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Selectorama : Antoine Kogut

Antoine Kogut / Photo : Rebekka Deubner
Antoine Kogut / Photo : Rebekka Deubner

Après avoir fait ses armes au sein de Bon Voyage Organisation, Antoine Kogut avait marqué les débuts du label éclectique Antinote de sa touche instrumentale ambitieuse, comme sur le génial single Lovventura / Latomia. Sur Liquid Silver Dream (2015), l’unique album de Syracuse, le duo qu’il formait avec Isabelle Maitre (qui désormais se fait appeler Epsilove), délivrait une synthpop aux touches house que n’auraient pas renié les seigneurs de la scène baléarique. Seul maître à bord désormais, il refait parler de lui avec Sphere Of Existence sur Versatile, un songe en sept morceaux aux volutes référencées. Ce disque au son impeccable et au souffle aventureux convoque les souvenirs de Dashiell Hedayat, Max Berlin, Roland Bocquet ou Serge Gainsbourg, avec un lyrisme, une ambition et un esprit résolument français. Pour élaborer ce voyage intérieur stylisé, Antoine Kogut a passé de longues journées à chasser les disques les plus obscurs, disséquer leurs notes de pochettes, et analyser leur production et leur arrangement : au menu de ce Selectorama, d’humbles artisans, des artistes oubliés et quelques génies.

John Coltrane My Favorite Things

« C’est sans aucun doute mon disque préféré, avec la sublime version de ce standard par le saxophoniste que l’on décrivait comme celui qui jouait plus vite que les hard bopeurs et qui sortait des sons plus étranges que les free jazzmen. McCoy Tyner, au piano, était obligé de faire des solos en accord car il ne pouvait pas rivaliser avec Coltrane « monophoniquement ». Encore une singularité de plus à ce chef d’œuvre de la musique. »

Nino Ferrer Looking for You

« Nino Ferrer est l’un de mes premiers souvenirs musicaux : Les Cornichons, Mirza ont été les premières extases musicales de mes jeunes années. J’ai découvert plus tard que les musiciens avec lesquels il jouait à l’époque étaient devenus les artisans des meilleurs disques français de disco, d’afro et d’illustration musicales : Pierre-Alain Dahan, Bernard Estardy, Slim Pezin et Manu Dibango pour n’en citer que quelques-uns. Looking for You est issu du disque qu’il a composé pour Radiah Frye, la mère de la célèbre chorégraphe de Macarena. »

Nico Gomez Aquarela

« Nico Gomez, de son vrai nom Josef Van het Groenewoud, est le fer de lance de la bossa nova belge. Je trouve extraordinaire qu’une des plus belles chansons de bossa ait été composée et enregistrée dans le plat pays. Une expression d’un fantasme réalisé, ou d’une réalisation fantasmée. Et puis ce break de piano… »

North South East West Anxiety

« Encore du belge… Un 45 tours unique au nom énigmatique, et une pochette avec une sublime mise en abîme que j’ai trouvé sur une brocante de Joinville-le-Pont, en fin d’après-midi, un dimanche, il y a quelques années. Ce que j’adore dans ce morceau, c’est sa production. Cela ne ressemble à rien d’autre, du dub avec des timbales, un break boîte à rythmes et guitare sèche, des chants à la Sergio Leone au loin, les hi-hat à fond dans le phaser, et bien sûr cet entêtant thème de trois notes. »

Roger Rodier L’Herbe

« L’Herbe est une magnifique chanson psyché folk hippie québécoise. On peut voir les volutes de fumée s’échapper de la production de cette chanson. JJ Cale a son tube, Cocaine, et Roger Rodier a le sien, L’Herbe. »

Gérard Gesina To Thwart Soul

« Gesina est un super illustrateur sonore à qui l’on doit, entre autres, le générique de 7 sur 7. Ce morceau est issu de Planant, son disque sur le label Musax. Batteur de formation, il a une façon d’agencer les différentes composantes de ses morceaux qui est, pour moi, parfaite. Minimaliste et extrêmement mélodique, voire pop, le thème, ici, me tire les larmes des yeux. On pourra retrouver le titre sur la prochaine réédition du label Camisole Records. »

Funky Funky Stop

« C’est l’un des nombreux projets d’Alan Shelly, à qui l’on doit entres autres Malinga Five. Cette voix ! Profonde, sensuelle. A mon sens, un des meilleurs chanteurs français. Les envolées, à la fin du morceau me filent toujours des frissons. Et puis la production, toujours juste. Hyper beau. »

Michael Shrieve, Kevin Shrieve & Klaus Schultze Transfer Station Blue

« Percussions tribales, ambiant synthétique et trippé et, tout à coup, un thème ultra pop qui vient nous sortir de la torpeur dans laquelle nous étions plongés. Comme si ces deux frères californiens venaient mettre un chassé à ce bon vieux Klaus Schultze au milieu du morceau. Entendu pour la première fois dans un mix de Jamie Tiller, le fondateur du disquaire Redlight Records à Amsterdam et du label Music From Memory. Au début, je croyais qu’il était l’auteur du changement d’ambiance, mais, en fait, c’est la production originale. »

JMSN Bout It

« Ce morceau me fait le même effet que de regarder le live de la tournée Bad de Michael Jackson. Quand je suis un peu déprimé, je l’écoute et tout va mieux. JMSN est un petit mec du Michigan qui fait du r’n’b et sort des disques sur son propre label depuis 6 ans. Ce n’est pas de la grande musique, mais c’est soigné et ça marche. »

Robert Wyatt At Last I Am Free

« Robert Wyatt qui reprend Chic. Un rêve. Deux de mes artistes préférés en une chanson. Le morceau est ralenti et produit de manière minimaliste, la voix si particulière de Robert Wyatt me touche toujours au plus profond de mon âme. On voit ici que, outre leur technique instrumentale incroyable, Bernard Edwards et Nile Rodgers sont aussi d’excellents compositeurs. »

Antoine Kogut, Sphere Of Existence (Versatile Records)

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