Catégories chronique nouveautéÉtiquettes , , ,

Swearin’, Fall Into The Sun (Merge Records)

Voilà bientôt quatre mois qu’est paru Fall Into The Sun ; le moment de se replonger dans le dernier album de Swearin’ et oublier l’annulation de la date parisienne tant attendue des cool kids de Philadelphie. Alors qu’il était déjà inespéré, suite à leur rupture amoureuse en 2015, de voir Kyle Gilbride et Allison Crutchfield collaborer à nouveau (en 2017, alors qu’elle promouvait son premier album en solo, cette dernière jurait que Swearin’ ne ferait plus aucun concert), un autre fait surprenant renforçait notre impatience : Allison et sa soeur Katie (a.k.a. Waxahatchee) sont progressivement devenues, le temps de ce hiatus, de véritables icônes pour la nouvelle génération de l’indie rock américain. Accompagner sa jumelle sur la tournée d’Out In The Storm – album le plus enfiévré d’une discographie au penchant country folk – aurait par ailleurs permis à Allison d’aiguiser son jeu et de mûrir en tant que performeuse. Une évolution que nous ne vérifierons pas sur scène cette année, mais qui se laisse deviner sur ce troisième LP.

Si les premiers enregistrements du groupe (l’EP What a Dump, en 2011, ou Swearin’ en 2012) y allaient un peu fort sur la fuzz et le teen spirit, Swearin’ confirme avec Fall Into The Sun une meilleure maîtrise de son trop-plein d’énergie. Les décharges punk rock (Grow Into A Ghost) sont d’autant plus efficaces qu’elles s’assortissent de douces trêves (Anyway), dans un équilibre honorant l’excellent Surfing Strange (2013). Surfer Rosa, plutôt, car comment ne pas penser aux Pixies quand la chanteuse double la voix de Gilbride – si semblable à celle de Frank Black – sur ces lignes de basse dépouillées, ces refrains explosifs (Stabilize ou Future Hell, plus flagrant encore) ?

C’est Crutchfield qui, depuis le début, par son talent de compositrice et son charisme, menait officieusement la barque. Pour la première fois, cela semble contestable : les minutes ont beau être équitablement partagées (5 titres pour lui, 6 pour elle), Gilbride signe les meilleures (Treading et Smoke or Steam). Impossible de prétendre que rien n’a changé entre les ex-inséparables : les compositions de l’un et de l’autre se distinguent, se font face. Le point de vue pivote, de celui qui est resté à celle qui est partie. Quand il reste vague, elle sort l’artillerie : « I hang out with old friends and they unknowingly remind me of who I was before we met » (Grow Into A Ghost), et tire sa dernière balle : « It never would have worked out, anyway » (Anyway). Une correspondance presque assassine, écrite dans l’intimité, jamais vouée à devenir le matériel d’un tel album ; celui de la réconciliation. Des textes assumés avec un aplomb surprenant, laissant deviner un bagage encore lourd à porter. Peut-être trop lourd sur le long terme ? L’avenir nous dira si Fall Into The Sun marquait le nouveau départ promis ou au contraire la fin d’une histoire.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *