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Stratocastors, Living Under The Johnny Vacances (Et Mon Cul c’est du Tofu? / ɖɛɠəɭɨʈe)

Stratocastors, le nom claquerait bien pour un groupe hommage à Eric « papa » Clapton et Mark « rasant » Knopfler. Nous imaginons déjà quatre fringants quinquas, fièrement équipés de Fender Strat’ Fiesta Red vintage, reproduisant, inlassablement, Layla ou Sultans of Swing. Un tour en concert permet fort heureusement de dissiper le doute : ils sont pas tout à fait trentenaires, désargentés et fans de post-punk.  Nous les préférons ainsi, c’est peut être un détail pour vous, mais pour nous, ça veut dire beaucoup. Le groupe tient sa forme actuelle depuis environ trois ans : une association de malfaiteurs officiant également dans Beekeepers, La Pince Monseigneur ou Jacques Grêle et les Fausses Fuites.  Il écume les salles parisiennes partageant l’affiche avec DUDS, Cheap Riot, Marauder ou The Staches.  Après un EP pour Black Totem et un album à la production inaboutie (Autre Regard, 2016), Stratocastors divulguent enfin un long format enregistré en studio. Living Under The Johnny Vacances est plus un hommage au RSA, de l’aveu de Marius Atherton, le guitariste, qu’à notre idole nationale récemment disparue. Publiés par Et Mon Cul C’est Du Tofu? (Jessica 93, Taulard, Trotski Nautique) et Degelite (Noyades), les  treize pièces rapportées de cette galette complète sauce algérienne constituent l’un des trucs les plus jouissifs et excitants de l’année. Explorant les facéties dégénérées de Devo, les Parisiens transposent l’action sur leur terrain de jeu préféré : la réalité contemporaine, dans sa splendeur et surtout sa décadence, entre Houellebecq et Martin Circus. Bonjour Gerber prolonge Whip It dans la débâcle foireuse d’une soirée trop arrosée. Seul est le tube de la génération zéro match sur Tinder, l’hymne officieux des soirées Netflix (piraté), sans Chill. Amitié (Rémi), famille (Ainsi Va La Vie), villégiature (le génial diptyque Les Vacances et Ma Bohème) ou circulation citadine (C’est Par Là Où Je Passe), tout est prétexte à sublimation dans un punk discoïde, titubant et nerveux. Parfois, la formation francilienne s’autorise un surréalisme du quotidien, faisant d’araignées et pigeons des êtres maléfiques. « Mais qui contrôle l’espace urbain ? » se demandent donc les Stratocastors.  À l’inverse de la vie, le son tient ses promesses. Les rythmiques fusent comme des coups de poings à la sortie d’un club pour une clope. Les synthétiseurs bruissent, murmurent ou grognent; il explorent tout le spectre des timbres analogiques et accompagnent nos errances nocturnes quelque part entre la Méca et la Java. Living Under The Johnny Vacances est le manuel de survie des gaziers, coincés entre baby boomers et la génération Z. D’un trait précis et juste, Stratocastors croquent les affres d’une existence dont l’expérience n’est pas tout à fait celle promise, mais le groupe ne s’en offusque pourtant pas et transcende la chose en une bacchanale caustique, particulièrement mémorable.

Le groupe fera sa release party le 5 Mai, à la Gare XP, avec Top Montagne et Les Petites Voleuses.

2 réflexions sur « Stratocastors, Living Under The Johnny Vacances (Et Mon Cul c’est du Tofu? / ɖɛɠəɭɨʈe) »

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