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Stephen Malkmus, Traditional Techniques (Domino/Sony)

Stephen Malkmus Traditional TechniquesNous n’avons jamais vraiment pu nous décider à détester totalement Stephen Malkmus. En dépit de certains agacements un brin corrosifs, trop beau gosse, trop malin, bien souvent trop égocentrique pour ne pas laisser les solos de guitares à d’autres, on garde toujours un intérêt, modéré, certes, mais bien réel pour sa carrière solitaire mais bien accompagnée (Janet Weiss aux tambours fut* un temps). Car même si l’on lui est finalement reconnaissant d’avoir sabordé Pavement avant d’avoir commis un disque franchement mauvais à l’aube du second millénaire, on reste toujours là, entre circonspection et excitation, sans jamais vraiment y trouver ni à redire, ni tout à fait notre compte.

Et pourtant entre le free rock de Pig Lib (2003), les tubes laidback de Mirror Traffic (2011) et ces disques curieux, qui sous forme de semi-ratages patents contiennent toujours au moins un morceau exceptionnel comme sur le précédent Groove Denied (2019) cette tentative de rendre le Cure de Faith (1981) encore plus mou et aqueux sur A Bit Wilder, on en viendrait parfois à se dire qu’il serait grand temps d’un copieux best of, histoire de faire une bonne fois pour toutes un vrai tri. Mais avant cela considérons donc Traditional Techniques, revendiqué comme un disque de peu porté par une fine équipe (dont le glorieux Matt SweeneyChavez, Superwolf, Endless Boogie) et une envie de boiseries en mode acoustique. ACC Kirtan laisse à penser que les choses vont très bien se passer, dans la lignée du troisième album de Led Zeppelin, avec un regard mystique courant des frondaisons britanniques aux eaux rougies de la boue du Gange. Puis sur Xian Man, Matt Sweeney donne tout, ou plutôt se livre à une masterclass assez fabuleuse mais épuisante à propos de Richard Thompson au sein de Fairport Convention et même après, c’est un festival qu’on oublie pas car Malkmus, pas en reste d’accents Reediens bravaches sait lui donner le change. Puis après cette débauche pyrotechnique d’assez haute volée, on coupe le courant. Et Malkmus propose alors une série de chansons tendres et faussement apaisées, dont certaines excellentes (What Kind Of Person, Amberjack) avant de retrouver un peu de tension ensoleillée soit le Velvet Underground de Loaded (1970) sur l’impeccable Julifuckingette, improbable tube printanier. Pas loin du faux retour en grâce du Beck de Morning Phase (2014), Malkmus et ses sbires livrent un album à la fois curieux et fidèle à son cahier des charges simplifié. Le plus prenant étant qu’il pourrait presque à l’occasion, et si toutefois le temps de l’inquiétude devait durer, devenir un disque ami.

* cet affreux calembour vous est offert par le comité des fêtes et l’harmonie municipale de Portland, Oregon.

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