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Selectorama Slowdive, par Thierry Jourdain

L’auteur de « Slowdive : Catch The Breeze » (Camion Blanc) choisit ses titres préférés du groupe shoegaze anglais.

Slowdive
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Fort de sa prestation en notre compagnie lors de notre petite causerie dominicale, Thierry Jourdain, auteur de Slowdive : Catch The Breeze disponible ces jours-ci aux éditions Camion Blanc, nous a également concocté un Selectorama du cru. Chez section26, nous aimons les monomaniaques, et si l’auteur s’est déjà penché sur Eliott Smith, Bruce Springsteen, Miossec et Chokebore, il n’a, dans le cas présent, pas fait dans le détail en sélectionnant uniquement des morceaux de Slowdive, et que ça. Obsession, explication et méditation (s), c’est à lire maintenant.

Alison (Souvlaki, 1993)

Avant de voir Slowdive pour la première fois en concert en 2018, je ne savais pas grand-chose d’eux, en dehors d’avoir déjà écouté leur album Souvlaki (1993) et qu’ils aient fait partie d’un courant musical au début des 90’s, appelé le shoegaze. J’ai toujours été un inconditionnel de My Bloody Valentine et de The Jesus and Mary Chain, mais je n’avais jamais été chercher plus loin, j’étais passé à côté de Slowdive, je n’avais pas à l’époque la curiosité que j’ai aujourd’hui. Il paraît que je peux donner envie à des personnes qui ne connaissent pas Elliott Smith de l’écouter, tellement je suis passionné par lui, et de la même manière, une inconditionnelle de Slowdive m’a un jour donné envie de me plonger dans la discographie de ce groupe. La première chanson que j’ai vraiment écouté avec attention est ainsi, la première de l’album Souvlaki, Alison. Alors que Slowdive était plus expérimental dans ses compositions auparavant, avec son second album, le groupe choisit un format « chanson » plus distinct et plus conventionnel mais qui me touche plus.

40 Days (Souvlaki, 1993)

Je pense que je pourrais citer toutes les chansons de Souvlaki tellement je l’ai écouté et décortiqué jusqu’à la moelle. Ce disque est un disque de rupture, celle de Neil Halstead et Rachel Goswell alors que le groupe commence à écrire l’album courant 1992. L’un et l’autre ne s’en cachent pas dans les paroles et la plupart des chansons abordent leur couple et leur séparation. 40 Days est par exemple l’un des premiers titres de l’album à avoir été fini et il ne parle de rien d’autre que de se sentir misérable après une rupture. On a tous connu ça. Quand j’ai écouté cette chanson pour la première fois, son propos me faisait beaucoup penser à Black Star de Radiohead sur l’album The Bends. Aujourd’hui, j’ai beaucoup plus de détachement avec toutes ces chansons, mais à l’époque, je me les prenais vraiment en pleine face et de manière bien trop exacerbée.

Dagger (Souvlaki, 1993)

Dagger est ma chanson préférée de Slowdive. Après la première session d’enregistrement pour Souvlaki, Neil Halstead vit de plus en plus mal sa séparation avec Rachel Goswell. Il plonge à ce moment-là dans la dépression, bien aidé par les drogues qu’il ingurgite. Il s’isole de plus en plus et disparaît même à un moment donné sans prévenir personne dans un chalet au Pays de Galles. Il en revient avec Dagger, un titre très amer et mélancolique. Dans un autre style, bien sûr, je relie ce titre à Say Yes d’Elliott Smith. Les deux morceaux étaient avant tout pour leurs compositeurs une nécessité de purger un sentiment de relation amoureuse gâchée et terminée. Quoi de plus universel ?

Spanish Air (Just for a day, 1991)

Just for a day, le premier album de Slowdive est beaucoup plus lent et envoûtant, par moments, il peut même être assez proche du post rock d’un Mogwai première période, que j’aime tant. Le morceau se termine par une magnifique variation guitare / violoncelle, c’est à la fois grave et hypnotique. Un très beau moment.

Crazy for you (Pygmalion, 1995)

Pygmalion, leur troisième album, est un peu à part dans la discographie de Slowdive. Oubliées les guitares saturées et les harmonies vocales au profit de longs morceaux ambiant. Ce n’est vraiment que dans le morceau Crazy for you qu’il reste encore quelques souvenirs de la période Souvlaki. Le morceau est construit autour d’une série de notes de guitare noyée de reverb’ et d’une unique phrase répétée en boucle comme un mantra : Crazy for lovin’ you. Je me rappelle avoir vraiment beaucoup aimé la version live qu’ils avaient fait à Amiens en 2018.

Catch the breeze (Just for a day, 1991)

Une autre chanson de leur premier album et aussi le titre que j’ai choisi de donner au livre que je leur consacre. On peut traduire ça à peu près par « attraper le vent », ou « prendre l’air »… ça me semblait un bon titre pour caractériser Slowdive mais aussi pour parler de moi. Pour tous ces groupes comme Slowdive, Ride, Swervedriver, Lush… la presse musicale anglaise au début des 90’s inventa le terme de shoegaze, du fait de « regarder ses chaussures ». Le dénominateur commun était des musiciens timides qui jouaient de leurs instruments tête baissée, les cheveux tombant devant les yeux. Adolescent… et peut-être même encore un peu après pendant dix, quinze ans, d’ailleurs… j’étais moi-même de cette trempe-là. Il était grand temps à un moment donné et pour tout le monde que le vent tourne.

Sugar for the Pill (Slowdive, 2017)

En reformant le groupe en 2014, Slowdive ne voulait pas revenir uniquement pour des concerts nostalgiques, mais bel et bien pour concevoir un nouvel album, c’était la condition. Il fallait un véritable intérêt artistique et leur quatrième album sort alors enfin en 2017. En amont, deux singles : Star Roving et Sugar For The Pill. J’aime beaucoup ce titre pour sa mélodie, ses guitares vaporeuses et ses voix fantomatiques, même si je trouve que l’on est ici plus dans la new wave tendance pop que le shoegaze ou le post rock ténébreux que j’affectionne davantage.

Golden Hair

Il s’agit d’une reprise de Syd Barrett que Slowdive joue régulièrement sur scène en clôture de ses concerts depuis sa reformation en 2014. Lorsque j’ai achevé l’écriture de mon livre au printemps 2019, il y avait énormément d’actualités concernant des participations de chaque membre du groupe dans divers projets parallèles ou secondaires et absolument rien concernant Slowdive. A la fin octobre, quelque chose a enfin été annoncé, ce qui me permet ici cette mise à jour : le 14 novembre sort un 45 tours de Slowdive dans le cadre du Singles Club du label Sonic Cathedral. Pas d’inédit, mais cette reprise de Golden Hair dans une version live.

Slowdive : Catch The Breeze par Thierry Jourdain, Editions Camion Blanc, 172 pages. Et aussi, à réécouter : Transmission spécial Shoegaze, émission du 03/11/2019 sur Rinse France, avec Thierry Jourdain, Etienne Greib et Thomas Schwoerer.

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