêt pour nous auparavant. Je me sens plus européen qu’écossais. Pour en revenir à Alan, ça s’est mal passé quand nous l’avons viré en tant que manager. Des histoires qui me paraissent tellement lointaines et futiles maintenant, mais la brouille n’a pas duré, notre amitié est toujours là et je suis particulièrement content qu’il s’occupe à nouveau du groupe pour ce nouvel album. On dit qu’il a beaucoup accentué à dessein notre attitude rebelle et quasiment punk de l’époque. Je nourris quelques regrets par rapport à ça, nous n’étions que des petits crétins arrogants, des enfants gâtés et maladroits, saouls en permanence. Nous n’avions pas d’expérience et nous comportions mal pour nous protéger, j’imagine. Nous étions très fiers de notre musique, aussi, en revanche. »

Bobby Gillespie

Bobby Gillespie et Jim Reid / Photo Creation Records

Bassiste de The Wake puis batteur de Jesus And Mary Chain avant de se consacrer exclusivement à Primal Scream avec la carrière que l’on sait, Bobby Gillespie est peut être la dernière rock star digne de ce nom. Passeur intransigeant et rêve d’intervieweur, il a gardé une foi en la musique jamais démentie et une attitude unique, entre l’excès, la confiance et la joie.

Jim Reid : « Bobby fait partie de la trinité, Mc Gee, lui et nous. Nous avions besoin les uns des autres et c’est grâce à lui que nous nous sommes trouvés. L’histoire est connue, mais j’aime à la raconter : nous avions déposé une démo dans un club de Glasgow pour essayer de trouver un concert, en pure perte. Comme nous étions fauchés, nous avions copié notre démo sur une cassette de Syd Barrett. Bobby trainait souvent avec le programmateur de cette salle, et un jour, il lui a laissé la cassette car il le savait fan de Barrett. Et un jour, il s’est décidé à retourner la face et à nous écouter. Il nous a immédiatement appelé pour nous dire à quel point il nous trouvait géniaux, et nous convaincre d’envoyer immédiatement une démo à Alan Mc Gee, son ami qui avait un petit label. Au départ, ce dernier n’était pas plus excité que ça, mais il a nous néanmoins organisé un concert à Londres par égard pour l’enthousiasme contagieux de Bobby. Pendant les balances, je me suis battu avec mon frère, et nous avons commencé à jouer en faisant le plus de bruit possible. Alan ne savait pas s’il avait en face de lui des génies ou un vrai désastre, mais il a été complètement retourné et nous a signé aussitôt, avant même que le concert ne commence. Bobby n’a pas joué sur Upside Down, notre premier single (1984), mais il nous a rejoint peu après. Je n’ai jamais été jaloux de son succès avec Primal Scream par la suite, c’est un ami et une rock star. Et même lorsqu’il était inconnu et que personne ne donnait bien cher de la peau de son groupe avant le succès de Loaded (1990), c’était déjà une rock star, je l’ai toujours su. »

Lee Hazlewood

Lee Hazlewood

De ses débuts en tant que producteur (Duane Eddy, Gram Parsons) à sa fructueuse et délectable association avec Nancy Sinatra, Lee Hazlewood semble avoir traversé l’existence avec la nonchalance absolue de ceux qui savent qu’ils ont un peu plus de classe que la moyenne. Depuis sa mort en 2007, le label Lights In The Attic réédite régulièrement les pépites indispensables de sa longue carrière en solo.

Jim Reid : « La légende qui veut qu’il devait produire Stoned And Dethroned (1994) n’est pas vraie, il devait simplement chanter sur un morceau, probablement Sometimes Always. Nous savions qu’il était très flatté que nous ayons pensé à lui. Nous jouions au Lolapalooza, et il est donc venu nous voir incognito, nous ne savions même pas qu’il était là. Néanmoins, il a voulu venir backstage pour nous rencontrer, mais la sécu n’a rien voulu entendre, il est donc resté dans l’espace VIP. Si nous avions su qu’il était là, nous aurions tout fait pour qu’il puisse nous rejoindre, ça a été la première fausse note. J’ai du l’appeler pour lui présenter nos excuses, mais le mal était fait. Sa présence sur le disque était censée être gracieuse, mais à partir de cet incident, il a exigé un vol en première classe pour venir de Suède à Los Angeles, puis d’avoir une suite au Hilton à côté de celle de son ami Jerry Lee Lewis, et enfin une somme démentielle pour participer à un seul morceau, dans les cent mille dollars, plus que le budget total de l’album. J’ai donc du le rappeler pour lui préciser que nous n’étions pas millionnaires, et que si nous tenions à lui, c’était parce que nous étions fans de sa musique avant tout. Mais c’était foutu, le moment était passé. Du coup, je ne l’ai jamais rencontré, tant pis. J’en veux toujours aux mecs de la sécu, en revanche. »

Martin Glover aka Youth

Martin Glover aka Youth

A son parcours de producteur long comme le bras (U2, The Verve, Beth Orton, The Orb, entre autres), Martin Glover a toujours ajouté la constance d’un jeu de basse unique en son genre au sein de Killing Joke, institution du post punk anglais, pas toujours estimée à sa juste valeur.

Jim Reid : « Nous aurions probablement pu produire Damage And Joy nous-mêmes, mais nous savions que nous devions pas, nous ne pouvions pas faire foirer l’affaire en raison de nos différends. Youth est donc venu d’abord pour garder un semblant de paix en studio, comme une autorité supérieure qui nous aurait empêcher de nous battre, William et moi. Il a non seulement su nous garder concentrés pendant l’enregistrement, mais il a en plus produit le disque en nous suggérant pas mal d’idées. Je trouve que c’est un bassiste fabuleux, et j’ai toujours eu le plus grand respect pour le groupe dont il fait partie, Killing Joke. Je les avais d’ailleurs vu à l’époque : j’avais 17 ans en 1979, et j’ai donc vu pas mal de concerts importants, comme ceux de The Clash ou Joy Division. Joy Division, ça a été le meilleur concert de ma vie, à l’Apollo de Glasgow en première partie des Buzzcocks (le 5 Octobre 1979, ndlr), ça a changé ma vie. J’étais un peu triste pour les Buzzcocks, que j’adore, mais ce jour là, tout le monde était venu pour voir Joy Division. La nouvelle garde remplaçait l’ancienne, c’était tellement génial, tellement intense. »

Phil King

Phil King

Le CV le plus racé de tous les temps pour ce bassiste à la gouaille et à la bienveillance phénoménale. The Servants, Biff Bang Pow, Felt, Lush, on en passe. Cela lui laisse pourtant du temps libre pour être aussi archiviste photo au sein de la revue Uncut. Présent à l’époque de Munki (1998), il a aussi tourné avec eux lors leur précédente tournée de reformation.

Jim Reid : « Je connais ce bon vieux Phil King depuis des années. Il y a plus de groupes dans lesquels Phil a joué que de groupes dans lesquels il n’a pas joué, on peut toujours compter sur lui. C’est un mec charmant, il a quitté Lush pendant la tournée, n’est-ce pas, c’est dommage. Je ne l’ai pas vu depuis qu’il a enregistré un morceau sur l’album, Black And Blues. Malheureusement il ne fera pas la tournée avec nous. »

Hope Sandoval

Hope Sandoval

Selon plusieurs témoignages concordants, la chanteuse de Mazzy Star et de Warm Inventions est le pire cauchemar d’un journaliste, réputée froide, capricieuse et hautaine, ses disques l’excusent pourtant à intervalles réguliers. A l’époque en couple avec William Reid, elle illumine ce qui reste l’une de leurs plus belles chansons, Sometimes Always.

Jim Reid : « Je ne me suis probablement pas comporté de manière très joviale avec Hope à l’époque, et je le regrette un peu. Mais son comportement de prima donna n’a rien fait pour arranger les choses. Elle avait des demandes inconsidérées qui m’ont causé pas mal de tort. Mais bon, j’arrive à faire le point sur ces années, je me droguais pas mal, et ça a du influer mon jugement. Ça devait venir aussi de moi, et pas seulement d’elle. Et puis, le fait qu’elle sortait avec mon frère n’arrangeait rien. J’aimerais revenir en arrière et faire en sorte que les choses se soient mieux passées, j’ai été un peu dur avec elle, rétrospectivement. Je suis sobre en ce moment, je dois me battre quotidiennement contre ma relation extrême à l’alcool, mais j’ai déjà été abstinent par le passé, et je peux te dire qu’en tournée, même si tu t’amuses beaucoup plus quand tu bois, la boisson accentue les problèmes de manière dramatique. Alors que si tu arrives sur scène sobre et que tu constates que quelque chose ne vas pas, tu vas régler le problème beaucoup plus rapidement et de manière censée. »

Nick Sanderson

Nick Sanderson

Personnage haut en couleur du rock anglais, Nick Sanderson a été de nombreuses aventures (Clock DVA, The Gun Club, World Of Twist ainsi que son propre groupe Earl Brutus) avant de rejoindre à plusieurs reprises The Jesus And Mary Chain en tant que batteur. Il a également fait partie de Freeheat, le groupe éphémère de Jim Reid pendant l’arrêt des travaux. Il est mort d’un cancer du poumon en 2008 après une vie somme toute, bien remplie.

Jim Reid : « S’il faut évoquer les gens qui ont été importants dans l’histoire du groupe, on ne peut pas ne pas évoquer Nick Sanderson, qui fut notre batteur à l’époque de Munki (1998). Il avait aussi son propre groupe, Earl Brutus. J’aurais aimé le rencontrer plus tôt dans ma vie, je l’adorais, et il me manque énormément. Il avait déjà joué avec nous auparavant, mais là, nous nous sommes très bien entendus, car nous étions passé au Prozac (rires) et je m’entendais bien avec les gens sous Prozac à l’époque. C’était un type extrêmement drôle, chaleureux, et très porté sur la bouteille, mais il arrivait toujours à se dépêtrer de situations extrêmes avec panache. J’aurais aimé qu’il fasse partie du groupe pendant plus longtemps, car c’était un être humain vraiment fantastique et un batteur génial. Sur le nouvel album, il y a à la fois des boites à rythmes et de vraies batteries. J’ai toujours été fan de l’utilisation des boites à rythmes bruyantes dans le rock, notamment ce qu’en a fait Eric Débris dans Métal Urbain ou Dr Mix and The Remix. »

 

 

 

 

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